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Supplique pour bannir 7 expressions insupportables de nos ondes radiophoniques

S'étonner Par Hervé Resse 03 septembre 2016

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Même mon chien ne les supporte plus ! 

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Nous sommes "en capacité" de "rebondir" sur ce qui vient d'être dit, car même si "c'est compliqué", il suffit de "porter ce projet" avant de "lâcher prise" et alors "j''ai envie de vous dire" que c'est "que du bonheur" !

Au vu des actualités qui ont marqué l’été, de Nice à Rio en n’oubliant pas Saint-Etienne du Rouvray, on aura préféré se tenir écarté des images en boucle de nos chaînes d’infos continues. Réflexe prophylactique : à quelque distance du monde et ses horreurs, s’en tenir aux bonnes vieilles radios. 

Mais déjà la rentrée s’avance. Les Primaires vont déverser des flots incessants de déclarations des unes et des uns. Des polémiques à profusion se préparent. Quelques lois étranges aussi, sans doute. Pour dessert, nous avons d'ors et déjà le retour en grâce de la religion quotidienne Football, en versions locales et européennes. L’actu sera dense. Chacune offre cent fois son poids de commentaires, démentis, rectifications, stigmatisations, diatribes. Tout cela, à moins d’un an « de l’échéance présidentielle », et sans parler même de nouveaux drames terrifiants, toujours plausibles.

Puisque septembre est là, osons ici cette supplique : nos amis journalistes pourraient-ils  dépolluer un peu nos quotidiens infobèses des formulations toutes faites, plates et laides, vides de profondeur et sinistrées du sens, qui épuisent toute oreille d’auditeur attentif ? En voici 7 qui insupportent votre serviteur (c’est juste une formule, je ne sers personne). Signalez-nous les vôtres !

1 « C’est QUE DU BONHEUR ! »

Que du bonheur.... mais ça, c'était avant. 

Oui mais ça marche pas à tous les coups

À moins qu’on n’évoque les attentats, « la Loi Travail » et ses conséquences improbables, aucun radiotrottoir ne nous l’a épargné, foin même du sujet : sociologie du pastis au camping, roller-parade en mode végan, messe et bénédictions à moto, festival local de techno solidaire… Sitôt que cela s’est bien déroulé, le Ravi de la Fête accourt au micro pour conclure : « c’est-que-du-bonheur ! » Le lascar sévit aussi dans les kermesses d’écoles, au concert de Mylène Farmer. Il twitte parfois, les soirs de finale de The Voice, en mode pâmoison.

Aucun athlète – ou athlète (*) – médaillé.e, auréolé.e de sa gloire éphémère, n’y résiste non plus. Il « n’a rien lâché », « donné tout ce qu’il avait dans le ventre», « est allé au bout de soi-même ». Sachant que « seule la victoire est belle », tout doit se terminer, sinon par des chansons, du moins dans le poncif éculé. C’est QUE DU BONHEUR n’est pas qu’un point final. C’est l’absolu qu’un simple mot rapporte au ras des crampons. Une ombre de grandeur drapée dans un poncif. On me rétorquera que le BONHEUR, même exprimé avec cette maladresse du bon peuple, vaut mieux que larmes et que drame. Mais c’est moins  bonheur » qui pose ici problème, que ce « QUE » définitif, réducteur de tête et d’imaginaire. Ces bonheurs n’ont-ils jamais rien d’autre à offrir ? Bonheur et reconnaissance ?… bonheur sur fond de vengeance ?… bonheur et transcendance… Bonheur et sauce bolognaise ? Jadis, un de mes profs ratiboisait 3 points pour toute copie risquant cette intro paresseuse, « De tous temps, les hommes ont pensé/ voulu… » Je fais de même avec mes chers étudiants en Comm’, avec « il faut savoir que… ». Quel rédac’ chef exigera qu’on coupe par principe au montage, ce navrant mot de la fin ? Là, pour le coup, ce serait que… Non, non… laissez.

(*) existe aussi au féminin.

2 « Nous sommes en CAPACITE de… »

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Une phrase qui lui va si bien...

Il serait simple de dire, au choix : « nous pouvons » ; « nous sommes capables de » ; « nous avons les moyens/ la volonté de »…. Mais la ligne droite n’est pas en politique le meilleur chemin d’un point à un autre, et le mauvais exemple peut venir d’en bas. Nous sommes en CAPACITE de… formule besogneuse, aux vrais accents de charabia bureaucratique, restait naguère confinée aux obscurs réduits de partis déliquescents, quand s’y élaboraient des programmes électoraux aux destinées incertaines. Ce ton ampoulé claquait bien à l’oreille, sans doute : sérieux, technique, rassurant. Politique, en somme. Ce gloubiboulga démocratique inspire à présent tous les échelons de décisions du pays. Des chefs de service d’administrations centrales y recourent sans rougir. Des députés, des ministres et des ministres s’en gargarisent. Par ricochet, on l’entend dans les confs’ de presse. Ainsi, de la ministre de l'éducation, en cette rentrée : "nous en sommes en capacité de gagner", assure-t-elle. Nous sommes en capacité de… renouveler notre stock de poubelles jaunes, mettre fin au chômage des jeunes, stopper l’usage des stéréotypes sexistes en petites sections d’écoles préélémentaires. Sur les ondes, j’ai finalement entendu notre président de la république (française) y céder. Confirmant que si l’on mesure aussi la grandeur de nos dirigeants à leur qualité d’expression, nous voilà bien rendus chez Lilliput. 

3 « J’ai envie de dire… »

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Avec Rabih, ça donne toujours envie de couper la faim. 

… Hé bien, dis-le !! Comment ne pas interpeller le spécialiste osant cette mièvrerie ? J’ai envie de dire que « j’ai envie de dire » semble au départ du même acabit que « je pense que », « je crois qu’il est nécessaire de ». Bouts de phrases n’ayant d’autre intérêt que se mettre en scène en parole ; et d’occuper l’antenne le temps que les idées s’ordonnent, plus ou moins précisément, aux portes des lèvres.

Mais « J’ai envie de dire » y ajoute une touche du psychologisant d’aujourd’hui. « Je pense que » donnerait à comprendre que c’est l’adulte en moi qui va s’exprimer. « J’ai envie de dire», suggère que je vais donner la parole à ma part la plus spontanée, la plus authentique, la plus sincère. Et partant,la moins contestable. Or qui laisse parler d’abord en lui « l’envie », sinon l’enfant ? J’ai envie de dire manipule l’auditoire en attendrissant l’inconscient collectif. Du coup, j’ai envie de dire que la réinfantilisation du monde est une des plus insidieuses maladies sociétales que nous ayons en stock. On ne la voit pas s’étendre, elle est pourtant partout. 

4 « C’est COM-PLI-QUE »

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De l'influence des statuts facebook sur le 7ème art... les commentateurs sportifs. 

CROP

Nous sommes quelques-uns sur Twitter à avoir hashtagué ce mot, #compliqué, qui s’est répandu sur les antennes mieux qu’une peste. Singulièrement ces soirs où l’on débat ballon ; où on refait les matchs, avant, pendant, après. On y compte alors plus de « compliqué » que d’étoiles filantes aux belles nuits d’été. Supposons que Bastia marque un but : ça va être compliqué pour Toulouse, qui va devoir revenir dans le match. Mais ce sera aussi compliqué pour Bastia « qui ne sera pas à l’abri » d’un regain d’énergie de l’adversaire. Oserons-nous remarquer que c’est le principe même de toute rencontre sportive, si l’on y réfléchit un brin ? 

Sauf qu’il faut meubler l’antenne, et surtout ne pas banaliser l’événement. Tel match, a priori facile pour un club mieux armé que l’adversaire du soir, lui sera quand même compliqué : il n’y a plus de petites équipes, et il est dangereux d’arriver trop confiant. C’est compliqué quand on reste sur trois victoires : on sera d’autant plus attendu la prochaine fois. Mais ça l’est tout autant si l’on a subi trois revers : baisse de moral, spirale de la défaite, etc.. C’est toujours compliqué pour le coach et pour le président. Compliqué pour le joueur titulaire, compliqué pour celui qui trépigne sur le banc rêvant de lui piquer sa place. Compliqué pour celui qui veut partir (toucher plus ailleurs), comme pour celui qui veut rester au club (on rêve de s’en débarrasser. Sauf qu’il a un contrat... c’est compliqué). 

On voudrait rappeler aux experts de la chose footbalistique des mots comme « ardu », « difficile », « malaisé », « piège », « incertain », « dangereux ». Sauf qu’il n’est à présent plus rare d’entendre que la rentrée scolaire, la mise en place de la loi Travail, le prochain vol sur Mars, l’organisation de la primaire à gauche, le seront eux aussi, « compliqués ». Encore que ce sera aussi "compliqué" pour Emmanuel Macron, qui n'a pas un parti derrière lui, a commenté son premier ministre. L’appauvrissement d’une langue est une oeuvre de longue haleine. Saluons l’expert [HR1] en foot. Tel le colibri dans la parabole de l’incendie et la goutte d’eau, il y prend toute sa part. Ah oui ! En passant lui rappeler que « l’adversité » ne désigne pas l’équipe opposée (qui est l’adversaire), mais un sort contraire, qu’il faut savoir surmonter. Cette nuance est peut-être un peu trop compliquée.

5 Je voudrais REBONDIR sur ce qui vient d’être dit

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Dubout, illustrait jadis les San-Antonio. Oublié. Hélas!

On ne réagit pas au propos de l’auditeur qui vous a précédé, on n’y apporte pas une précision, on ne relativise pas une affirmation. On REBONDIT. Comme sur un trampoline, un gros ballon gonflé à bloc.  Et revoilà l’enfant qui rôde en chacun. On me confirme que dans « les réunions d’équipes » à  l’éducation nationale, mais cela doit valoir partout, chacun/chacune passe allégrement son temps « à rebondir sur ce que vient de dire le (ou la) collègue ». 

Il peut alors devenir divertissant de repenser aux personnages de Dubout, où des matrones mafflues tyrannisaient leurs compagnons chétifs. Et d’imaginer la collègue de droite, qui frôle le quintal, rebondissant directement sur son collègue de gauche, malingre et seulement soucieux d’assurer son prochain départ en retraite. Mais l’on s’égare, et je rebondis pour souligner qu’heureusement, les dessins d’Albert Dubout sont relégués aux oubliettes, vestiges honteux, peut-on supposer, du phallocratisme ancestral.

6 Il faut LÂCHER PRISE

Tout en critiquant ce concept, 7x7 vous offre le moyen d'y accéder.

Je supplie qu’on me lâche avec le Lâcher prise ! Qu’on arrête de nous y inviter, nous y  enjoindre, sur tous sujets touchant à nos pauvres vies banales. Bien entendu ! On le sait tous, que ressasser sans fin ne sert à rien, sauf à plomber le moral, et saboter le quotidien. Pour autant, est-il raisonnable, en ce monde où l’on se demande déjà s’il ne faudrait pas payer certainezoucertains deux fois, (une pour venir au bureau, une autre pour qu’ils y fassent le foutu boulot), d’en appeler ainsi au Lâcher prise ? Car la consigne aussitôt sera traduite en « n’en avoir plus rien à cirer, de rien ». Et donc, procrastiner à donf’, cependant que le pays est au bord du gouffre. Allô, Madame XYZ ? je vous appelle au sujet de l’avancement de ma comptabilité (état de ma commande / mise à jour de mon compte retraite). - Oui, c’est en cours, ne vous inquiétez pas. Ici, bien comprendre : j’ai écouté cette chronique du bonheur au quotidien sur France-info. Ils disent qu’il faut savoir « lâcher prise ». Autant dire que ta commande, tu peux te l’appuyer, mon grand ! Hey ! lâche prise, vieux !

7 "Le projet QUE JE PORTE"

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A force de porter ce projet, elle va finir par lâcher prise ! 

AFP

Spéciale Dédicace, ici, à madame La Maire de Paris. Anne Hidalgo « n’a pas des projets », comme tout un chacun. Elle PORTE des projets. « Porter un projet », Anne Hidalgo s’en fait une spécialité. «La standardisation des grandes villes monde n’est pas le projet que je porte pour Paris»... Et elle fait école. Nous tenons là parions-le un leitmotiv de la future présidentielle. L’expression fait tellement sens en elle, qu’elle peut la répéter dix fois en une prise de parole. Elle PORTE la candidature PARIS JO 2024. Après avoir longtemps affirmé qu'elle ne la porterait pas. Elle PORTE la fermeture des voies sur berge pour faire suer le banlieusard. Elle PORTE tout ce qu’elle a en tête pour le bonheur « des Parisiennes et des Parisiens ». Et Dieu sait qu’elle en a. 

Elle pourrait DEFENDRE. PROPOSER. PROMOUVOIR. Non. Elle PORTE, comme on le fait, je crois que la métaphore est limpide, d’un bébé pour Noël. D’un EN-FANT. Ce projet est la chair de sa chair et de sa matière grise. Est-ce son patronyme, assez connoté masculin, qui la pousse à rappeler une dimension « femme », que nul ne songe à lui contester ? Ou « PORTER un PROJET », sert-il à affirmer la FEMINISATION en marche du monde, comme s’en réjouissent déjà mes amies féministes ? (j’en ai. Je ne dis pas qu’elles me supporteront jusqu’au bout. Mais j’en ai). 

Il faut alors en revenir ici à l’ouvrage exceptionnel du psychanalyste Michel Schneider, titré « Big Mother » : ce n’est pas tant de féminisation qu’il est en réalité question, dans le monde tel que nous le vivons, que de sa MATERNISATION. Repensons à la campagne Ségo de 2007, cette image de Madone qu’elle voulait renvoyer. Maternisation ? Omniprésente aussi dans cette philosophie du « Care », portée par Martine Aubry durant la primaire 2012 ; à ceci près qu’une mère comme elle ne donnait guère envie: quand on la surnommait « la Mère Emptoire », c’était rarement pour lui complaire. 

Une candidature Marine Le Pen ? Elle se jouerait en mode « mère fouettarde ».  La « langue de bois de landeau » de Dona Hidalgo, celle de la Maire mère aux amers projets, éternelle parturiente d’un futur infantilisant, annonce dit-on, un positionnement aux portes de l’Elysée en 2022, où elle en aura à porter… Si tant est que le populo des banlieues dortoirs la sup-porte jusque là.

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