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Interview 7x7 du CHANTEUR français REFUGE

Recommander Par Erwan Duchateau 10 avril 2020

Interview 7x7 du CHANTEUR français REFUGE

Compositeur et interprète Refuge

Margot de Kerangat
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Dans son deuxième album Hunger, le jeune chanteur renoue avec ses origines et se dévoile en profondeur au milieu de paysages de fin du monde, dans une ambiance épurée à la densité changeante.

C’est avant tout par ses silences que « Nawal » dessine les paysages que Florian, sous le nom de Refuge, nous emmène explorer. La sobriété du cadre, comme la petite flûte arythmique qui accompagne son chant, laisse déjà penser au désert, pourtant rien dans ces premières notes ne semble sec ou craquelant. Au contraire, la nappe qui vient se glisser sous sa voix chaude et souple, puis les percussions de bois emportant la fin du morceau dans un tourbillon un peu plus dansant, font de ce premier morceau une promesse : celle de voir ces paysages fleurir.

On aurait difficilement pu imaginer Refuge se tourner vers ce genre de compositions au moment de la sortie de son premier album. Trois ans après avoir atteint la finale de l’édition 2013 de la Nouvelle Star, le jeune homme né en Picardie a déjà quelques certitudes sur la façon dont il souhaite mener sa vie de musicien. « Cette expérience a précisé le fait que je voulais faire de la musique hors des grands circuits », se souvient-il à propos du télé-crochet dont on pourrait croire qu’une place en finale viendrait valider la possibilité de mener un projet grand public. « Pas forcément, parce que j’ai l’impression que dès qu’on est un peu exposé, on est d’un coup validé et ce quel que soit la musique qu’on fait », répond-il, songeur. C’est en tout cas sa propre voie qu’il décide de suivre, entouré de quelques amis rencontrés au fil d’un parcours de vie qui l’emmène en faculté de lettres, seule filière lui paraissant plaisante dans une voie universitaire imposée par ses parents. « J’ai passé mon année à aller un peu en cours, se rappelle-t-il, mais surtout à rencontrer de nouveaux amis avec qui je faisais de la musique ».

Sorti en 2016, Brokenbird porte dans ses compositions l’ADN du piano-voix, forme sous laquelle Florian compose alors la plupart du temps. Et lui permet de se lancer déjà dans une tournée qui le mène jusqu’au Québec, ainsi qu’en première partie de Pete Doherty. « Chaque concert que j’ai fait, je suis allé le chercher », se félicite-t-il à raison quatre ans plus tard. « Mais je n’étais pas tout seul, j’ai rencontré plein de gens très enthousiastes qui m’ont répondu quand je me suis proposé de jouer, et puis j’étais accompagné de mes amis sur scène. Et si c’était une année très intense, je crois qu’on n’était encore des bébés quoi. On rigolait tout le temps, on buvait, on s’amusait. Et grâce à ça, je n’ai pas du tout été submergé par tout ce qui s’est passé cette année-là ».

De nombreux rebondissements vont venir par la suite bouleverser la sortie de ce disque, Hunger, dont les premiers écrits datent de l’année de cette tournée. Un changement de manager, et des musiciens qui s’engagent dans d’autres projets. « Je me suis dit qu’il fallait que je prouve maintenant que j’étais capable de porter mon projet tout seul », explique Refuge a posteriori. C’est donc seul avec son clavier qu’il repart en tournée, avant de trouver un producteur pour son nouvel album qui lance même son propre label pour pouvoir l’accompagner. Enfin, en 2020, en lieu et place d’une blague en ce mercredi 1er avril, Refuge a donc eu la gentillesse de nous accorder un moment pour en parler.

1 PERSO : Où êtes-vous en ce moment pour passer ce confinement ? Ce n’est pas trop dur ?

Margot de Kerangat

Je suis confiné avec mon copain, à Saint-Denis, et à vrai dire on vit plutôt bien cette période, on travaille chacun de notre côté. Après, c’est quand même un vrai décalage. J’ai plutôt pour habitude d’être tout le temps dehors, d’aller voir des concerts, et tout ça est arrivé très brutalement. Mais quelque part, ça a été tellement brutal que finalement, on s’y est fait.

2 FOCUS : Votre album présente un travail autour des percussions très élaboré, avec des influences orientales, qu’est-ce qui vous a influencé dans ces choix ?

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Margot de Kerangat

La Réunion est une île qui mélange beaucoup de cultures, et notamment la culture indienne à laquelle appartient ma famille. Ce qui fait que j’ai toujours été bercé dans les images de Bollywood. Je suis fan de la culture populaire indienne depuis mes 12 ou 13 ans, des films indiens et de leurs chansons. J’en connais de nombreuses par cœur. Je m’amusais même, plus jeune, à remonter des séquences de films indiens pour aucune raison, juste parce que je les adorais. Et comme il est question dans cet album de parler de mes origines, j’ai décidé de prendre des choses de cette culture populaire indienne pour les intégrer à ma musique.

3 PERSO : Qu’est-ce qui a provoqué cette envie de vous retourner vers vos origines pour composer ce deuxième album ?

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romane dupont

Quand j’ai sorti mon premier album, je me suis senti libre de toutes mes histoires d’enfant et ça m’a permis de me retrouver dans un moment où je pouvais me poser des questions sur qui j’avais envie d’être, et d’ouvrir les yeux sur mon environnement. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que j’avais mis de côté mes origines dans mon développement de jeune personne. Je me suis mis à beaucoup lire, et j’étais hyper sensible sur plein de sujets. Tout ça a guidé mon envie de faire un disque plus épuré, centré sur la voix et sur l’humain, mais aussi un peu plus brutal par moments. Avec beaucoup de reliefs, surtout. Un album intense, pour parler de l’homme face à son environnement, l’homme qui porte sur lui les marques de qui il est, de ce qu’il a vécu, de là d’où il vient…

4 VOYAGE : Et quel environnement vous a inspiré pour réaliser tout cela ?

Il y a un endroit que j’aime beaucoup à la Réunion, c’est le Piton de la Fournaise. Bien que le volcan soit toujours en activité, on peut aller en haut du cratère et j’y suis allé plusieurs fois, c’est une promenade que l’on fait souvent. Le sommet du cratère est mon endroit préféré au monde, parce que c’est une sorte d’énorme terre complètement dévastée, noire, sombre. Mais c’est aussi d’ici, de ce volcan, que naît une île, que naît la vie. C’est un endroit qui me fascine, qui pourrait être le décor de la fin du monde, mais qui symbolise aussi la naissance de quelque chose. Et j’avais envie que ce soit le décor de mon album.

5 FOCUS : Parlez-nous du titre Lion’s Tear, comment l’avez-vous composé ? Que représente-t-il pour vous ?

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MARGOT DE KERANGAT

Lion’s Tear est une référence à Narnia. Le tout premier tome de Narnia est un de mes livres préférés ! J’aime la façon dont il décrit la naissance du monde de Narnia, qui apparaît d’un chant qui fait s’élever les plantes, je trouve ça magnifique. Dans cette chanson, j’imagine le moment où Aslan, le lion créateur, revient sur terre pour réaliser à quel point tout est dévasté. En le voyant pleurer, les hommes prennent peur et s’enfuient en courant. C’est pour ça que c’est un morceau plus rythmé, enjoué, bien que le texte ne le soit pas vraiment. Il y a une sorte de course. On sent la rumeur du retour du lion qui se propage. Je crois que c’est la première fois que je m’autorisais à faire un morceau qui bouge autant. J’étais en résidence à ce moment-là, ce que j’ai beaucoup fait pour l’écriture de cet album. Je partais une semaine, 10 jours, seul ou avec des amis musiciens, et on prenait le temps de s’immerger dans nos projets. J’étais avec Igor (Ramonatxo, réalisateur de l’album) quand on est parti dans ce solo de percussion, ce délire très épique avec une grosse explosion, et un énorme refrain. On a beaucoup rigolé en le composant.

6 FOCUS : Dans votre album, vous reprenez le titre Silsila Yeh Chahat Ka, qui est tiré du film Bollywoodien Devdas. Qu’est-ce qui vous plaît dans les musiques de films indiens ?

Quand j’étais petit avec ma mère, on passait chaque dimanche à regarder un film indien. Un seul généralement, parce qu’ils duraient vraiment quatre heures ! On allait dans un magasin choisir un DVD avec les sous-titres mal écrits. Et Devdas était un de mes préférés. Cette chanson, j’ai envie de la reprendre depuis longtemps parce que je l’adore, elle a quelque chose d’hyper romantique qui me correspond bien. C’est l’histoire d’une jeune fille qui attend pendant 10 ans le retour de l’amour de sa vie, et je me sens bien plus proche de ce personnage que de celui du mec alors je trouvais ça intéressant de la chanter dans une version plus dark, mais surtout moins genrée.

7 RECO : Si vous deviez nous conseiller un film pendant le confinement, lequel serait-ce ?

Interview 7x7 du CHANTEUR français REFUGE

Oh ! Wahou, lequel je pourrais conseiller… Il y en a tellement que j’aime, et je ne saurais pas dire quel est mon préféré. Mais un que j’adore, c’est… Oh c’est vieux (rires) je pense que ça a vieilli, ça s’appelle Kuch Kuch Hota Hai. C’est un vieux film adorable, avec Sharuk Khan et Kajol, une actrice que j’aime trop. C’est l’histoire adorable d’amis qui deviennent des amoureux.

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