7x Anticiper 7x Décoder 7x Savoir 7x Faire 7x Découvrir 7x S'évader 7x S'étonner

Recevoir la newsletter 7x7

Sept idées nouvelles à l’ère du web

S'étonner Par Bertrand Jouvenot 11 avril 2017

Wvxzkne3itbxxg8sbxo7

Et sinon, le tableau noir, ça vaut tous les écrans

Belinda Lawley / Flickr
1 2 3 4 5 6 7

Inspirez-vous d’un cambrioleur ou d’un naturaliste du XVIIIe siècle, protégez le temps de cerveau disponible, respectez les web collar et méfiez-vous du sport !  

Le Web est une pièce de monnaie dont les deux faces ne se quittent et ne se rencontrent jamais. 

Du côté face, l’apparition d’une nouvelle économie, des créations d’emplois, la croissance spectaculaire d’un nouveau type d’entreprises, l’invention de nouveaux services, l’accélération de l’innovation, la diffusion des idées et des savoirs, l’évolution des modes d’interaction entre les individus, etc.

Du côté pile, l’hyper-puissance d’acteurs organisant l’information au niveau mondial, la destruction de pans entiers de l’industrie (musique, cinéma…), la disparition de médias traditionnels (journaux, radios…), le remplacement de l’information par l’opinion, la remise en question de la propriété intellectuelle, l’évaporation de prérogatives des États Nations… 

Dans son livre Les dessous du web, Bertrand Jouvenot s’intéresse tantôt au Web lui-même, tantôt à ce qu’il influence, transforme, modifie : des métiers (le marketing, le management, la conception des produits…), des comportements, des moeurs, des idées (sur l’innovation notamment), le travail, la communication, la connaissance, la culture...

Il est destiné à celles et ceux qui ne veulent pas jouer à pile ou face. Il est équivalent à la pièce de monnaie posée sur sa tranche, révélant ainsi les deux faces d’un même phénomène.

Il est aussi bourré d’idées iconoclastes, drôles et décalées... En voici 7 qui décoiffent !

1 Concours d’apnée

Sr7d9twjccyiqavxhhog

Requin baleine et ses petits amis comestibles 

Justin Henry / FLIckr

Buffon. Non, pas Gianluigi Buffon, le joueur de foot italien, mais BUFFON ! Georges-Louis Leclerc de Buffon (1707-1788), naturaliste, mathématicien, biologiste, cosmologiste et écrivain français. Celui qui a rédigé une histoire et une description de la nature tellement colossale que plus personne ne la lit.

Peu importe, Buffon a entre autres observé et décrit le comportement des animaux. Rien de plus utile pour comprendre les comportements humains.

Alors, c’est parti pour une plongée dans le monde obscur de la guerre pour le meilleur référencement par les moteurs de recherche du Web.

Nous voici en mer, en pleine observation sous-marine. Tout comme le Web, les fonds marins sont remplis d’un nombre incroyable de formes qui bougent. Ce ne sont pas des sites Web, des blogs, des pages sociales, mais des poissons. Il y en a de toutes les tailles, de toutes les couleurs, de toutes les formes. Comme les sites Web.

Très vite on repère un phénomène étonnant.

·     Parfois on croit apercevoir au loin un gigantesque poisson.

·     Parfois c’est vrai. C’est une baleine ou un cachalot.

·     Parfois, c’est faux. C’est un ensemble de touts petits poissons qui nagent les uns contre les autres, veillant à former une masse qui de loin ressemble à une baleine et dissuade les éventuels prédateurs.

·     Parfois, c’est ni tout à fait vrai, ni tout à fait faux. C’est une plus petite baleine que de petits poissons entourent afin de créer la même illusion que celle décrite au paragraphe précédent.

Sur le Web, c’est un peu pareil.

·     Il y a les baleines et les cachalots. Ce sont les très gros sites qui raflent l’essentiel de l’audience.

·     Il y a les petites baleines entourées de petits poissons. Ce sont tous les petits sites Web d’une même catégorie qui repèrent le plus gros site de leur segment, observent quels mots clés, quels dispositifs techniques permettent à ce site de remonter en première position dans les moteurs de recherche, afin de se coller à lui (de faire partie du même agrégat que lui pour parler comme Google) et profiter de son ascension.

·     En revanche, il n’y a pas de bancs de petits poissons, de petits sites qui mettraient en commun leurs ressources, leurs efforts, leurs moyens pour s’entendre et former une masse capable d’améliorer leur référencement commun. Les acteurs d’autres secteurs sont parvenus à le faire dans d’autres domaines. A titre d’exemple, les distributeurs ont appris à partager leurs chiffres de ventes à travers des panels distributeurs. Il en est de même des marques avec les panels de consommation et des médias avec les panels d’audience.

Qu’attendent les acteurs du Web ?

Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot.

2 Arsène Lupin, Gentleman Manager

Nous connaissons tous Arsène Lupin, le sympathique personnage de Maurice Leblanc, surnommé le gentleman cambrioleur. En revanche, nous ignorons qu’il est aussi un véritable manager. Bien des romans où il apparaît le montrent entouré de toute une équipe de complices qu’il organise et manage de main de maître. La préparation de ses cambriolages n’a rien à envier à bien des stratégies. Les moyens lui permettant de cacher le butin dans l’aiguille creuse de la plage d’Etretat, forment un véritable dispositif logistique. La façon dont il récompense ses complices rappellerait presque les politiques de motivations. L’utilisation qu’il fait des journaux pour narguer la police, médiatiser ses projets ou construire sa notoriété est un plan de communication bien orchestré.

Bref, Arsène Lupin est un manager, mais qui n’existe qu’en roman.

En revanche, bon nombre d’organisations illégales bien réelles (mafia, pègres, cartels…) comptent elles aussi des managers dans leurs rangs. A vrai dire, elles sont comparables à des entreprises. Comme elles, elles ont des straté­gies, des objectifs, des organisations, des process, une hiérarchie, des colla­borateurs, des concurrents, des produits à vendre, des clients… Les étudier est peut-être un moyen d’apprendre, de découvrir, d’identifier des best practices.

Pour sortir de l’ornière dans laquelle l’entreprise est parfois embourbée, il faut peut-être oser regarder ce qui "n’est pas conforme à la morale et au bonnes mœurs" pour trouver la solution. 

Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot.

3 Petit Google fight

D9mqe3cibs4nhb8vwyi1

On peut tout comparer avec Google Fight

Google Fight permet de comparer le nombre de fois qu’un mot A et un mot B sont respectivement trouvés par Google. Ici, nos mots A et B sont les expressions « Oui mais » et « Oui et ». Résultat du match : près de cent cinquante fois plus de points pour « Oui mais ».

Pourquoi ?

Parce qu’il y a deux types de personnes.

Celles qui sont des spécialistes du « Oui mais » et celles qui privilégient le « Oui et ». Les premières sont de loin les plus nombreuses. Elles adorent dire « Oui mais ». Leurs phrases préférées sont « Oui mais cela ne marchera pas », « Oui mais cela va coûter cher », « Oui mais ceci… », « Oui mais cela… ». Elles sont négatives, démotivantes, conservatrices, défaitistes et malheureusement un peu partout.

Les secondes s’efforcent de dire « Oui et ». Leurs phrases sont plutôt du type ; « Oui, et en plus cela présenterait tel avantage », « Oui et cela nous permettra de nous voir plus souvent », « Oui et c’est un bon moyen de… ». Elles sont positives. On les croise beaucoup plus rarement que les premières.

Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot.Bertrand Jouvenot.

4 Le silence des génies anonymes

Nous savons voir les génies qui ont une œuvre : les musiciens et leurs symphonies, concertos ou opéras ; les peintres et leurs esquisses, leurs dessins ou leurs tableaux ; les scientifiques et leurs découvertes, théories ou théorèmes ; les inventeurs et leurs inventions, leurs exploits ou leurs expérimentations ; les entrepreneurs et leurs sociétés, leur travail et leurs fortunes ; les leaders politiques et leurs campagnes, leurs partis, leurs conquêtes… En revanche, nous ne savons pas repérer, ni même reconnaître, les génies sans œuvre. Les quoi ? Les « génies sans œuvre ». Nombreux sont les génies en puissance, à qui la vie n’a pas donné l’occasion de prendre conscience de leur talent, ou de découvrir le moyen d’exprimer ce talent ou même simplement l’objet de leur œuvre, etc. L’historien Français Jules Michelet leur consacre un chapitre entier dans son livre Le Peuple. Selon lui, ces génies en puissance se cachent dans tous les recoins de la société. Ils sont professeurs, employés, fonctionnaires, mères au foyer… éloignés ou à quelques mètres d’un Pygmalion qu’ils ne rencontreront peut-être jamais.

D’ailleurs, est-ce à eux de rencontrer leur Pygmalion ? N’est-ce pas précisément le rôle de Pygmalion que de découvrir un génie et de l’aider à se révéler en tant que tel.

Apprendre à repérer ces génies sans œuvre et à les guider sur la voie qui est la leur est peut-être une façon intelligente de poursuivre sa marche dans le monde digital ?

Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot.

5 Vices et vertus du sport

Crkb80vmpbznbysbv599

Un bel exemple pour la jeunesse

Le sport est constamment utilisé dans les séminaires de management comme modèle. A vrai dire, c’est tentant. Les points communs et les parallèles avec le monde de l’entreprise sont nombreux : performance, challenge, dépassement de soi, esprit d’équipe, combativité, envie de gagner, respect des règles, travail… résonnent dans les têtes des managers en quête de techniques pour motiver les équipes.

C’est un tort. Le sport est truffé d’éléments parfaitement incohérents et incompatibles avec l’entreprise.

·     Une carrière de sportif de haut niveau est un choix extrême, assorti de sacrifices, que ne fait pas un salarié lorsqu’il choisit un job, une orientation, un secteur.

·     Il y a toujours un arbitre pour voir et sanctionner les fautes. Pas dans l’entreprise.

·     Lorsque le sportif est mauvais, moins bon que d’habitude, fatigué, ou blessé, cela se voit, tout de suite. Pas dans l’entreprise.

·     L’entraineur a le droit d’être dur avec ses joueurs. Le manager ne dispose pas de la même latitude.

·     Ceux qui marquent des buts contre leur camp sont immédiatement sortis du terrain. Pas dans l’entreprise.

·     La course aux records a engendré des dérives dont l’entreprise n’a pas besoin : omniprésence du dopage, règlements de comptes en coulisses…

·     Le système a favorisé, a engendré des egos démesurés et les survalorise.

·     L’intérêt individuel a supplanté la réussite collective.

·     L’argent a remplacé le fair play.

·     L’exemplarité du sportif s’est évaporée. Les champions ne sont plus nécessairement des modèles pour nos enfants.

Certes tout ceci n’est pas absolument vrai dans tous les sports. Mais au fond, ce n’est pas le sport de haut niveau qu’il faudrait observer, mais le sport amateur.

Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot.

6 Blue collars, white collars et web collars

La révolution industrielle a vu naître une nouvelle génération de travailleurs : les blue collars. Venus des campagnes jusqu’aux villes, suivant le grand mouve­ment de l’exode rural, ces paysans qui embauchaient à l’usine se voyaient revêtus d’un bleu de travail, d’où leur surnom, blue collars ou cols bleus en français.

Avec le développement de l’économie des services, une autre génération de travailleurs vit le jour. Employés de bureaux, ils portaient une chemise de ville blanche et furent surnommés les white collars ou cols blancs en français.

Arrivent aujourd’hui une population qualifiée, jeune, diplômée, de plus en plus expérimentée suite à une succession de stages, formée au digital. Ne constituent-ils pas la classe des web collars, la classe de ceux dont nous ne connaissons pas la couleur du col de chemise car :

·     Nous les cantonnons à des tâches qu’ils exécutent depuis les plus bas échelons de l’organigramme, (presque cachés au fond là bas, dans l’es­pace situé après la machine à café.)

·     Nous ne les conservons pas assez longtemps dans nos organisations, car ils sont stagiaires, en CDD… pour se souvenir encore d’eux après leur passage.

·     Nous les reléguons à des jobs qu’ils peuvent faire depuis leur domicile : community manager, développeur web, graphiste, par exemple.

·     Nous ne les voyons pas au travail, car ils sont sans emploi.

Comment les faire monter dans le car qui serpente les routes du monde digital alors que des orages, des crises et un revêtement parfois abîmé rendent le chemin parfois difficilement praticable ?

Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot.

7 Le web est mortel

Ae4b0kyruzx022wky3dl

Et si nous nous lassions du Web, dans quelque temps, parce qu’il nous aurait déçu.

L’hypothèse n’est pas si folle.

Le Web est devenu un bien commun. Il est donc potentiellement menacé par la tragédie des biens communs (Tragedy of the Commons).

Cette théorie malheureusement trop souvent vérifiée, décrit une compétition pour l’accès à une ressource limitée, menant à un conflit entre intérêt indivi­duel et bien commun dont la conséquence rationnelle est un résultat perdant-perdant : la surexploitation de la ressource.

Le problème des émissions de gaz à effet de serre est une parfaite illustration de la tragédie des biens communs : l’impact de l’émission d’une tonne de gaz à effet de serre est mondial, ce n’est ni une pollution locale, ni une pollution régionale. Par conséquent, tous les pays profitent des réductions de gaz à effet de serre effectuées par les autres pays, mais très peu sont incités à les limiter car :

·     L’effort effectué par le pays pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre ne profite pas uniquement à sa population.

·     Rien n’assure que les autres pays limiteront également leurs émissions de gaz à effet de serre.

·     L’absence de limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre par les autres pays peut abolir l’effort du premier.

Le Web est un bien commun qui pourrait connaître un sort comparable. Il ressemble à une ressource illimitée puisqu’il croît et qu’il se développe constamment. Cependant, il abrite une multitude de ressources limitées :

·     L’attention des consommateurs potentiels (à des sollicitations commer­ciales).

·     Les tweets des potentiels followers sur Twitter ou les like des membres de Facebook.

·     Le temps consacré par les utilisateurs au Web.

·     L’énergie que les internautes voudront bien consacrer ou non, au jeu en ligne de telle ou telle marque, à la campagne de tel ou tel candidat, à l’initiative de telle ou telle communauté...

·     Etc.

En nous ruant collectivement sur les ressources limitées du Web, nous risquons peut-être de nuire à notre bien commun, puisque le Web est, et doit rester, un bien commun.

Extrait du livre Les dessous du Web de Bertrand Jouvenot.

Nous suivre

Facebook black Twitter black Linkedin black

Plus d'articles dans S'étonner

Partager 27 Linkedin white 18 Facebook white Twitter white Email white Plus white