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7 raisons d’Adopter un anar de droite

S'étonner Par Valérie Morales-Attias 18 septembre 2017

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Desproges, dans le texte : "Qu’on soit de droite ou de gauche, on est hémiplégique. Disait Raymond Aron. Qui était de droite.Je suis un artiste dégagé."

ISABELLE ALEXANDRE / AFP
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Pour pimenter votre quotidien, vous le préférez baroque, drôle, obsessionnel ou parano... ?

Les temps sont moroses mais pas définitifs, et vous avez envie de changer d’air et de tribu. Embarquez sans crainte pour une virée sur les eaux du déluge avec un anar de droite qui vous propose de faire barque à part

1 Il est baroque comme W. Shakespeare

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Tourmenté, ténébreux, un peu fou, l’anar de droite a un charme spécifique. C’est un beau bizarre qui tranche sec dans une manif de jeunes. Vous pouvez certes l’y croiser, en balade incognito, s’exerçant au mépris des foules. Posture théâtrale, rires gutturaux, regards inquiétants, c’est quand il est « contre » qu’il pète la forme. C’est un proto-baroque héroïque, avec tendances à la surcharge décorative et à l’exubérance. Ne cultivez aucun espoir sur l’avenir car vous ne le changerez pas. 

Votre anar de droite ne s’assagit qu’allongé entre quatre planches. Aucun répit avec lui. Sa particularité intellectuelle ? Le contraste permanent. Et voilà votre gars qui enchaine sans ciller demande en mariage et éloge de la liberté, qui vous dit adorer les enfants mais qui vous prévient aussitôt qu’il ne les verra pas de visu avant leurs 13 ans révolus. 

Avec dégoût, il écarte les basses manœuvres financières mais dès qu’il en a l’occasion, il se vautre dans le luxe avec volupté.  Non, non, votre anar de droite n’est pas versatile. Juste convaincu d’un monde où « tous les contraires seraient harmonieusement possibles ». Avec lui, pas de choix à faire, aucun renoncement n’est admis. On prend tout. Et c’est intéressant.

Sa phrase : « Cette époque est désaxée » Hamlet.

2 Il suit ses principes comme L. Bloy

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Léon Bloy dans le texte : “Le bonheur des uns ne fait pas le bonheur des autres.”

Votre gars est grandiose. Il suit l’Absolu, surtout sous vodka. Son côté prophète vous fait un peu honte, surtout quand vos amis de gauche (les plus ouverts de votre calepin) sont prêts à le supporter toute une soirée. A tout seigneur tout honneur, il ne dit rien, n’écoute rien, vous méprise tous puissamment et finit par vous ramener aux vieilles lunes dreyfusardes, citant Zola, ce « crétin des Pyrénées ». 

Pas d’actu avec lui, ni de discussion, il vit dans le passé, à la droite de Napoléon,  et ne fera aucun effort de courtoisie envers vos amis, vos hôtes, votre famille, votre curé, votre chien, etc. Assis sur le bout d’une fesse courroucée, il annonce sec Anouilh, montrant le divan design sur lequel il est assis « « On n’a jamais fait tant fortune que du jour où l’on s’est mis à s’occuper du peuple. » Depuis, votre vie sociale est morte, comme vos illusions. Et c’est enrichissant.

Sa phrase : « Plus on est semblable à tout le monde, plus on est comme il faut. C’est le sacre de la multitude. »

3 Il est de droite comme M. Audiard

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Audiard dans le texte : " Je suis toujours attiré par la déconnante, et la droite déconne"

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Ses principaux dégoûts ? La gauche sous toutes ses formes, la bourgeoisie, le pouvoir, le capitalisme, l’argent, la démocratie. C’est que l’anar de droite est aussi un analyste lapidaire. Par exemple, sur Robespierre : "C’est un pauvre vertueux (pauvre con) doublé d’un intellectuel (sale con)". C’est un fait : c’est bien l’anar de droite qui a inventé le jubilatoire Mort aux cons. Pêle-mêle et avec rigueur, il touille ensemble : les bourgeois toujours trop gros, les capitaines d’industrie, les grands poissons de la finance, tous avides, tous cyniques. Les ambitions médiocres du commerce mondialisé le font gerber.

Sa phrase : « Je suis toujours attiré par la déconnante, et la droite déconne. Les hurluberlus, les mabouls, on ne les trouve qu'à droite. La droite est branque, il ne faut jamais l'oublier. À gauche, c'est du sérieux. Ils pensent ce qu'ils disent et, c'est le moins qu'on puisse dire, ils ne sont pas très indulgents avec les idées des autres. Je n'ai jamais entendu Marcel Aymé porter des jugements sur le reste de l'humanité, ni demander des sanctions ou des châtiments ».

4 Il est obsessionnel comme J. Ellroy

Il en a quelques-unes, mais sa principale monomanie depuis que vous le connaissez, ce sont les femmes. D’abord, sa mère, qu’il a perdu assez jeune dans des conditions dramatiques, (ceci expliquant cela). D’ailleurs, il a décidé d’écrire ses mémoires amoureuses. La préface ? Il s’en charge lui-même. « Salut Paris, salut l’Europe, bonjour la République française ! ». 

C’est un taquin. L’important, c’est sa vision originale des liens inter-genre : puissants, sacrés. Déjà, depuis son premier coma éthylique à neuf ans, il est formel « J’étais convaincu qu’il y avait une femme que Dieu avait mise sur terre pour moi. » Vous comprenez alors que son obsession, c’est vous. Comme il est moins en forme à jeun, vous y allez à fond. Vous le bourrez de sirop antitussif. Et c’est planant.

Sa phrase : "Jimmy chronomètre le coït : une minute quarante-six secondes. Les partenaires : le futur président et futur martyr à la mords-moi-le-noeud JFK, et la somptueuse suédoise Ingrid Bergman. Le magnéto a capté des confidences sur l'oreiller. Jack tousse et dit : 

- Aaaah, que c'était bon.

 Ingrid bâille et rétorque: 

- Enfin, pour un de nous deux, peut-être.

5 Il est antimoderne comme C. Baudelaire

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Beaudelaire dans le texte : "Je veux dire que l'art moderne a une tendance essentiellement démoniaque"

Souvent, il « fait son Albatros ». Roi déchu, votre gars est un poète qui a des arguments. Tirer sur tout ce qui bouge, le monde d’aujourd’hui etc. vous avez déjà tout entendu. Sur l’époque technocratique, snob, collective, égale, perfectible, il oppose peu de choses, de l’avis du commun. Une conception uber morale de l’homme, de sa dignité, de son honneur. 

Y’a pas plus vieille lune que votre vieil anar perso. Dandy un peu poussiéreux,  il est resté très XXe, vous cite, larmoyant, Barthes qui, comme lui, son frère, son égal, se distingue « à l’arrière-garde de l’avant-garde ». Sa haine du progrès vous fait flipper, tout juste s’il sait envoyer un mail. Ca vous énerve parfois, mais il rigole délicieusement et avec son œil charmeur, il sait comment vous demander votre aide 2.0 

Sa phrase : « La croyance au progrès est une doctrine de paresseux, une doctrine de Belges. C’est l’individu qui compte sur ses voisins pour faire sa besogne. »

6 ll est parano comme L.F Céline

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Céline dans le texte : “Etre seul, c’est s’entraîner à la mort.”

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Et ça lui va très bien. Fidèle à la terminologie grecque qui signifie « à côté de l’esprit », le tempérament de votre anar est légèrement névropathe. Fan de psychanalyse, vous évitez pourtant de lui révéler que sa paranoïa pourrait être liée à un désir homosexuel refoulé. Vous n’êtes pas sûre de sa réaction. Il est vraiment persécuté, vous dit-il, c’est pas de la blague. Déjà au boulot, il est pile dans l’œil du cyclone, et ça le mine. 

Quand votre anar est sérieusement déstabilisé, c’est Rousseau qui lui vient naturellement « Voir toujours des hommes faux, haineux, malveillants ! Toujours des masques, toujours des traitres ! Et loin de vous, pas un seul visage d’homme ! » C’est votre homme mais aussi un pro de l’interprétation qui conclut à chaque coup à son dégoût de l’humanité toute en bloc. Rien n’est de sa faute. Il subit. Et le monde entier le trompe et le prend pour un saucisson.

Sa phrase : « Si jamais je m'en sors, je m'installerais dans une vitrine de la salle des pas - perdus de la gare Saint -Lazare, avec un écriteau disant simplement : "Le Con" ! »

7 Il est drôle comme P. Desproges

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C'est lui qui l'a dit : "Le martyre, c'est le seul moyen de devenir célèbre quand on n'a pas de talent."

Isabelle Alexandre /AFP

Avec le printemps, votre gars devient un gai luron. Il a la gouaille méchante et ça vous fait quand même marrer. Même quand il coince votre sœur au chômage dans le couloir et lui chuchote avec entrain un « Salauds de pauvres ! » bien traître. Avec sa bonne humeur, ce sont les copains qui reviennent. Quelques belles gueules d’aristos déviants à la Jean Gabin, ils sont venus, ils sont tous là, et Brassens n’est pas mort. Dans votre cuisine et en chœur « Sans le latin, sans le latin, la messe, elle nous emmerde… » Oui, votre gars respire au second degré. Il aime le décalage et la férocité. Sa façon à lui d’arracher les masques. Avec lui, les cupides ne sont pas à la fête. Et c’est réconfortant.

Sa phrase : « Jacques Mesrine est un fanfaron suicidaire ».

8 7 + un rancunier comme J. Mesrine

Sa phrase : « J’ai connu beaucoup de clowns comme vous Desproges, qui, s’amusant à mes dépens, ont fait leur dernier tour de piste ! »

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