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Quand les Bretons avaient des chapeaux ronds

Découvrir Par Slimane-Yann Ammor-Bihan 25 septembre 2017

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Photo-carte Riec une famille Numéro d'inventaire : 993.0112.8 

Musée de Bretagne
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Le musée de Bretagne vient de mettre en ligne un portail documentaire extraordinaire. Plus de 170.000 œuvres et documents sont accessibles et partageables. En voici un avant-goût avec SYAB qui se souvient de ses origines de demi beur breton…  

Non, mais t’as vu la photo ? OK, le piqué n’est pas top et le cadrage un peu frontal. Mais on est fin 19e siècle, début 20e, hein ! Et pas au studio Harcourt, ici c’est Riec sur Bélon, un bled plein d’huitres plates, de bretonnes à coiffes compliquées et de Bretons à chapeau seyants. Je sais pas toi, mais moi je trouve ce cliché chefd’oeuvrisable si je puis me permettre ce mot pas beau qui n’existe pas mais qui veut bien dire ce que je veux dire si je puis dire.

Je ne me lasse pas de regarder ce passé épicé en sépia, immortalisé par un anonyme dans une fête ou une réunion de famille, on sait pas trop. Je ne le mate pas seulement pour rester des plombes sur 7x7 et augmenter le temps de lecture moyen du site et plaire aux annonceurs et au patron et tout. Si je reste, c’est pour l’ambiance, les tronches, les accessoires, le dress code, les poses et les regards.

Ah oui, les regards… Non, mais t’as vu comme ils nous lorgnent ? A part la petiote souriante à droite, les Riecoises (c'est comme ça qu'on appelle les Belonaises), toutes avec des coiffes extraterrestres, tirent la gueule comme des mannequins de podium avec leur air, méchant, buté mais pas béta. Gast ! Elle te perce comme un harpon, la vieille au centre. Quoi ? On est dans le cliché du Breton têtu ? Tais-toi donc ! C’est juste un air.

Et t’as bien observé les trois gars, debouts, derrière, sous leur chapeau rond comme dans la chanson. La tête penchée et le verre à la main, y en a un qui nous toise, dans une attitude un poil méprisante. Son voisin regarde au large comme un capitaine de trois mats qui jauge le gros grain au loin. Et le grand, là, à droite, avec son regard vide et son menton arrogant, mi Mitchum, mi Stallone.

C’est roots hein, ça sent la marée et le goémon. Et puis non, pas que. A l’extrême gauche, il y a le cousin de la ville avec son demi haut de forme, son nœud pap, sa moustache Troisième Répu. Mais est-ce bien le cousin qui a réussi à Quimper ? Ou le grossiste de Lorient qui vient acheter les huitres ? En tout cas, la visite du gars de la ville, ça s’arrose avec une grosse bouteille de grès plein de gros qui tâche.

Et regarde au fond, il y a le manant, bronzé par rasé, convié à la bombance, mais en troisième ligne, faut pas pousser. Avec son chapeau de cow boy, il donne à la composition un air de western, de réunion de chercheurs d’or…

Cette photo ne te bouleverse pas ? T’arrive pas à zoomer sur ton mobile ? Est-ce que je ne la quitte pas des yeux parce que j’imagine une arrière arrière grand-mère dans la casting de Riec ? C’est possible mes aïeux.  Alors, on va changer de bled et découvrir 7 autres clichés. Faut pas se gêner, ils sont gratuits. Et vive l'open data culturelle !

C’est le Musée de Bretagne qui vient de les mettre en ligne avec 170.000 autres documents. Bravo et merci messieurs-dames les conservateurs partageurs. Ces photos bien rangées dans les armoires, on peut les regarder, les diffuser, les agrandir, les imprimer, les bidouiller, en faire des gifs même, on a le droit. C’est un  nouveau genre d’après le site. J’ai passé des heures sur le Musée et j’ai trouvé quelques pépites que j’ai à peine recadré et un tout petit peu contrasté. Mais regarde plutôt…

1 Les poses du vicomte

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Portraits de René de Kerret Numéro d'inventaire : 995.0043.23

Musée de Bretagne

Lui, c’est René de Kerret. La notice qui accompagne la photo précise qu’il pose « dans une attitude assez flatteuse ». Oui, enfin carrément il se la pète, le vicomte. Car je ne t’ai pas dit, mais c’est un aristo et un marin le René, comme Kerzauzon si on veut. Et s’il frime devant le photographe, il y a de quoi. On est en 1860 et le vicomte a bouclé, cinq ans plus tôt, un tour du monde en tant qu’officier dessinateur. Ils sont très mignons ses dessins et il a vécu des vraies aventures d’explorateur. Monsieur le vicomte a rencontré des tribus farouches : « Les hommes magnifiques, couverts de ceintures de cheveux de leurs victimes et de bracelets de ces mêmes cheveux, étaient tatoués des pieds à la tête » et dragué les indigènes : « Les jeunes filles de cette tribu étaient charmantes. J'offris un magnifique gardénia en partie fendu à l'une d'elles qui me le rendit un peu plus fendu. Nous nous comprîmes ». 

Bon au retour, il s’est rangé. Mais après avoir fréquenté les tribus du Pacifique, il n’a jamais oublié la sienne. Et il est fier de de sa jaquette brodée, de son chapeau rond et de son bragou braz, un pantalon tellement bouffant qu’un sarouel, c’est un slim à côté.

Je le trouve parfait, moi l’aristo, avec son look qui fleure bon le cidre et les patates au lard. Il est de son époque avec ses rouflaquettes très trendy sous le second empire. Mais il ne renie pas ses origines. Et en fait de l’autre côté de chez moi, c’est un peu pareil. On continue à porter la djellaba ou la gandoura dans les grandes occases ou pour se détendre at home. Tandis qu’en Bretagne, hein, à part les rayures Armor Lux, on n’a rien gardé de notre dress code. C’est devenu du folklore alors que c’était une culture.

Bon, je vais pleurer et je reviens. 

2 Ouille, une quenouille

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Portrait de jeune fille en costume de Guémené-sur-Scorff. Pépin Benjamin, 1860 - 1870 Landerneau. Numéro d'inventaire : 994.0065.103 

Musée de Bretagne

La quenouille, c’est l’accessoire de mode incontournable sur les photos d’avant. Les jeunes filles devaient filer la laine et la métaphore pour montrer qu’elles sauraient bosser pour le troupeau et la lingerie. Parfois, on ajoutait le rouet pour faire plus techno. Cette ado, avec sa coiffe en forme de dé à coudre, n’a pas vraiment l’air de kiffer le job. Et elle a peu l’air d’une andouille. Mais c’est normal, elle est de Guéméné ! Pardon.

3 Petits bretons

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Garçonnets mangeant près d'une fontaine Numéro d'inventaire : 2013.0008.107. Création : Géniaux Paul , 1902 - 1905 Morbihan
 

Musée de Bretagne

Ils ont des bonnes bouilles ces lardons. C’est peut-être pour ça que j’ai craqué sur la photo, super posée pourtant. Ça se passe entre 1902 et 1905 devant une fontaine du Morbihan. Dans dix, quinze ans, ils rigoleront moins les gamins. Mais en attendant, ce cliché est touchant et pas seulement parce qu’il leur manque des dents. Il existe une harmonie entre deux mondes ici. Les gosses habillés comme des parigots s’amusent avec les petits péquenots. Et les chapeaux ronds, de paille ou de feutre donnent une touche presque mexicaine la composition, caramba !

4 Ils ont des cheveux longs, vive les Bretons

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Portrait de groupe en costume breton Numéro d'inventaire : 994.0065.12. Pépin Benjamin , 1860 - 1870 Landerneau 

Musée de Bretagne

T’as vu l’indien à gauche ? Et les autres avec un air de cow boy sous leur chapeau très rond. Sans compter le troisième à partir de la gauche, avec son bord relevé et son air provoc. Ces gars sympathiques entourent un couple d’ancêtres assis et le vieux, lui, il sourit. C’est le patriarche ou bien.

On est sous le second empire à Landerneau. Et on se dit qu’il y a peut-être un aïeul de Michel-Edouard Leclerc dans la bande.

5 Breton roux en bragou braz

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Portrait d'homme en costume de Quimper Numéro d'inventaire : 994.0065.31. Villard Joseph , 1860 - 1870
 

Musée de Bretagne

C’est large, c’est ample et c’est court. C’est le bragou braz qui se traduit par « grande culotte ». C’est trop la classe le bragou braz. Surtout quand t’as une tête de pirate sanguinaire et un regard de serial killer comme le Quimpérois rouquin, droit dans ses guêtres, sur la photo. Tu me diras, on ne sait pas s’il est roux le gars. Mais le cliché l’est un peu donc voilà. 

6 Le geste auguste de la paludière

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Photographie Marais salants de Billiers Numéro d'inventaire : 995.0043.8. Géniaux Paul, Début 20e siècle. 

Musée de la Bretagne

C’est pas Silvana Mangano dans sa rizière. C’est un autre genre de beauté qu’on trouve dans les marais salants de Billiers. La photo a été prise au début du XXème siècle et dans le genre, tu ne trouves pas que la composition est parfaite ? Division de l’espace vertical en deux tiers/un tiers et de l’horizontalité en quatre quart inégaux et dégressifs, perspective floutée, diagonale du balais à sel (ça s’appelle une lousse en fait, je crois, et ça sert à récolter la fleur de sel)… Dans ces dégradés de blancs et de gris, la paludière à pieds nus a le visage sombre. Le soleil se réverbère sur les marais salants et transforme la Bretonne à fichus en métisse inattendue…

Ce visuel est apaisant comme un Vermeer. 

7 Foot en studio

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Lycée de Quimper Numéro d'inventaire : 982.0028.1.  Anonyme , 1924 - 1925 

Musée de Bretagne

On quitte l’iconographie régionaliste avec ce bond dans la modernité en 1924. Paris accueille les Jeux Olympiques et le lycée de Quimper affiche son équipe 2 de football. Ils sont tous impeccables, non ? Ils savent placer le bras sur les épaules des copains et pointer un regard inspiré vers le but adverse. La photo en studio esthétise à donf le gang avec, en prime à l’extrême droite, un évadé de Peaky blinders en costard et casquette de gangster.

Mais la véritable modernité de la photo est ailleurs. Elle est dans les coupes de cheveux des footballeurs. Il y a des constantes séculaires dans l’inventivité capillaire des footeux.

Allez kenavo ! 

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