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Les 7 bienfaits de Pokémon GO

Découvrir Par Eric Le Braz 04 août 2016

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Rassemblement de chasseurs de Pokémons dans un parc de Gävle en Suède. Ils ont l'air idiots ? Ne vous fiez pas aux apparences....

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Ce n'est pas qu'un jeu de réalité virtuelle. Dans le monde réel, Pokémon GO, c'est bon pour la santé, l'harmonie des familles, les découvertes culturelles... et le petit commerce.

Cet été, l’humanité est divisée en deux. 100 millions d’humains ont téléchargé l’appli Pokémon GO. Des milliards d’autres snobent le jeu, ne sont pas au courant ou n’ont pas d’argent. Certains sont migrants, assiégés, persécutés, crèvent de faim ou meurent de peur. Et ceux qui méprisent le truc de souligner qu’il y a des enjeux bien plus importants que la chasse au Pikachu. Ce qui est vrai.

D’ailleurs, je pense tous les jours à la guerre, au terrorisme, à la faim dans le monde, j’écris même parfois sur ces sujets… et pourtant, il m’arrive aussi de traquer le roucoul ou le rattata. C’est grave docteur ? Non, c’est même bon pour la santé. Et pas seulement.  Car la chasse aux monstres virtuels recèle bien d’autres bienfaits...

1 Ne pas confondre l’essence et l’apparence

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Dans un post titré "Le symptôme d’une société handicapée mentale", le blogueur québécois Marc-André Noiseux  habille pour l’hiver Pikachu et ses amis en trois phrases : « Je regardais ces gens complètement hystériques à la télévision, bloquant une rue pour chercher un Pokémon… » Et plus loin : « Nos technologies sont en train de nous rendre zombies,  de faire de nous des handicapés mentaux. » Et encore : « J’ai peur pour nos générations d'adultes à venir qui ne s’intéresseront plus à la politique ni à leur histoire mais à s’acheter un personnage virtuel d’émission pour enfants qui transforme les pissenlits en sourires et qui éjacule des arc-en-ciels ».  

Avec un certain talent, reconnaissons-le - et Marc-André Noiseux a été abondamment repris par la blogosphère francophone-, tout est dit en trois temps :

1) On a l’air con en cherchant un Pokémon.

2) D’ailleurs y jouer rend effectivement con.

3) On sera de plus con en plus con dans le futur quand on ne s’intéressera plus qu’à des jeux à la con.

Ce scepticisme teinté de misanthropie est de bon ton au sein d’une vaste galaxie qui englobe des intellos de gauche prédisants un nouveau totalitarisme, des murrayphiles de toute obédience qui redoutent le panurgisme sous toutes ses formes, des anars de droite qui sont contre tout et son contraire, des religieux pratiquants qui voient des démons partout et des militants multicartes de toutes les causes facebookiennes.

Mais pardon. Il ne faut pas confondre l’essence et l’apparence. Brocarder des joueurs car ils ont l’air ridicules selon les critères des « norms » (oui c’est comme ça qu’on appelle les « gens normaux ») est aussi incongru que railler une personne qui semble parler seul dans la rue alors qu’elle devise avec un smartphone. Le « penseur » qui condamne un jeu sans l’avoir testé est un peu comme l’intégriste qui brocarde un film sans  l’avoir vu. Enfin avant de prédire un futur digne d’Idiocraty, n’oublions pas que Pokémon ne séduit pas que des attardés mentaux.

Oui, on peut pas aimer Bach et Serge Lama, Maître Gims et Miles Davis, Xavier Dolan et Claude Zidi, le jeu de go… et le Pokémon GO.  

La première vertu de Pokémon Go sera peut-être d’ouvrir les esprits de ceux qui méprisent le jeu par principe. Même s’il est souvent plus facile de capturer un Bulbizarre que de convaincre un snob. 

2 Jouer, c’est bon pour la santé

La prescription de la ministre de la Santé.

Marisol Touraine n’est pas la seule à prescrire Pokémon Go.  « Ce simple jeu vidéo a eu plus d'impact en termes de santé publique que de nombreuses mesures de prévention sanitaire nationales. » C’est le spécialiste de l’e-santé Olivier Gryson qui le dit dans une tribune publiée par les Echos. L’idée, c’est que Pokémon Go oblige le joueur à marcher des kilomètres pour chasser ou faire éclore des œufs. C’est bien plus efficace qu’un simple compteur de pas pour perdre des calories.

Des chercheurs de Leicester préconisent d’ailleurs Pokémon GO à leurs patients diabétiques. Pour le docteur Tom Yates : "toute chose qui tire les gens de leur canapé et les fait arpenter les rues peut être une solution. Ce jeu en est une, novatrice pour des obésités débutantes. La marche à pied est largement sous-estimée, pourtant c'est la forme d'exercice la plus facile, accessible et économique pour devenir actif et rester en bonne santé".

Et que dit l’Ostéo ?  Florian Deverrières, spécialiste de l'ostéogaming, ne lui trouve pas de défauts quand il le compare à un joystick… « Pokémon Go demande beaucoup moins d'efforts au pouce et surtout les gestes sont moins brusques, grâce à l'écran tactile. Pour le cou, pas de souci non plus si on ne joue pas longtemps, car on est amené à lever la tête régulièrement ».  

What else ? Demandez aux mamans d'enfants autistes et vous verrez... Pokémon GO, c'est aussi l'occasion pour les retirés du monde, de communiquer avec les autres. Et on murmure que le créateur du jeu de Pokémon,  Satoshi Tajiri, était lui-même atteint du syndrome d'Asperger.

Après, bien sûr, il y les risques d’addiction… Mais interviewez un addictologue et il vous racontera toujours l'histoire que voulez entendre (et qui fait fructifier son business).

3 La réalité augmentée est un retour au monde réel

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Voilà un paradoxe qui mériterait d’être décortiqué par un doctorant philosophe. Pokémon GO est un peu le contraire d’Oculus Rift. Dans cette dernière (et bluffante) technologie, on nous enferme dans un casque qui incarcère nos sens pour nous projeter dans un monde virtuel. Or, le virtuel, chez Pokémon GO, n’existe que sur le smartphone et le jeu se déroule IRL (in real life). Certes, on peut toujours imaginer des lunettes ou des casques qui superposeraient la réalité augmentée sur la vision du monde réel, mais le jeu serait alors tellement intrusif qu’il deviendrait inapplicable.

Quoiqu’en disent ses détracteurs (et que soulignent en revanche ces pratiquants), Pokémon GO, c’est la permission de sortie du Geek, la libération du Nerd : les nolife ressuscitent et les otaku tiquent car il faut quitter son domicile pour chasser.  

Pas forcément pour rencontrer des gens, d’accord. Il arrive pourtant qu’un jardin public se transforme en forum de jeuvideo.com. Surtout, au delà des rassemblements de chasseurs, il y a encore des progrès à faire comme le souligne cet article du Point. Mais avec les prochaines évolutions  du jeu, on devrait pouvoir affronter les monstres de ses copains dans la rue, constituer des équipes, échanger ses Pokémons, bref transformer le jeu vidéo en jeu de rôle grandeur nature.

4 C’est un jeu de découverte culturelle

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A Rouen, l'office du tourisme a customisé son site pour inciter les touristes à découvrir le patrimoine. Malin. 

Oui, oui. Aujourd’hui, j’ai repéré dans mon quartier un temple protestant avec un beau fronton  devant lequel j'étais passé des centaines de fois sans l’avoir remarqué. Avec les PokéStops, on découvre des mascarons ignorés, des frises discrètes et des peintures murales qu’on n’avait jamais vues à force de marcher tête baissée… en consultant son mobile. 

C’est l’unes des surprises de ce jeu, il nous oblige à lever les yeux pour regarder ce qu’on ne voyait plus.  C’est aussi un potentiel considérable pour le tourisme culturel comme l’ont bien compris l’office de tourisme de Rouen, le Moma ou le musée du quai Branly.

5 C’est bon pour le commerce (de proximité)

Cette semaine, Sytème U fait gagner une journée complète de leurres pour attirer des clients...

Mine de rien, c’est probablement la première fois à une telle ampleur, que le monde digital booste l’économie historique, celle qui vend des produits ou des services sans passer par un écran. Si quelques marques comme McDo au Japon et, dans une moindre mesure, Monoprix ou Système U en France ont déjà préempté le jeu,  Pokémon GO – et tous les jeux de réalité augmentée qui suivront - est aussi un vivier potentiel de clientèle pour les petits commerces.

N’importe quel emplacement géographique peut devenir un lieu de PokéStop et attirer ainsi le chaland. Certains commerces bien placés en ont profité pour acheter des leurres à Pokémons. Les monstres se rassemblent alors sur zone… et les joueurs les rejoignent. C’est ce qu’a fait le manager d’une pizzeria à New-York. Et ses ventes ont bondi de 75 % en un week-end… pour un investissement de dix dollars. Le web regorge d’histoires comparables. La réalité virtuelle est un moyen efficace de s’affranchir de la fatalité du mauvais emplacement… et de redynamiser les centres villes puisque c'est souvent là qu'ils se situent. 

6 C’est un jeu transgénérationnel

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La génération qui l'a pratiqué sur pixels joue aujourd'hui avec ses enfants dans le réel. 

On a tous quelque chose de Pokémon. Et Yannick Lejeune, directeur Internet du groupe Ionis, et auteur et éditeur de BD chez Delcourt, en parle très bien : « Je suis trop âgé pour avoir regardé la série de dessin animé Pokémon enfant, mais j'ai joué à Pokémon sur Gameboy à la fin des années 90 et je connais donc pas mal le sujet et la "collectionnite" qui va avec ».

Aujourd'hui, il partage sa nouvelle pokémania  avec son fils de 5 ans, qui, lui, regarde le dessin animé sur Netflix : « On va faire de longues ballades, on se réjouit ensemble quand on attrape un nouveau Pokémon sur mon smartphone, je le vois s'enthousiasmer pour tel ou tel Pokémon et ses évolutions. Et parallèlement c'est l'occasion de faire d'autres choses que la simple "chasse aux Pokémons", on peut transformer les pokestop en occasion pour lui de découvrir la ville, il faut retrouver tel ou tel détail de l'endroit  affiché sur l'écran en regardant autour de soi ».

De retour à la maison, les deux chasseurs vont même créer de nouveaux monstres en pâte à sel… C’est ça aussi Pokémon. Une culture populaire transgénérationnelle, une belle idée et un message pas si idiot à la clef.

Et même si c'est puéril , ce n’est pas si grave de retomber en enfance comme le résume le bien nommé Yannick Lejeune : « Les mecs qui se moquent quand ils voient des gens se dépêcher (ou courir) dans la rue pour chopper un Pokémon rare, ont le droit de ne pas comprendre. Mais ils ont du oublier leur excitation et leurs contorsions quand ils devaient attraper la queue du mickey pour gagner des tours de manège... »

7 C’est une inititation au shintoïsme (et au darwinisme)

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A ma gauche Tengalice, Pokémon Plante et Ténèbres, évolution finale de Grainipiot.

A ma droite, Tengu, démon shinto et boudhiste.

gamesradar.com

« Si vous tenez à l'avenir de votre enfant, lisez ce qui suit. Cette industrie se monte à un milliard de dollars, envahit la terre entière, captive les jeunes esprits, forme de jeunes vies et enrôle des millions d'enfants dans l'armée de Satan. »

Diable ! Et ce n’est que le début. Il y a ensuite une tartine d’imprécations contre ces « créatures hideuses, grotesques et démoniaques » dans l’article de ce blog chrétien mis en ligne en 2008 et qui buzza pas mal à l’époque.  Même succès pour cette vidéo de la "mystique" Fabienne Guerrero qui les qualifie de « violents, cruels, agressifs sans aucune moralité ». Verdict : là encore, c’est Satan qui manipule et les Pokémons seraient une initiation à l’occultisme.

Les Pokémons sont mal vus par les intégristes. Ils ont droit à une fatwa en Arabie saoudite depuis 2001 (rechargée en 2016) et en Turquie, des imams veulent les interdire : ils insultent l’Islam.

Car les monstres sont inspirés par d’autres religions polythéistes. A commencer par le shintoïsme. Des divinités du panthéon japonais ont des équivalents chez les Pokémons. Insolourdo, petit serpent à gros ventre rappelle étrangement la créature légendaire tsuchinoko, un  cryptide porté sur le bavardage et l’alcool. 

Tengalice avec son long nez et sa  chevelure blanche est la réplique de Tengu, un démon shinto et boudhiste. Pokémon est emblématique du soft power japonais… et c’est aussi une initiation à l’animisme et à un univers mental asiatique.

Entre autres. Car les évolutions des monstres tiennent aussi de Darwin comme le démontre avec brio le youtuber de DirtyBiology…. Pas étonnant que les intégristes haïssent les Pokémons. Ce qui fait une raison de plus de les aimer…

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