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7 Questions à Bertrand Louis pour son album « Baudelaire »

Recommander Par Hervé Resse 21 septembre 2018

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Album Baudelaire de Bertrand Louis

Thibaut Derien
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Mettre 10 poèmes de Baudelaire en musiques, et les sortir en album. Ce qui dans les années 70 eut semblé facile, presque « aller de soi », devient de nos jours bien plus qu’un banal « challenge ». Un défi !

Bertrand Louis l’a relevé avec panache et invention. Écouter ce joyau nous a donné envie de lui poser des questions…

En tant qu’amateur de poésie ET d’élégante chanson française, je suis depuis plus de dix années avec attention la carrière de Bertrand Louis. Lorsqu’il mit en musique des textes versifiés de mon écrivain favori Philippe Muray, j’y vis une confirmation de ce que j’avais déjà identifié : l’art de marier l’exigence et la créativité, la précision et l’audace.

En 2016, il se lança dans une audacieuse opération de crowdfunding, visant à dédier un album entier aux poèmes de Charles Baudelaire. Il prolongerait ainsi, mais comme il le souligne plus loin, sans inhibition ni complexe, une démarche qu’avait avant lui osée Léo Ferré. 

Est-ce un Baudelaire « rock », ou « techno » qui s’entend ici ? Un Baudelaire post-punk ? Intemporel nous a-t-il semblé. E ce serait probablement le plus beau compliment qu’on pourrait faire ici… Son titre : Baudelaire, simplement. Il sort le 4 octobre mais est déjà en diffusion sur Deezer

1 Bertrand Louis : Oser Baudelaire en « crowdfunding » !

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Thibaut Derien

Hervé Resse : Ce choix du crowdfunding, est-il venu d'une volonté (désir) ou d'une nécessité ? (par exemple réticence d'un label à produire un album sur un poète?).

Bertrand Louis : C'était plutôt une nécessité. Pour produire un disque (contrairement à un livre ou à un poème justement), il faut de l'argent, pour payer les musiciens et le studio. Mais c'était peut-être aussi une volonté, car j'aime bien être tranquille pour faire ce que je veux… Même si les labels que j'ai eus jusqu'à maintenant m'ont plutôt laissé faire ce que je voulais. Et j'avoue également que j'avais la flemme de trouver un label pour produire le disque. C'est un véritable chemin de croix aujourd'hui.

2 Bertrand Louis : une lecture d’orfèvre

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Thibaut Derien

HR : Pouvez-vous raconter les grandes étapes de ce travail préparatoire à l'œuvre ? Avez-vous connu craintes ou difficultés ?

BL : J'ai commencé par beaucoup lire ; Baudelaire évidemment, mais aussi beaucoup de livres sur lui. J'avais d'abord envie de plonger en lui, afin de trouver la musique la plus juste pour le chanter. Le livre qui m'a le plus marqué est celui de Walter Benjamin, édité assez récemment par Giorgio Agamben, qui avait retrouvé les manuscrits perdus de son travail sur Baudelaire. Il y parle notamment de la rencontre qui se fait chez le poète entre l'antiquité et la modernité. Et c'est ce qui m'a aiguillé, pour utiliser une harpe, qui dans mon esprit peut rappeler la lyre antique, soudain confrontée à un groupe de rock post-punk (premiers Cure, Joy Division, Bauhaus, Nick Cave...). 

J'ai assez rapidement produit chez moi des maquettes, ensuite j'ai enregistré les instruments en studio. Cela a pris pas mal de temps, pour des raisons financières, justement. Enfin j'ai enregistré les voix chez moi, et également effectué le mixage car je ne trouvais personne qui comprenait ce que je voulais. C'est une sorte d'artisanat, finalement. Des craintes non, je n'en avais pas… Sinon je n'aurais pas fait ce disque ; mais des difficultés, j'en ai eues, c'est clair. Je me suis fait totalement happer par Baudelaire, qui est d'une nature assez perverse. Il fallait constamment que j'arrive à en sortir pour prendre du recul. C'est aussi le fait de travailler seul qui m'a causé quelques soucis. Même si cela me plaît, surtout par rapport à Baudelaire qui disait « Le vrai héros s'amuse tout seul ».

3 Bertrand Louis : Se dédoubler, Poète et Homme d’Affaires

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Thibaut Derien

HR : Comment conduire en "parallèle", le travail de création, et cette démarche très matérielle de financement, sans que la démarche créative en soit perturbée, surtout quand l'ambition est forte -se confronter à un auteur majeur...

BL : Je ne pense pas que la même personne puisse faire ces deux choses en parallèle. Il faut pouvoir se dédoubler en poète et en homme d'affaire, ce n'est pas évident. Effectivement, quand j'ai effectué le crowdfunding, ce qui a duré 2 mois environ, j'ai dû cesser l’activité créatrice.

4 Bertrand Louis : Dans le prolongement de l’album sur Muray …

Thibaut Derien

HR : Le résultat étant là... Le désir de ce travail est-il né dans le prolongement de celui fait sur les textes de Philippe Muray (album Sans Moi qui avait obtenu le Prix de l’Académie Charles Cros) D'où vous venait ce désir, vous qui êtes aussi auteur de vos propres textes... ?

BL : Oui il y a une sorte de continuité. À vrai dire, Muray m'était tombé dessus presque par surprise, je le lisais tout en composant des musiques pour mon prochain album… Et un jour, je me suis rendu compte que les textes rimés du livre Minimum Respect collaient parfaitement à mes musiques. 

Pour Baudelaire, c'est un peu plus conscient, puisque j'avais décidé depuis le début de le mettre en musique. J'ai dû replonger dans mon passé, car je le lis depuis longtemps. Il y avait quelque chose d'un peu moins en phase avec ma vie du moment je l'avoue. Mais je pense que c'est quelque chose que j'avais en moi depuis toujours. Quant à mes propres textes, je ne ressens pas de frustration. Il y a beaucoup de moi-même dans ce disque. Bizarrement, c'est peut-être celui où je me suis le plus livré.

5 Bertrand Louis : … Mais libre de Ferré

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Portrait de Baudelaire

HR : Quand on se lance dans cette lecture personnelle de Baudelaire, l'ombre d'un Ferré est-elle présente ? Envahissante ? Vous êtes-vous soucié de ses propres lectures ? Marche-t-on "forcément" dans ses pas ? Comment trouve-t-on sa propre route ?

BL : C'est un peu délicat pour moi d'en parler. Car, avec tout le respect que je lui dois, je ne suis pas fan de ses interprétations de Baudelaire. Ferré se sert de Baudelaire pour faire du Ferré. Ce n'est pas du tout ce que je voulais faire. Je n’ai donc pas eu de mal à partir dans d'autres directions. J'avais envie de froideur, de distance, d'électricité. Envie d'aller flirter avec la personnalité de Baudelaire, de mettre en valeur certains de ses côtés moins connus : son côté vampire par exemple... Je voulais une vraie communion entre la musique, le poème, la voix et les arrangements. Il y a même un titre « Harmonie du soir » où j'ai synchronisé le texte avec des notes et des sons pour en extirper la musique, ce qui fait qu'il n'a même plus besoin d'apparaître. Je me suis quand même fait rattraper sur un ou deux titres que j'ai dû écarter, mais que je chanterai peut-être sur scène… Et qui sont vraiment très Ferré, je trouve.

6 Bertrand Louis : Devenir bourreau de soi-même

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Thibaut Derien

HR : Votre rapport personnel à Baudelaire, de quel ordre est-il ? J'aurais l'envie d'entrevoir ce qui relève de l'intuition, de l'émotion, du travail (transpiration)...

BL : C'est difficile d'analyser cela. Je pense qu'intuitivement je l'ai traité comme un frère, et c'est ce qu'il désirait, non ? « Hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère. » Il y a une phrase de Walter Benjamin qui me parle beaucoup : « ...ce qu'il y a de spécifiquement français chez lui : la rogne. Elle voit en lui le révolté...maniaque, révolté contre sa propre impuissance, et qui le sait... ». C'est un peu comme dans le poème L'HéautontimorouménosÊtre le bourreau de soi-même. Il avait aussi un grand souci de l'architecture et de la beauté formelle, et j'ai donc beaucoup travaillé la structure du disque et des chansons. Il y a aussi chez lui une sorte de maladie du désir, comme il l'exprime par exemple dans le poème « À celle qui est trop gaie », que je ressens très fortement. Benjamin écrivait encore : « Pour les hommes, il décrit et transcende le côté ordurier de leur vie pulsionnelle. ».

7 Bertrand Louis : Moderne, Baudelaire ? Non : éternel !

Portrait du poète Baudelaire

HR : Je n'aurais pas envie de parler "d'une modernisation" de l'œuvre originale, mais d'une rencontre intemporelle entre musiques « actuelles » et mots « éternels ». Est-ce que ce résumé vous irait ? Et votre ambition est-elle de faire (re)découvrir Baudelaire ? Est-elle d’une autre nature ?

BL : Oui, je suis d'accord avec votre analyse, c'est une rencontre intemporelle. Et si tous ceux qui écoutent mon disque ont envie de le lire ou de le relire, je serai comblé. Mais beaucoup de gens ne connaissent pas Baudelaire même s'il est archi-connu. C’est là le paradoxe, ils ont juste le souvenir d'un ou deux poèmes qu'ils ont étudiés à l'école. J'ai même l'impression que Baudelaire leur fait peur.

8 7+1 : Baudelaire

Les 10 poèmes mis en musique et interprétés sur cet album sont tous tirés des Fleurs du Mal :

- Le chat

- Chansons d’après-midi

- À une passante

- La beauté

- L'Héautontimorouménos

- L’invitation au voyage

- Harmonie du soir

- Élévation

- Le vin des amants

- La mort des pauvres

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