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4 La déontologie n’est plus ce qu’elle était

Quand je suis entré dans la carrière, il y avait un dogme bien établi : un journaliste n’acceptait pas de cadeaux. Ou s’il en recevait, c’était pour les tester. Après on renvoyait l’objet s’il était onéreux ou on le donnait aux nécessiteux. Bon d’accord, les journalistes mode ou beauté ont toujours eu tendance à se faire sponsoriser leur garde-robe comme un vulgaire François Fillon. Mais jamais au grand jamais, on ne recevait un chèque de la marque ou de l’annonceur (ou pire du politicien) pour parler de son produit (ou de lui). C’était (c’est toujours, je vous rassure) la pire déchéance qui puisse arriver à un détenteur de la carte de presse. Or, malgré cette règle d’airain, les Français nous considèrent comme des vendus, des ripous, des raclures…

Chez les influenceurs, c’est tout le contraire. Une bloggeuse mode est habillée de pied en sape par les marques. Pareil pour le fondu de tech qui ne connaît pas l’obsolescence programmée puisqu’il est mis à jour régulièrement par les attachés de presse. Le bloggeur auto n’a certes pas une Porsche en cadeau. Mais on peut lui prêter une semaine ou deux des caisses qui valent dix ans de lance-pierre d’un journaliste précaire.

Et ce n’est qu’un début car les marques rémunèrent les blogueurs directement. L’affiliation est devenu un mode de shopping comme un autre, heu… non mieux qu’un autre. Car l’internaute a plus confiance dans un blogueur ou un instagramer rémunéré par la marque que dans un journaliste drapé dans sa déontologie. Y a comme un paradoxe, non ?

« Non, répond Cyril Attias. Car si un influenceur n’aime pas le produit, il n’en parlera pas, il n’acceptera jamais de rémunération s’il n’est pas un minimum convaincu. Il y a une vraie déontologie. Les bloggeuses mode savent qu’elles sont sur un modèle fragile et que leur communauté peut partir si elles font la promotion d’un produit moyen. »

Cyril Attias réfléchit d’ailleurs à l’élaboration d’une charte de déontologie avec les influenceurs.  Le paradoxe dans le paradoxe, c’est que les blogueurs sont souvent  bien plus libres de leurs paroles que les journalistes. Essayez donc d’être un poil critique sur Bernard Arnault ou Vincent Bolloré dans un média dont les revenus publicitaires dépendent de LVMH ou de l’agence Havas…

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