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7 chefs d'oeuvre du mouvement PUNK

Recommander Par Hervé Resse 09 mai 2019

7 chefs d'oeuvre du mouvement PUNK
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Étonnamment, quarante et quelques années après leur sortie, il est des albums clé de la musique punk, supposés concoctés dans l’urgence, qui s’affirment désormais comme d’authentiques « classiques de genre ».

Le paradoxe est là : au cœur du mouvement punk (76-78) ça bombait, hurlait, braillait, crachait partout que « No Future ». On s’en fout si tu sais jouer ou pas, sors les instruments, hurle ta rage et déballe ton sexe avec ton ironie, bricole tes grimaces et ton dégout du monde, vivons l’instant sans répondre aux questions.

Sur ce nihilisme qui n’avait à vrai dire pas grand-chose de nietzschéen, se sont ne vous en déplaise, bricolés certains albums qui quarante années plus tard, tiennent toujours la route, et clament encore leur verve sans peur du ridicule, agrippés au présent mieux que des cafards et des morbaques. Après tout Roger Daltrey et Pete Townshend, à 70 ans passés, continuent bien de clamer « pourvu que je meure avant d’être vieux ».

Du paradoxe nait alors cette contradiction. Appeler « chefs d’œuvre » ou « merveilles » des machins conçus pour bousculer les bienséances, et songer que la culture punk est entrée dans les musées, vous aurait quelque chose d’antinomique. Faut-il s’en offusquer, ou simplement assumer que comme tant d’autres mouvements d’avant-gardes (dada, surréalisme, lettrisme, psychédélisme, pop art, figuration libre, hip-hop), quelques œuvres deviennent qu’on le veuille ou pas, iconiques, marqueurs de leur époque, quand d’autres accusent nettement l’usure du temps.

« Chefs d’œuvre punk » sonne donc comme un oxymore. Merveille du punk vous aurait un petit côté à la fois janséniste et obscène. Par ailleurs sur tous ces disques, que dire qui ne l’a pas déjà été ? Pirater et résumer ce qu’en disent les fiches Wikipédia ?

L’essentiel demeure dans la tension musicale, paroxystique parfois, débraillée, tantôt moqueuse et tantôt insultant les institutions, que ces titres continuent d’imposer. Ces mecs avaient vingt ans, et peut-être, contrairement à Paul Nizan, autoriseraient-ils qui le veut à jurer que « c'était le plus bel âge de leurs vies » ?

1 Sex Pistols : « Never Mind The Bollocks, Here’s the Sex Pistols »

Pour son titre (signifiant peu ou prou « joliment bons à rien »), préférer comme illustration ce « Pretty vacant », aux ultra connus « Anarchy In the UK » ou « God Save The Queen », emblématiques de leurs rapports chaotiques avec les média et l’institution royale. À propos du titre de l’album, préciser que ce « Tant pis pour vos couilles » ne valut aucune condamnation pénale au groupe, le mot « Bollocks » existant aussi dans l’anglais classique et ancien.

Il s’agit bien du seul et unique « vrai » album de ce quatuor débraillé, arrogant, cornaqué par un businessman visionnaire autant que requin, Malcolm McLaren. « The Great Rock n Roll Swindle » qui viendra derrière n’est qu’un attrape-nigaud, certes rigolo, mais dont le titre (Swindle : Escroquerie) résumait assez le niveau des contenus. Les versions anglaise et française de l’honorable encyclopédie du net abondent de détails et précisions sur la genèse de l’album. On rappelle que le bassiste Sid Vicious, ce physique nickel pour incarner la punk attitude, n’y joue que sur un titre, Glen Matlock ayant comme on dit « quitté l’aventure ».  N’importe, l’album demeure pour l’éternité ce déluge de guitares teigneuses, un brûlot d’insolence brutale, qui doit beaucoup au débit effronté, méprisant, de Johnny Pourri, relevant d’une alchimie très personnelle entre élégance (si, si) et vulgarité. L’album contient des « quotes » inoubliables, parmi lesquels celui-ci fait toujours mes délices : « je n’ai d’émotion pour qui que ce soit d’autre, tu ferais mieux de comprendre que je n’aime que moi-même, moi-même, ce merveilleux moi-même ».

Pour le reste, on a longtemps entretenu la rumeur que les guitares étaient en réalité assurées par Chris Spedding, virtuose de studio. Les rumeurs ne sont pas toujours vraies : il semble qu’il ait simplement donné des coups de mains sur l’architecture des morceaux. 

On peut vouloir l’album dans sa version originale. Certaines rééditions ultérieures ont inclus des Face B de 45 tours assez réjouissants, comme cette reprise du No Fun des Stooges. Vous me direz, qui donc aujourd’hui achète des disques, à l’heure où tout, absolument tout, se trouve sur You Tube, Deezer ou Spotify ? Et les vinyles, alors ?

Trois autres pour l'iPod ? Bodies (hymne controversé sur l’avortement), No Feelings, Holidays in The Sun

Composition du groupe : Johnny Rotten (vocaux), Steve Jones (Guitares), Glen Mattlock puis Sid Vicious (Basse) Paul Cook (Batterie).

2 Damned : « Damned, Damned, Damned »

C’est peut-être un détail pour vous, qui pour moi veut dire beaucoup : ce premier album est sorti le 15 janvier 1977, soit le jour même des 19 ans de votre serviteur. Comment ça on s’en tape ? Oui. Album produit par Nick Lowe, talentueux artiste trop méconnu, membre des groupes RockPile et Brinsley Schwartz, piliers d’un mouvement assez éphémère qu’on appelait parfois « pub rock », et à cet égard, inspirateurs des premiers gangs punks. Le disque vaut d’abord par l’intensité de l’ensemble, plus que par un titre en particulier ; encore ce New Rose est-il assez vitaminé. Et pour qui s’interrogerait, c’est bien ce titre qui inspira les créateurs de la boutique, puis du Label du même nom, haut lieu de la rockitude parisienne à deux pas du BoulMich’, dans ces bonnes vieilles eighties. 

Pour ce qui est des Damned, leur côté déconnant les estampillait davantage, me semblait-il alors, en catégorie potaches que voyous authentiques… Plus tard, on n’a pas hésité à ressortir l’album avec son lot d’inédits, de démos plus ou moins abouties, ainsi que d’un album live. Le service marketing, c’est comme la torture, aurait pu dire Frank Zappa : ça ne s’arrête jamais. 

3 autres pour l'iPod ? Neat Neat Neat, Born to Kill, I feel allright (reprise des Stooges, là aussi).

Composition du groupe : Dave Vanian : chant - Brian James : guitare, chant - Captain Sensible : basse, chant - Rat Scabies : batterie, chant.

Sinon oui, bien sûr : le Captain Sensible est bien celui qui plus tard commettrait ce rap idiot mondialement connu : « Wot ? ». Espérons qu’il n’ait pas « tapé » l’ensemble des royalties, par-là générées. De son côté Brian James fut un peu plus tard un des membres fondateurs des éphémères Lords of The New Church.

3 Radio Birdman : « Radios Appear »

Comme les deux précédents, Radio Birdman fut très influencé par Iggy Pop, leur nom vient d’un vers des Stooges qu’ils avaient mal compris, qui disait « Burning » et non pas « Birdman ».  Cet album résume fort bien le punk australien, à moins qu’on décide qu’il serait mieux incarné par les Saints, dont le premier album « Stranded » dévastait gentiment, comme le démontre lemorceau éponyme (toujours placer « éponyme » quand on peut, dans un article sur le rock. Ça fait mec qui l’air de rien a quand même suivi les cours de français). 

Radio Birdman est un rien plus mélodique que les précités, très inspiré par les groupes « garage » du milieu des sixties (voir la mythique compilation Nuggets) mais tout aussi déterminé. Ce premier disque (millésime 77, toujours) venu des antipodes n’a pas connu une grande destinée par chez nous, sinon chez quelques aficionados, mais mérite sa place dans toute discothèque digne de ce nom. Et croyez-le ou non, Radio Birdman sont présents sur Facebook, et joueront en juin prochain à Sydney.

3 pour le I-Pod ? You’re gonna miss me, Monday Morning Gunk (pour son intro de guitare), Aloha Steve And Danno.

Composition du groupe : Rob Younger (vocaux) - Deniz Tek (vocaux et guitares) - Pip Hoyle (piano), Warwick Gilbert (basse), Ron Keeley (batterie). Le groupe a également comporté le guitariste et producteur Chris Masuak.

Rob Younger est également reconnu pour avoir produit une palanquée de groupes australiens très hautement recommandables, quoique souvent méconnus. Savoir si on les trouve chez Spotify ou Deezer serait en soi une quête tout à fait digne d’occuper une fin de vie heureuse : de ma mémoire vacillante, je ressors les Lime Spiders, Trilobites, Died Pretty ou Screaming Tribesmen, où donc ai-je pu ranger leurs singles ? Damn it !

4 Johnny Thunders & The Heartbreakers : « L.A.M.F. »

Avec celui-ci on ne plaisante pas. Si je n’avais le droit d’emporter qu’un seul disque punk sur la fameuse ile déserte (idée stupide puisque sur une ile déserte, selon toute probabilité, pas de courant électrique), j’hésiterai longtemps entre les Pistols et celui-là. Johnny Thunders était un guitariste flamboyant. Trop, sans doute. Junky. Trop sans doute, et ses petits camarades autant que lui. La maison New Rose le soutint longtemps, des Parisiens peuvent se souvenir de concerts erratiques au Gibus, que pouvaient illuminer des moments de grâce. Au départ Johnny Tonnerre est avec le batteur Jerry Nolan, membre des pré-punks New-York Dolls. Bien qu’excellents, ils sont un peu tricards dans leurs quartiers, du fait de leurs dépendances, et c’est à Londres qu’ils connaîtront avec cet album, leur quart d’heure de gloire, dans le sillage des Sex Pistols. Le disque sort avec ce nom affectueux, littéralement « Comme un Enculé de Ta Mère ». On critiqua la qualité du mixage. Au reste il ressortirait plus tard remixé, sous le nom « de LAMF Revisited », mais je fais partie de ceux qui préfèrent l’original, « dans son jus ». Cela démarrait par un titre au nom prémonitoire, « Né pour perdre », et se poursuivait sur le même principe, guitares, guitares, et voix à l’unisson.  Refrains jouissifs, interventions magistrales du Thunders en fusion. C’est un des albums les plus speed de la création, et le nom du groupe s’il faut le préciser, ne doit à rien au regretté Tom Petty, excellent mais pas punk pour trois sous.

3 Pour l'ipod ? (j’aurais envie de dire TOUT) : Chinese Rock, Born To Lose, One Track Mind.

Composition du groupe : Johnny Thunders (chant, guitare) - Walter Lure (chant, guitare) - Jerry Nolan – (batterie, chœurs) Billy Rath (basse). Le fameux Richard Hell y a un temps tenu la basse, après être passé par Television, et avant de fonder son propre groupe The Voidoids.

5 Ramones : « Rocket To Russia »

Évidemment on peut débattre deux heures : doit-on désigner celui-ci, troisième du groupe, ou son premier, fondateur, où figurent les immortels Blitzkrieg Bop et Beat on The Brat (« cogne le môme, cogne le môme à coups de batte de base ball, oh oui... oh oui...ooh oh ») ?

Soyons clair: tous les albums des Ramones sont indispensables, et inutile de protester « que c’est toujours pareil », car c’est précisément le concept, l’épure, même, de l’Art Ramone, et qui ne tolérait pas de demi-mesure. Durée maximale des morceaux, deux minutes trente, pas de solo, batterie et basse sans fioriture, un pur rouleau compresseur. La jeunesse de ces garnements sortis des bas-fonds du Queen’s renvoie l’œuvre de Zola au rang d’un conte de fées niaiseux. Les quatre n’étaient pas plus frères que vous et moi, avaient emprunté leur nom à Paul McCartney, lequel utilisait cet avatar chaque fois qu’il réservait une chambre d’hôtel à New-York. Les quatre fondateurs (d'autres faux frères ayant remplacé Tommy) sont morts avant 60 ans, trois d’un cancer, et on peut supputer que l’abus de colle à rustine n’y fut pas étranger. Évidemment, s’attifer aujourd’hui de jean’s déchirés n’impressionne personne, tous les jeunes de la haute ont perfectos et Converse All Stars plein leurs placards, Raybans également de rigueur. Il faut donc replacer tout cela dans son contexte d'origine, et mesurer alors que les Ramones étaient bien plus qu’un banal groupe punk. C’était une esthétique, peut-être même une « éthique ». 

Cela dit, laisse cette colle à rustine dans la trousse à outils, et file faire tes devoirs !

3 pour l'iPod : We’re a happy family, Cretin Hop, Rockaway Beach

Composition du groupe : Joey (chant) Dee Dee (basse), Johnny (guitare) et Tommy (batterie) Ramone, étaient le quatuor départ. Au fil des ans, des changements ont eu lieu.

6 Clash : « London Calling »

Voici tout l’album déposé sur You Tube. LE chef d’œuvre de Clash, LE Sergeant Pepper’s du punk, même si d’un strict point de musical, on n’est plus tout à fait dans le punk, qu’illustrait au-delà du raisonnable leur premier album, sorti en 77 : brut de fonderie, pas la moindre fioriture, sec comme une trique (mais quel album !) Le deuxième était plus orienté gros rock à l’américaine, agréable mais sans le souffle épique du suivant. Ce double, paru fin 79, ouvre le groupe à tous les courants du moment, reggae, ska, jazz et soul, ou du passé (rockabilly), pour une réussite magistrale, orchestrée par Guy Stevens, producteur pourtant très décrié pour ses addictions multiples et variées. Avec ce double, Clash s’affirme le plus grand groupe de son époque, assume l’image d’engagement, en prise directe sur toutes les questions de son temps (chômage, racisme, drogue, et tutti quanti). Ils récidiveront avec le triple album Sandinista ! donnant même dans le funky-punky-rap à l’occasion. Pas certain que celui-là ait aussi bien vieilli que ce monument-ci. Enregistré en trois semaines (et deux jours, précisait Joe Strummer), on tient là le dernier grand album des seventies, joué par le plus grand groupe du début des eighties. Rien à jeter, seuls les Jeux Olympiques de 2012 à Londres seront un temps parvenus à rendre insupportable ce « London Calling », jingle diffusé en boucle sur toutes les damnées radios. Mais cet épisode est derrière. On peut aussi s’y replonger avec l’époustouflante version hommage à Joe Strummer, où figurent excusez du peu, Bruce Springsteen, Steve Van Zandt son guitariste, Elvis Costello, et Dave Grohl (Foo Fighters)…

3 pour l'iPod ?: PAS TROIS ! TOUT ! 

Composition du groupe : Joe Strummer (Guitares et voix), Mick Jones (Guitares et voix) Paul Simonon (Basse et voix) Topper Headon (Batterie)

7 Buzzcocks : « Another Music in a Different Kitchen »

Dans toute sélection, il faut du parti pris, et par ailleurs choisir c’est renoncer. Donc toutes protestations visant à pointer les inévitables absents d’une sélection par nature arbitraire (Où sont les Jam, les Dead Kennedys, voire Metal Urbain ? Pourquoi n’y a-t-il pas le premier Cramps ?) sont par avance admises. De même, on pouvait associer à cette liste quelques albums sortis dans le sillage du mouvement punk, sans l’être réellement : le flamboyant Horses du Patti Smith Group, l’hypnotique Marquee Moon de Television, ou pourquoi pas l’album des Modern Lovers de Jonathan Richman ...

Pourquoi retenir ce premier album des Buzzcocks ? Parce qu’il offre trois atouts indéniables, que le temps n’a nullement entamés : cette qualité mélodique des grands musiciens anglais de l’histoire (Kinks, Beatles, Bowie). Cette capacité hors norme à pondre des tubes potentiels (Orgasm Addict, Fast Cars, No Reply). Enfin la pulsation qui transforme cet album en un maelstrom insensé, made in Manchester.

3 pour l'iPod : Fast Cars, No Reply, Fiction Romance

Composition du groupe : Pete Shelley (guitare, chant), Steve Diggle (guitare, chant) Chris Remington (basse) Danny Farrant (batterie). Les tous débuts du groupe incluaient Howard Devoto, qui partit vite fonder Magazine.

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