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7 bonnes raisons de ne pas sélectionner Benzema pour l’Euro 2016

S'étonner Par Hervé Resse 11 avril 2016

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Raison n° 3 : il a d'autres passions que le foot. Laissons-le assouvir ses fantasmes avec sa Bugatti Veyron, série limitée "Pur sang". 

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Jacquet a gagné en 98 sans Ginola et sans Cantona. Deschamps doit sacrifier à son tour Benzema. Et pas seulement parce que ça rime. 

Il paraît que Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football a déjà pris sa décision. Le sort de Benzema en équipe de France sera en tout cas connu le 15 avril au plus tard. Est-il coupable ou complice dans l’affaire de la sextape ? Et s’il l’est, l’équipe de France peut-elle vraiment se passer de ses services ? Pour Le Graët, le choix est cornelien. Pour nous, il est limpide. Il faut sacrifier le soldat Benzema et voici pourquoi. 

1 Parce que François Hollande a l’air d’être pour, et ça devrait suffire, non ?

Faute de voir enfin baisser le chômage de masse, notre gouvernement, (les dieux lui viennent en aide), mettrait bien une petite pièce pour que notre pays l’emporte « à la maison », en juillet 2016. Ainsi nous referait-on le coup de France 98, à un an d’une présidentielle annoncée inoubliable en mode désastre. Las, une fois n’est pas coutume (*), il semblerait que le premier ministre et son Président s’entendent mal sur la tactique idoine.

Le premier juge qu’en vertu de l’éthique, de la morale, sélectionner l’avant-centre madrilène serait insupportable. D’autant qu’un joueur de foot, c’est un peu comme les anges ou les apôtres, « ça doit donner l’exemple », notamment à nos jeunes, si facilement désemparés.

On a cru percevoir que le Président, pour sa part, estime que bon, pour peu qu’il nous plante deux buts en finale, façon Zidane, il lui pardonnerait volontiers. C’est son côté pragmatique, real politik. Chiraquien, quoi. Oubliés, seraient le luxe tapageur, les rumeurs filandreuses, les affaires et copinages interlopes, le rôle d’intermédiaire chelou dans une vidéo de cul donnant lieu à chantage. Reste que Monsieur Hollande a tout d’une boussole qui s’entête à indiquer le sud. Mieux vaudra donc compter sur Giroud et Gignac, dont les patronymes offriront aussi maints jeux de mots improbables aux secrétaires de rédac, à base de Gi, Gi, genre Gi suis, Gi reste…

(*) mais non, je rigole…

2 Parce que si vous ne l’aimez pas, il ne vous aime pas non plus.

Les plus attentifs auront goûté là le discret hommage à Maurice Pialat. Dans un sondage permettant aux « 60 millions de sélectionneurs » que nous sommes, de choisir « leurs » 23 pour l’Euro, nulle trace du lascar lyonnais dans le panier des six attaquants préférés !

 Il est pourtant, pour la caste des experts es ballon rond, « LE » meilleur attaquant français, un ténor du gazon que l’Europe entière nous envie… à ce détail près, il joue avec une casserole à chaque pied, et du coup, Vox Populi, vox Déi. On le sait, Karim chante pas la Marseillaise. On le surprit même glaviotant après l’hymne national, et la moitié du pays y repéra le signe ultime de sa détestation des trois couleurs. L’autre moitié  la démonstration que la première moitié est raciste, n’aime pas les jeunes issus de nos banlieues, rebaptisées « quartiers », tout cela leur rappelant « les heures les plus sombres de notre histoire ».

Les termes de la polémique ainsi posés, osons cette hypothèse : ils sont tous à côté de la plaque. Chacun d’eux s’échine à chercher partout des symboles. Et donc les trouve. Il faut absolument se placer d’un côté : très « pour » ou très « contre ».

Or la réalité nous apparait plus simple : ce garçon s’en fout. Et s’en fout d’une force ! Sa vraie vie est ailleurs. Pas chez Chanel, mais à Madrid. Là-bas il est une star, on l’adule presque autant que Cristiano Ronaldo. Les considérations sur son attachement au maillot le perturbent autant que cette paire de lacets, qu’il égara à l’entraînement mardi dernier. Mieux vaudrait donc refermer ce dossier. Oubliez ce garçon, préservez vos salives pour d’autres diatribes. S’en prendre un peu à Pogba, Varane, ou qui vous voudrez, nous changera un peu. 

Mise à jour : Benzema Karim démentait hier soir aux micros de BeinSport cette hypothèse de travail: "L'équipe de France, ça me tient à coeur".

Toute honte bue, le rédacteur de ce post taquin a chanté le 7ème couplet de la Marseillaise :

Amour sacré de la PatrieConduis, soutiens nos bras vengeursLiberté, Liberté chérieCombats avec tes défenseurs!Sous nos drapeaux, que la victoireAccoure à tes mâles accentsQue tes ennemis expirantsVoient ton triomphe et notre gloire!

3 Parce qu’il a déjà une Bugatti et un jet privé : que voudriez-vous qu’il fît d’une médaille ?

Benzema a le chic pour se mettre le petit peuple dans la poche. Sa voiture produite à cinq exemplaires dans le monde coûte un hôpital ; et sur Twitter, il te fait visiter son jet privé comme toi tu montres la trottinette électrique de ton petit dernier.

En plus, avec qui voulez-vous qu’il parle, entre deux matchs, des soucis d’entretien que réserve un Falcon ? Même Ribéry et Anelka n’avaient pas osé ! Ce garçon va donc s’en-nuy-er ! Personne dans le vestiaire n’arrive à hauteur de son train de vie. Dès lors pourquoi lui pourrir quatre semaines de vacances, pour une compète où il gagnerait quoi, au bout du bout ? Une médaille en simili, dans le meilleur des cas…

Hypothèse au demeurant assez improbable, vu la solidité de notre charnière centrale. Dès lors, soyons charitables : ce garçon aspire aux grands espaces.  Laissons-le jouir de cieux lumineux, aux antipodes de son choix. 

4 Parce qu’on va voir si Deschamps a les coucougnettes de le laisser « à la maison »

Des années qu’on nous rappelle que Deschamps est le taulier. Et on est tout près de le croire. L’homme a brandi les plus glorieux trophées, Coupe d’Europe avec Marseille, Coupe du Monde au Stade de France. Joueur, il a TOUT gagné. Lui reste en tant que coach à égaler Jacquet, son maître. Or celui-ci parvint à faire gagner la France sans ses deux meilleurs joueurs de l’époque, Ginola et Cantona. Dieu sait qu’on le lui reprochait, et ces deux-là valaient largement un Benzema chacun, avec en plus ce côté artiste qui eut fait rêver ces dames, à l’époque souvent peu férues de technique et tactique, mais le monde a changé, si, si, (voir plus bas).

Cantona et Ginola ? Aimé Jacquet les jugeait incompatibles avec un véritable « esprit d’équipe », en mode commando. Il désigna Djorkaeff et Zidane comme dépositaires du talent, et l’on sait pour quel résultat. Si Deschamps veut atteindre la gloire de son mentor, il a cette chance unique de le montrer. Se passer du supposé meilleur attaquant français, et permettre à Martial et Coman, deux pépites, de devenir ce à quoi leur talent les dispose, les nouveaux Thierry Henry du foot hexagonal. Place aux jeunes, bordel !

5 Parce que si ça ne marche pas, ça fournira une floppée de débats sans fin aux polémistes qui refont les matchs.

La catégorie « journaliste de sport », comprend désormais un métier à temps complet, qui semble bien nourrir son homme. Et sa femme, puisque ces dames ont désormais conquis le droit d’être légitimes pour papoter ballon. Nous n’en sommes point encore à la parité, mais il suffit qu’on mette trois types autour d’une table avec micros, pour qu’un des trois souligne qu’il manque une voix féminine, et c’est à ce genre de remarque qu’on mesure notre modernitude.

Le journaliste de sport polémiste se repère en bande, à la télé comme en radio. Et comme on disait jadis, « tout lui fait ventre ». Il peut disserter jusqu’à pas d’heure sur le prochain PSG-Triffouilly-Les-Casquettes, à se demander si « le petit poucet » peut aller « au bout de son rêve », et terrasser Goliath. Comme dans la fameuse expression coluchienne, il y en a toujours un qui coupe les oignons, et l’autre qui pleure.

A chaque veille de match, à chaque soir de match, à chaque lendemain de match, c’est-à-dire tous les jours, réunissez en 5 et refermez la porte.

Si la France perd sans Benzéma ? Ils vous meubleront une heure d’antenne et s’empoigneront en se renvoyant sans fin maints arguments, tels que : « je vous l’avais bien dit », « Deschamps a commis plus qu’une erreur majeure : une faute » ; « mais non, avec lui ça aurait été pire », « c’est le bloc équipe qui ne fonctionne pas », « c’est dans les têtes », sans oublier le « il manque un patron dans cette équipe ». A

 quoi répondra le « Benzéma avait toutes les qualités pour être ce patron, et je vous l’avais bien dit ». Dans certaines radios, ils ajoutent des gros mots, et donnent aussi la parole aux auditeurs, ce qui nourrit parfois le débat de quelques noms d’oiseaux. 

6 Parce que si ça marche, ça fournira une floppée de débats sans fin aux polémistes qui refont les matchs.

Imaginons le cas inverse : la France joue MIEUX sans Benzema. S’ouvriront d’autres débats, dans les mêmes émissions, avec les mêmes acteurs et trices. On entendra les « je vous l’avais bien dit », « Deschamps est vraiment le meilleur entraîneur du monde », « l’héritier spirituel d’Aimé Jacquet ». Quelqu’un ou une osera l’argument qui tue « AVEC Benzéma ça aurait été ENCORE mieux », qui ouvrira une incidente sur « mais non pas du tout », et « ça… on ne le saura jamais ».  On rêverait qu’un d’eux osât quelque chose du genre « c’est pour cela que votre fille est muette », mais peu probable, en vérité. Et puis l’un d’eux rétorquerait « ma fille ? Je n’ai pas de fille, pourquoi tu parles de ma fille ? » et le charme serait rompu.

Alors que là, non. On tiendra jusqu’au soir de l’élimination, où il sera grand temps de revenir au point 5, qui nous tiendra jusqu’à Noël, entre deux débats sur « le PSG est-il plus fort, avec ou sans Zlatan ». Polémiste est un métier au poil. Tant qu’on mettra 22 gaillards sur un terrain, ils trouveront de quoi nourrir l’antenne, ce qui vaut mieux que s’enivrer au Bar des Sports.

7 Parce que toute pacification, toute réconciliation, demande son bouc émissaire

Redevenons sérieux. La France, depuis la Gaule, adore les sujets qui fâchent, et celui-là est excellent. Il y a trop longtemps qu’on ne s’est pas vraiment mis sur la figure dans le village gaulois. Il faut que sortent les sacs à gifles, ne fût-ce que pour éviter la vraie bonne guerre civile qui menace, autour de vraies bonnes raisons, dans la vraie vie. Du coup, Benzema tombe à pic. Son sacrifice ne sera pas vain. Il peut sauver ce qui nous reste de Nation. Comptons tous ces dîners de famille où l’on pourra s’entredéchirer, s’insulter, s’admonester ; et les soirées pizzas entre potes qui vireront à l’empoignade, tu la veux dans ta tronche, la 4 saisons ? Bonne vieille querelle des pros et antis. Ils avaient juré de n’en point parler… Ils en ont parlé ! Les uns accuseront les autres de maghrébophobie, les autres fustigeront chez les uns les intolérables manquements à la morale sportive. Ceux-ci disqualifieront ceux-là au motif qu’on ne supporte pas dans ce pays qu’un reubeu réussisse. Les seconds tacleront les premiers pour les rendre complices du luxe tapageur d’un parvenu arrogant, et sa morgue hautaine. On sera loin du pré, de la sphère de cuir, des pronos pour le quart de finale. Mais le sujet nous sera une bonne purge, il nourrira la catharsis d’un peuple adorant comme peu d’autres les cyclones dans un dé à coudre. 

Benzema jouera le rôle du 24ème homme, l’indispensable Bouc Émissaire, que le peuple finalement sacrifie pour calmer sa colère. Devenu le vivant symbole des théories de René Girard, (pas l’entraîneur, l’anthropologue), Benzema connaîtra beaucoup mieux que l’éphémère satisfaction de sélections supplémentaires. Il sera, voilà, pour l’éternité celui qui aura permis le retour, voilà, de la Violence vers le Sacré, évitant ainsi à notre beau pays la honte d’un vote défouloir pro lepéniste moins d’une année plus tard, voilà. François Hollande sera réélu et plein de reconnaissance, lui décernera la Légion d’Honneur.

Voilà.

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