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7 tombes cultes du cimetière Montparnasse

Découvrir Par Slimane-Yann Ammor-Bihan 01 novembre 2017

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La plantation de Marguerite 

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Sartre, Beauvoir, Gainsbourg, Maupassant, Duras, Desnos… c’est le cimetière des belles lettres. SYAB t’a concocté un parcours émouvant, drôle et surprenant, même si tu n’es pas germanopratin. 

Comme disait Mitterrand, « Qui aime la mort aime la vie». Notre président le plus thanatophile kiffait les tombes d’écrivains, d’artistes, de poètes. Et moi de même. C’est leur dernière œuvre à toutes ces stars. Elles ont eu toute leur vie pour fignoler une épitaphe ou alors elles laissent à leurs fans le soin de customiser leur rectangle éternel. Souvent sobre pour faire genre.

A Paris, les touristes adorent déambuler au Père Lachaise. Perso, je le trouve trop grand. Et puis on est toujours dérangé par les groupies strange d’Allan Kardec ou les junkies transgénérationnels qui viennent vapoter devant la tombe d’un rocker bouclé, mort noyé quand t’étais pas né, dans un bidet parisien.

Tandis qu’il n’y a jamais foule au cimetière Montparnasse à deux pas de ma maison comme le chantait le grand Georges qui finira, hélas,  par s'étendre à Sète. Au pied de la Tour indifférente, les touristes sont polis, bien coiffés et sérieux, genre intellos rive gauche, même s’ils sont new-yorkais. Et puis, il y a ici les plus grands for ever, ou en tout cas mes presque préférés : Jean-Paul, Simone, Serge, Robert et quelques autres...

1 Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir : on ne nait pas mort, on le devient

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S’ils avaient été un poil oulipesques, ils auraient pu en faire leur épitaphe de ce titre (mais non, c’est ton ami SYAB qui a trouvé ça tout seul, tu peux t’en resservir, c’est cadeau). L’épitaphe qui tue, c’est pas leur genre à Simone et Jean-Paul. Ils ont préféré la tombe zen, discrète, sans fioritures, juste parsemée de marrons et de pommes de pins par les fans. Modeste donc mais bien placée : juste à l’entrée, comme ça tu ne peux pas la rater. J’ai toujours pensé que les intellectuels engagés aimaient d’abord se faire remarquer, surtout Jean-Paul qui a souvent choisi les pires causes comme s’il devait trancher entre paraître ou le néant.

Poly-fidèles dans la vie, JPS (non ce n’est pas une marque de clopes) et SdB (non, c’est pas douche comprise) se supportent maintenant ad vitam aeternam dans leur caisson, ce qui m’a toujours un peu tourmenté, même s’ils sont athées. 

En sortant du cimetière, si t’as 5 mn, va faire un tour rue Victor Schœlcher, c’est à deux pas, regarde sur Maps. C’est ici que vécut Simone dans un étrange immeuble Bahaus. Elle avait, depuis son appart, probablement  une vie imprenable..., heu une vue ! Quel lapsus mon frère -,  une vue imprenable donc, disais-je, sur sa future demeure. Ce qui m’intrigue fort depuis des mois.  Voulait-elle conjurer la hantise d’en finir ? Souhaitait-elle narguer cet au-delà auquel elle ne croyait pas ? Combattait-elle sa vanité en lui montrant l’inéluctable échéance ? Mais on a peut-être simplement besoin d’une vue dégagée sur l’éternité… quand on s’appelle Beauvoir.

2 Marguerite Duras : un style, des stylos

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C’est gai, coloré, naïf, enfantin… Il y a même une marguerite au bas du pot de fleur. Comme un portrait inversé de la sublime, forcément sublime, écrivaine alcoolo aux phrases hoquetantes, la tombe de Marguerite Duras est une véritable plantation de stylos et de crayons. Je veux la même quand je serai mort.

3 Philippe Noiret : l’homme qui aimait les chiens (et les chevaux)

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C’était la plus belle voix du cinéma français et l’auteur de cette pensée sublime qui est devenu le mantra de ma life : « Le voyage est court. Essayons de le faire en première classe ». Quand on arrive au terminus, on a plus qu’à aménager dans une tombe mi classe, mi kitsch, à la gloire d’un clebs, d’un canasson et de celui qui les aimait tant.

4 Serge Gainsbourg, il est mort lui non plus

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C’est la tombe la plus hype, la plus trash et la plus fréquentée : un groupe Flickr lui est même consacrée. Enterré avec ses parents, Serge attend-il avec angoisse la disparition programmée des tickets de métro ? On ne va quand même pas déposer des passes Navigo sur son  tombeau !

En attendant ce jour flippant, les admirateurs du Poinçonneur des Lilas abandonnent, outre les tickets de métro, des mégots (de blonde, pas de gitanes, petits joueurs), des œuvres plus ou moins d’art, des doudous, des anges, des colliers de perles, des galets peints, des statuettes de l’idole et toutes ces sortes de choses qui finissent par être mystérieusement enlevées comme le raconte Aurélie, dans son blog Gainsbourg For Ever.

Pas certain que Gainsbourg qui avait certains penchants réacs et psychorigides apprécieraient outre mesure la gainsbarisation de sa tombe. A moins qu’il ne rigole sous cape en voyant les tickets de métro envahir tous les people de la zone

5 Guy de Maupassant : le Horla dort là

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« Quelle destinée ! Quelle perte pour les lettres ! Ah ! c'était un lapin ! » C’est avec cette oraison funèbre border line qu’Alexandre Dumas junior a dit au revoir à son copain Guy après la cérémonie le 8 juillet 1893. Depuis, la tombe est un peu moins visitée… et elle a même été vandalisée. Un livre de cuivre qui trônait sur le tombeau a été volé pour le centenaire de sa mort. Des graffitis à la gloire de Bel ami l’ont remplacé assortis de galets du pays de Caux et de tickets de métro. La gainsbarisation de la tombe est en bonne voie.

6 Stéphane Hessel : digne en toute circonstance

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Quand je suis passé devant la tombe de notre résistant préféré, j’ai cru qu’il me parlait et m’enjoignait de m’indigner de la façon dont on le traitait. Alors, j’ai posé l’appareil et j’ai remis le pot de fleur d’équerre. Certains voudraient le transférer au Panthéon, le grand homme. Il est bien mieux ici, non ? A interpeller les passants...

7 Robert Desnos : un homme à la terre

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Pourquoi une bouée sur une tombe ? C’est la vieillesse qui est un naufrage, pas la mort. Oui, mais... les eaux profondes ont peut être submergé l’âme du poète sous terre.

Vous mettrez une bouée sur ma tombe. 

Parce qu'on ne sait jamais 

Ainsi écrivait Robert Desnos pour clore « Les grands jours du poète », un poème surréaliste  vertigineux de 1927. Il file dans ce texte des fulgurances métaphoriques incongrues. Ecoutez plutôt les premiers vers :

Les disciples de la lumière n’ont jamais inventé que des ténèbres peu opaques.

La rivière roule un petit corps de femme et cela signifie que la fin est proche.

La veuve en habits de noce se trompe de convoi ;

nous arrivons tous en retard à notre tombeau.

Desnos est arrivé dans le sien bien trop tôt. Mort quelques semaines après sa libération du camp de Theresienstadt le poète résistant a trouvé une dernière demeure au cimetière Montparnasse. Dans un autre poème (Tour de la tombe), il comparait aussi la mer à la mort et l’océan à l’oubli…

Je me déshabille, ainsi qu'il sied à un explorateur perdu dans une île et je reste immobile ainsi qu'une figure de proue.

Salut à toi, vent du large et à toi, désert, et à toi, oubli.

On m'oubliera.

Quelque jour, on ne saura plus mon nom, mais je saurai son nom.

Un soir, couvert de gloire et riche, je reviendrai, je frapperai à sa porte, tout nu, mais on ne me répondra pas, même, ayant ouvert la porte, quand j'apparaîtrai à ses yeux.

J'ai gagné, du moins, le sens de la perpétuité.

Non pas celle, ridicule, des concessions de cimetière.

On ne t’a pas oublié Robert. Et si ton nom s’efface de ta « ridicule » concession, tes admirateurs continuent de la taguer avec des petits cailloux au pied d’une bouée. Parce qu’on ne sait jamais...

8 7 + Où sont-elles toutes ces tombes ?

Au Cimetière Montparnasse, 3, boulevard Edgar-Quinet 75014 Paris. A la station Edgar Quinet, Raspail, Montparnasse-Bienvenüe (métro ligne 6) ou Gaité, la bien nommée (ligne 13). Outre mes tombes préférées, tu trouveras voyageur thanatophile discret quelques autres (il suffit d’emprunter un plan plastifié à l’entrée pour t’y retrouver) :

Raymond Aron, Raymond Barre, Charles Baudelaire, le professeur Choron, Cioran, Bruno Cremer (et sa géniale épitaphe « ceci est un trou de mémoire »), le colonel Dreyfus, Joëlle (d’Il était une fois), Eugène Ionesco, Yves Mourousi, Gérard Oury, Eric Rohmer,  Sonia Rykiel, Jean Seberg, Jacques Vergès, Wolinski, Simone Weil, Mireille Darc, Anne Wiazemsky, Pierre Bouteiller ... et Michel Delpech.

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