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7 expressions à la con qui parlent pour ne rien dire

S'étonner Par Hervé Resse 19 septembre 2016

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Un super héros stigmatisant ? Y a pas d'soucis, on est pas chez les Bisounours ! 

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Allons-y pour une minute réac ! Ou même deux, tiens. Voilà 7 phrases toutes faites qu'on n'en peut plus d'entendre sur toutes les lèvres! Qu'on en finisse! Arrêtez ! Qu'on les pende !

Il y a peu, nous avons ici supplié nos amis journalistes et leurs comparses politiques et sportifs, (à moins que ce ne soit le contraire, mais on ne sait plus trop qui sert la soupe à qui, en ce monde…) de mettre à bas 7 expressions médiatiques devenues insupportables. Comme on pouvait s’y attendre,  aucune de ces suppliques n’a été entendue. Et plus que jamais, j’ai envie de dire que c’est compliqué de voir tant de gens en capacité de porter autant de projets, et de les voir seulement capables de rebondir sur ce qui vient d’être dit pour confirmer que c’est que du bonheur. 

Notre langue est en coma presque dépassé, c'est entendu. On lui rabiote partout l’élégance, on y substitue à chaque instant le banal à l’audace, la platitude à l’ambition de s’élever.  Le constat est facile, deux minutes -au choix- de Sarko, Morano,  Duflot, suffisent à l'illustrer. Mais on n’est pas forcé de vaincre pour persévérer dans un combat. 

Aujourd’hui, supplions donc un peu nos contemporains. J'entends: la serveuse du resto, ma voisine du troisième, le stagiaire à la réception de mon guichet bancaire, tel contributeur ou trice de facebook twitter ou linked-in, et tous les autres, en leurs qualités... Qu'on bannisse une bonne fois pour toutes ces sept rengaines qui nous polluent le quotidien bien au-delà du raisonnable, du supportable, de l’acceptable. Que le bel exemple vienne d'en bas, enfin! Sortez de ces corps, Hanouna, Morandini, Boulay !

1 Je dis ça, je dis rien.

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C'est pas parce qu'on a rien dire qu'on doit s'empêcher de l'dire #JDCJDR

Plus banalisé, tu meurs, c’est même devenu un hashtag à lui tout seul. A prendre au second degré, #JDCJDR. Si tu dis ça pour ne rien dire, j’ai envie de dire, TAIS-TOI ! Si ça n’a aucun intérêt, et que tu le SAIS, ne te vautre pas en plus dans la redondance béate. Dans le genre, évoquons aussi « OK Je sors » ajouté après une blague pourrie, pour souligner qu’on a bien conscience qu’elle est VRAIMENT pourrie, ce qui nous met le second degré au rang de la cueillette des radis. Se dire alors que ce pays fut celui de Desproges et d’Alphonse Allais, l’homme qui disait entre autres : “J'ai une mémoire admirable, j'oublie tout.” On n’en lit pas tous les jours de semblables, sur tous les réseaux sociaux. Et je n’ajouterai rien.

2 Passez une belle journée!

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Si je veux!

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Jadis, ou naguère, comme on voudra, on vous invitait, aimable, à passer une « bonne journée ». Ou un bon week-end, pour peu qu’on fut vendredi. Aujourd’hui quelle que soit le jour ou l’heure, on vous dit de passer une BELLE journée. Il ne suffit pas qu’elle soit bonne, c’est-à-dire pas pire que les autres, discrète en emmerdements, assez calme du côté des nouvelles sinistres et des tentatives de massacres en pleine rue stoppées de justesse. Il faut que la journée soit BELLE. 

Mais quoi de plus discutable que le BEAU ? Cela fait des siècles que tout ce que l’érudition compte de pinailleurs, théoriciens et rhétoriciens, concluent qu’il n’y a rien de plus discutable et de subjectif que le BEAU, et écoutez donc le dernier Céline Dion, pour voir. 

Or, quand je vois comment sont nippées, coiffées, maquillées, attifées certaines des personnes qui me souhaitent une « belle journée », un « bel après midi », voire même une « belle fin de soirée », j’ai l’impression qu’elles me jettent un sort . Qu’elles me souhaitent de passer sous un tram, ou de me voir fauché dans la fleur de l’âge par un vélibédiste hargneux (il y en a!). 

Je n’en VEUX PAS, moi, de leurs « belles journées », matinées, fin de journées, débuts de soirées nocturnes. Irions-nous encore jusqu’à mirifiques, splendides, étourdissantes, resplendissantes… Mais belle ! Mince de programme... Dis ! Tu t’es vu quand t’es beau ?

3 Au jour d'aujourd'hui...

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George Sand adorait passer "de belles journées"

On s’use à le répéter. En vain. « Aujourd’hui », quoi que passé dans le langage et célébré dans tous les dictionnaires, est déjà un foutu pléonasme; ou plutôt une tautologie, vu qu’hui signifiait jadis "le jour présent". Il y a donc une armée d'utilisateurs têtus de la double tautologie. Lesquels seront ravis d’apprendre qu’on trouve l'expression honnie chez George Sand, et Francis Carco. 

Gageons qu’ils n’ont rien lu ni de l’une, ni de l’autre. Mais s’ils se souviennent déjà du nom, ils pourront clouer le bec (et Michel n’a rien à voir là-dedans) à quiconque leur en fera reproche. Il n’empêche, ce « au jour d’aujourd’hui » qui remplace tout à la fois « de nos jours », « en ces temps incertains », ou « à l’heure actuelle » que certains prononçaient « alors actuelle », est épouvantable à l’oreille, et vous signe son balourd irrémédiablement.

4 Prends soin de toi !

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Dieu prends soin, moi pas!

Celle-ci semble affectueuse. Elle voudrait signifier « soigne-toi bien », « ménage ta santé », « sois prudent ». Et pourquoi pas « mets ton cache-nez », « prends tes pilules » ? Je ne suis pas nonagénaire ! J’ai beau avoir 50 kilos en trop, j’ai des coronaires impec et pas plus de cholestérol qu’il n’y a d’élégance du verbe dans un discours du Président Sarkozy.

« Prends soin de toi » me renvoie vers Bicêtre, me pousse insidieusement vers la sortie. Si telle est la seule affection que j’inspire, je préfère encore « va crever, vieux bouc ». Au moins, je ne doute point là de l'accent de sincérité.

5 On n'est pas chez les Bisounours...

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Le côté obscur du bisounours.

Existe aussi en variante « je sais bien que ça fait un peu Bisounours, mais... » A croire que la vie ne serait qu’un Tarentino. Mettez quelque forme, un rien d’attention à ce que vous souhaitez proposer lors d'une réunion, se trouvera toujours un gus pour protester, dire qu’on va trop loin, quoi, trop de prévenance, bref, on se croirait chez les Bisounours

Évidemment, cette rengaine fait écho à la tyrannie du « Care », épouvantable idéologie de la gentillesse à tout crin, que le monde anglo-saxon tente de nous vendre comme « modèle indépassable du capitalisme libéral mondialisé mais soucieux quand même du bien commun ». 

Rêvons alors d’un monde de Bisounours dirigés par Tarentino. Martine Aubry (qui se voulait en 2011 la promoteuse d'un "Care à la Française"), y jouera les guest stars. Y aura du sang plein les carreaux, ce sera une belle journée, dont on se souviendra.

6 Il ne faut pas stigmatiser

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Les stigmates sont les marques des plaies symbolisant le martyr de Christ au Golgotha. Certains les ressentent en leurs chairs, et saignent le jour de Pâques, ou chaque vendredi à 15 heures. Ils sont stigmatisés comme d’autres ont les pieds plats, ou un spondylolisthésis. Chacun sa misère, c’est ainsi. 

Par extension, la stigmatisation a été théorisée par ce bon vieux Erving Goffman, un des maîtres de l’école de Palo Alto, pour désigner « un sérieux désaccord social de caractéristiques ou croyances personnelles perçues comme allant à l'encontre des normes culturelles ».  On pourrait considérer que Goffman a conceptualisé ce qu’ensuite ont pourfendu d’autres auteurs (pensons à Pascal Bruckner, dans son excellent « Tentation de l’Innocence »). C’est-à-dire la propension d'une minorité à se déclarer victime, du simple fait de sa singularité. Partant, le mot stigmatisation n’a pas eu la destinée universelle que lui envisageait Goffman. 

Il semble qu’aujourd’hui le mot soit réservé aux seuls musulmans, qu'il ne faut pas stigmatiser, du simple fait que certains des leurs zigouillent des inconnus dans des concerts de rock, lesquels n'avaient pourtant rien demandé, et d'autres dans des soirées de feu d’artifice, d'autres encore aux offices religieux. Le mot revient alors comme une clochette sonnant à titre préventif. Attention à ne pas stigmatiser. Existe aussi la variante "pas d'amalgame". 

Moyennant quoi, on peut mettre tous les cathos dans le même sac sous prétexte qu’un certain nombre trouvait à redire au mariage pour tous; tous les juifs dans le même tonneau estampillé « sioniste »; tous les laïcs dans un immense marigot de « laïcards anticléricaux », ou « laïcistes », comme le dit le toujours souriant Edwy Plenel. Il ne faut pas stigmatiser. Sauf tous ceux qu’on peut stigmatiser allègrement.

7 Y a pas d'souci !

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Le meilleur pour la fin. Le pire, en somme. Il va me rendre fou. Nous allons finir comme dans le film Idiocracy. Naguère encore, on disait :

-          Mademoiselle, je peux avoir la carte des desserts (ou au choix : le sel et poivre ; l’addition ; un café)?

A quoi la demoiselle répondait :

-          Oui Monsieur, je vous l’apporte.

Dans la rue, le bus, on se retournait, courtois, pour s'excuser:

-          Pardon monsieur, je vous ai bousculé avec mon cartable.

Et le monsieur rétorquait: 

-          je vous en prie monsieur, cela n’est rien.

Chez le marchand de glaces, on se décidait pour :

-          une double rhum-raisins nougat glacé, s’il vous plait.

Et l'accorte vendeuse, d'un sourire : ... en cornet, ou dans un pot ?

A chacun de ces messages urbains, la réponse claque, fuse, dorénavant, toujours la même, tout le temps, désespérément: « Y a pas d’souci ». Ou on raccourci : « Pas d’souci ».

Je serai en retard. Pas de souci. Une pizza 4 saisons. Pas de souci. Un instant, je dois retrouver mon ticket de métro. Pas de souci. Je vais niquer ta mère, sale connard. Pas de souci.

Non. Là ça ne marche pas.

"Pas de souci" pèse lourd de sous-entendu, dès lors qu' éventuellement il pourrait y en avoir, du souci. Pour l'heure la personne vous estime fondée à exprimer votre demande. Elle consent à y accéder. Disons qu'à priori elle est payée pour ça, mais bon, j'entends que « ok je suis sport ».  La dame cherche pas d’embrouille. Zen dans sa tête. Veut bien faire le job (ce pour quoi on la paye). Et donc "pas d'souci". Mais le souci pourrait rappliquer lus vite qu'à son tour, tu vois c'que j'veux dire?  Derrière « y a pas d’souci », je n’entends jamais le complément désagréable, style « Bâtard » « Fils de Teupu », « Tafiole », « Vieux Crabe ».  Mais j’ai toujours l’impression que ça pourrait dégainer très vite. 

En mode Tarantino. 

Il serait pas un peu "en mode bizarre", le langage, au jour d’aujourd’hui ?

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