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7 nouvelles preuves qu'on devient tous d'ING !

Surprendre Par Hervé Resse 25 janvier 2019

7 nouvelles preuves qu'on devient tous d'ING !
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Un site d’aide au scrabble affirme qu’il y aurait en langue française 183 mots se terminant par le suffixe anglomane « ing ». En réalité, Internet et les réseaux ne cessent chaque jour d’enrichir ce patrimoine !

Il y a bien par chez nous ce qu’on pourrait appeler un « anglomaning », si vous m’autorisez le néologisme. Il consiste non seulement à adopter tous les anglicismes ou américanismes passant à portée de l’oreille, ou lus sur les réseaux… On vous en a sélectionnés quelques-uns, déjà connus par nombre d’entre nous, mais pour quiconque aurait loupé quelques épisodes, on les rappelle… 

Mais il y a mieux dans le genre « portnawaking »: tous ceux qui nous sont sortis du chapeau, histoire d’enrichir un peu ce franglicisme galopant qui nous tient lieu de quotidien : hashtag "En-inventer-des-qui-existent-même-pas-mais-pas-grave-on-va-quand-même-faire-comme-si". Genre.

1 Tu connais le “SOUPING” ?

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pixabay

Jadis, disons au siècle dernier, l'argot désignait sous le nom peu valorisant de « soupeurs », des êtres se livrant à d’étranges pratiques sexuelles se déroulant dans ce qu’on appelait alors les vespasiennes, du nom du fameux empereur romain qui inventa les urinoirs collectifs. Ces deux mots sont désormais tombés en désuétude. Pas comme « souping » qui est, lui, du dernier chic, et n’a rien à voir avec ces pratiques un brin perverses qu’on nomme également paraphilies. 

Le « souping », si on en croit le magazine Elle, n’est rien de plus que ce que nos aïeux ont pratiqué depuis la nuit des temps : faire une bonne soupe. Parce qu’en hiver, on a beau dire, ça réchauffe. Le souping, qui ne doit rien à Knorr ou Liebig, ni même à Picard Surgelés, consiste simplement à éplucher des légumes, les faire cuire dans de l’eau, et les passer éventuellement au mixer. Mais en y ajoutant un « ing », cela devient forcément plus « tendance », « in », en plus d’être « home-made », comme le dit judicieusement l’article. C’est-à-dire « fait maison ». 

Sur les réseaux, et c’est le Huffington Post qui l’a perçu, cette idiotie a inspiré les twittos, qui ont souligné qu’on pouvait préférer « le grecquing », le « tartifletting », voire le « racletting » du moins tant qu’on est pas opposé à la charcuterie. En rappelant aussi que ELLE n’a fait là que reprendre un américanisme lu dans le New York Times, proposant que le « souping » pouvait devenir le nouveau « juicing ». Lequel juicing consiste mais vous l'avez peut-être déjà intuité, à remplacer dans le mixer, quelle audace! les légumes par des fruits. Se faire un petit jus d'orange, y ajouter deux quartiers de pomme ou de kiwi, c'est du juicing!

Bref la plumitive a repris cet intitulé  in extenso, sans même se demander si sa Grand-Mère faisait du cycling…

2 Tu pratiques le « SOURCING » ?

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pixabay

On pourrait naïvement déduire de ce qui précède que le sourcing consiste à se rafraîchir un peu le gosier, par temps chaud, au robinet. Ce serait méconnaître cette exigence en vogue dans les très sérieux milieux des relations (ou ressources) humaines, ainsi que dans l’informatique ou les achats. Wikipédia nous résume l’affaire : le sourcing est le fait de chercher, - pour les trouver peut-on penser-, de bons prestataires ou candidats pour un job ou une mission.

Le mot "Recruter" nous paraîtrait convenir, et même faire parfaitement l’affaire. Prospecter, également. Mais « sourcing » donne à penser qu’il y aurait, glissée sous l’anglicisme, une expertise particulière, de nature à renforcer la compétence du ou de la… ? Sourceur ? Sourceuse ? Soursoeur ? 

On a beau vouloir vivre avec son temps, celui-là nous parait quoi qu’il en soit relever du pur « bullshitting », si vous nous autorisez cette audace.

3 Tu assures dans le « PARENTING » ?

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pixabay

Nous ne sommes pas seuls à constater que cette manie gagne chaque jour du terrain. Sur son blog, « l’oreille tendue », qui complète un ouvrage éponyme disponible à la vente, Benoit Mélançon s’irrite contre cette tendance, évoque tour à tour voguing, grappeling, ou autres juicing (qui consiste à faire du jus de fruit, nous l’avons dit plus haut, soyez un peu attentifs). Nous lui empruntons « parenting », qui semble avoir donné le néologisme québécois « parentage », également concurrent de « parentalité », lequel s’était également frayé un chemin. 

On peut considérer que « parenting » soit un simple anglicisme utilisé à la va-vite. Que nenni ! C’est devenu le titre d’un livre paru aux très sérieuses éditions Odile Jacob. On aurait pu penser que « Devenir parents » conviendrait. Mais « parenting » doit probablement avoir ce double avantage : interpeller, sans devoir pour autant préciser la nature de la « parentalité » : seul.e ? A deux ? Parents de sexes identique, ou différent ? Parenting évoquerait-il tout cela à la fois? Mais alors en quoi diffère-t-il de « parentalité », qui  avait de haute lutte obtenu droit de cité ? Il faudrait le demander aux auteurs, Raphaële Miljkovitch et François Poisson. Est-ce pour le seul plaisir de l’anglomaning, ou ce recours à l’anglais apporte-t-il un « vrai plus » dans la réflexion ? On n’est pas certain que ce soit le cas, mais probable qu’on se trompe.

4 T’as fini avec ton « MANSPREADING » ?

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RATP

Celui-ci s’est largement (c’est le moment de le dire) octroyé une place de choix sur les réseaux sociaux, ces derniers mois. Mais attention, nous entrons avec lui dans le champ sémantique toujours délicat du féminisme, avec lequel il convient de ne pas trop plaisanter, ou alors muni de bons arguments. 

On ne peut pas s’empêcher de trouver cocasse cette présentation du terme, sur la page wikipédia qui y est consacrée : « Le manspreading, en anglais manspreading… » Avouez que c’est un bon début. Mais redevenons sérieux : il s’agit d’un comportement observable chez certains hommes dans les transports en commun, (merci de préciser « certains hommes ») qui s’assoient en écartant les cuisses, occupant alors plus que la largeur de leur siège. Il s’agirait alors d’une pratique machiste, qu’elle soit consciente ou non, inexcusable, et révélatrice, forcément révélatrice, de ce sentiment de supériorité inhérent à la masculinité en ce monde. Me demandant s’il n’y aurait pas là une généralisation de comportements somme toute assez rares, je me suis renseigné vers une jeune femme utilisatrice de transports en commun à qui j’ai tendance à faire confiance. Ma fille. Elle m’a assuré qu’elle constate chaque jour ce type de comportement. Et tous ceux qui s’y adonnent ne sont probablement pas en proie à un érythème de l’intérieur des cuisses due à une surcharge pondérale (ce qui pourrait constituer une circonstance atténuante).

Afin de protester contre le manspreading, une jeune russe a fait une vidéo où elle arrose les coupables à l’eau de javel, ce qui forcément décolore leur pantalon, ça leur apprendra. Mais il s’est depuis dit que cette vidéo était un coup monté. Du coup on ne sait trop que penser. Sinon qu’en dehors de tout certificat médical arguant d’un eczéma mal placé, il convient de se tenir assis convenablement, au moins aux heures de pointe. 

J’aurais tendance à demander aussi qu’on ne mît point ses chaussures sur le siège d’en face, qu’on soit homme ou femme, d’ailleurs. Car on emporte parfois bien des choses à la semelle de ses souliers. « Je dis ça je dis rien ».

5 T’es relou avec ton "MANSPLAINING" !

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PIXABAY

Féminisme encore, et comme souvent, c’est des Etats-Unis d’Amérique que nous vient cette nouvelle déclinaison du juste combat à conduire contre le patriarcat, ce fléau. Man signifie « homme », jusque-là, tout le monde suit. Et « Plaining », une contraction de « explaining », expliquer. 

Le principe est de pointer ces situations où un homme se croit légitime à expliquer à une femme ce qu’elle sait en réalité mieux que lui. Cela est tout à fait possible : l’histoire serait partie, nous dit Wikipédia à qui rien n’échappe, d’un article de l'écrivaine Rebecca Solnit dans le Los Angeles Times : elle racontait comment son interlocuteur lui avait longuement parlé d'un livre, sans qu'elle parvienne à lui expliquer qu'elle-même en était l'auteure ; ce qui est effectivement savoureux. On pourrait en conclure que ce type était un fieffé bavard, le genre de pénible avec qui on a « du mal à en placer une ». 

Y voir une notion de sexisme et de machisme avéré serait toutefois vite établi. Car il y a toutes ces fois où une dame connait son sujet sur le bout des doigts, et où un homme tente de lui faire admettre qu’il en sait plus, sous entendu "étant du genre mâle. Évidemment, le principe ne fonctionne que le mec a tort. Mais comment en décider ? N’est-on point là dans une totale subjectivité ? D'autant plus que par ailleurs on note que l’usage du mot symétrique « Womansplaining » ne se répand point. 

L’auteur de ces lignes a pourtant lui-même testé que tout en ce monde existe. Y compris une dame certes compétente dans son domaine, mais vous intimant lors de relectures, de remplacer des mots convenablement écrits, en y ajoutant des fautes. Dans ce cas, pas de sexisme associé ? Il est vrai tout de même, que les hommes pensent toujours tout savoir sur tout. Y compris entre eux, d’ailleurs… Le mansplaining s’est aussi décliné en « manterrupting », pas encore vraiment utilisé en français, mais ça ne saurait tarder : le fait de couper la parole. À une femme, naturellement. 

Qu’il nous soit permis d’accorder plus de crédit à « manspreading » qu’à « mansplaining ». Jusqu’à preuve du contraire naturellement…

6 Tu donnes dans le « TRASH DATING » ?

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PIXABAY

De sexisme à sexe, il n’y a qu’un pas. Et nous remercierons ici le site de LCI qui nous offre plusieurs « ing » pour le prix d’un seul. Le trash dating regroupe toutes ces attitudes lâches, veules, ou désobligeantes (…) en vogue sur des applications comme Tinder, Happn ou Grinder, pour jeter le partenaire d’un soir (pratique baptisée « hook up »). Car il y a différentes façons d’agir en goujat/goujate, mufle/muflesse. 

Il y a eu dit LCI le « ghosting », décliné du mot anglais signifiant « fantôme » : la personne disparait de votre écran radar, ne répond plus au SMS ou mails, vous balance automatiquement vers le répondeur. Il y aurait aussi apprend-on le « submaraining » le sous-marin : revenir après un long temps de « ghosting », mais sans même s’excuser ou expliquer les raisons de son long silence. 

Cet article nous passionne lorsqu’il évoque d’autres pratiques également inélégantes, telles que « Mosting », « Orbiting », « Fishing », « Breadcrumbing », « Cushioning », que nous vous laissons plaisir d'aller découvrir. 

Saluons tout de même le « Serendipidating ». La sérendipité consiste rappelons-le à découvrir autre chose que ce que l’on cherchait au départ. D’où jaillit « serendipidating », consistant à brancher quelqu’un, juste le temps de voir, mais en espérant tout de même trouver « mieux » avant la rencontre. Ce qui est peu courtois, avec ou sans sexisme associé…

7 Tu dénonces « l’ASTROSURFING » ?

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Astroturf

Nous avons gardé le meilleur pour la fin, en remerciant France-Info de nous l’avoir récemment expliqué, en précisant qu’il n’y est question ni d’astrologie, ni de compétitions hippiques. L’astroturfing consiste, sic, « à donner l'impression d’un phénomène de masse, d'un mouvement d'opinion populaire, en réalité créé de toutes pièces. Il revient à simuler la spontanéité d’un mouvement citoyen, ou à l'amplifier artificiellement ». Que le fait soit avéré n'est pas le sujet. Le mot a par exemple connu son moment de gloire avec ces cagnottes en ligne s’étant gonflées d’un coup, aux lisières du mouvement des Gilets Jaunes. N’y avait-il pas manipulation, derrière ces cagnottes dépassant en moins de deux jours des sommes dépassant les dizaines de milliers d’euros ? N’y avait-il pas là un réel « astroturfing » ? En fait non.

Reste que cela n’explique à personne l’origine même de ce néologisme. S'il est évident pour les Américains, gageons qu'il l'est beaucoup moins pour nous: Astroturf est une société américaine fabriquant de fausses pelouses synthétiques, plus vraies que nature. D'où cette image, certes parlante si on connait la marque, mais on peut penser que la plupart de ceux qui vont l'employer n'auront pas la moindre idée de ce à quoi elle renvoie.  

Vous ne trouvez pas tout ça un peu d’ING ?

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