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Un président devrait parler comme ça

Anticiper Par Eric Le Braz 18 octobre 2016

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Ne cherchez pas Gérard Davet et Fabrice Lhomme sur la photo.

Wired
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Quand Barack Obama rencontre des journalistes, ce n’est pas pour se transformer en pipelette de la République. Mais pour se comporter en visionnaire d'une civilisation... qui ressemble de plus en plus à un film de science fiction.

Le niveau des débats de la présidentielle US est tombé en dessous du niveau de la mer et de la ceinture. En France, on vole à peine plus haut. La primaire de la droite rediffuse de vieilles antiennes libérales et tourne en rond à force de réclamer des tournants sécuritaires. A gauche, on a droit à un revival, brillant certesdu programme commun avec Mélenchon  et un président sans vision qui devise à micro ouvert entre la poire et le fromage sur des sujets sans intérêts. Seul  Benoît Hamon envisage de taxer les robots.

Car les débats qui devraient être centraux lors d’un enjeu électoral majeur, ce sont, du changement climatique à la robotisation de la civilisation, les invraisemblables défis que la prochaine génération va devoir affronter. Barack lui, dans une sorte de testament prospectif, a accordé un long entretien à Scott Dadich, rédac chef de Wired, le magazine culte des geeks, et au directeur du Media du MIT, Joi Ito. Dans cet échange dont on peut retrouver une version light ici, il  dissèque  un bouleversement qui va tous nous toucher et que personne n’aborde en France pendant cette campagne : la montée en puissance de l’intelligence artificielle (AI) et ses considérables conséquences. L'interview est passionnante. Un président devrait toujours parler comme ça. 

1 Les deux faces de l’intelligence artificielle

Le roi de l'auto promo

D’emblée, le président américain s’affirme comme un amateur éclairé à défaut d’être un expert de la question. Il fait la distinction entre l’intelligence artificielle universelle et l’intelligence artificielle de spécialité. La première, tout le monde la connaît, car on la trouve dans tous les films de Science Fiction (c’est celle qui « s’immisce dans nos vies pour nous garder gros et nous rendre béats »). La seconde, personne ne la remarque et pourtant on la retrouve dans tous les secteurs : de la médecine, aux transports en passant par la distribution d’électricité. 

Cette diffusion de l’IA ne fait que commencer et cette révolution prévisible aura des conséquences imprévisibles qu’Obama résume ainsi : « Elle peut générer une impressionnante prospérité et des opportunités. ». Oui mais « Elle peut supprimer des emplois (…) et accroitre les inégalités. ».

2 De l’intelligence artificielle au revenu universel

Obama se situe a priori dans le camp des optimistes qui pensent qu’historiquement les nouvelles technologies ont détruit des emplois mais en ont créé d’autres. Cependant son optimisme est mesuré et son analyse lucide est corroborée par de nombreuses études.

"Les gens hautement qualifiés s'en sortent très bien avec ces systèmes. Ils peuvent tirer parti de leurs talents et interagir avec les machines pour étendre leur potentiel, améliorer leurs ventes, leurs produits et leurs services" estime Obama. Mais d’autres vont souffrir : "Les bas salaires, les individus peu qualifiés deviennent de plus en plus inutiles, et leur emploi pourrait ne pas être remplacé, leurs salaires supprimés."

Pour combler ce fossé et venir en aide aux populations condamnées par les machines, Obama envisage de recourir au revenu universel. En se posant d'ailleurs beaucoup de questions - mais au moins, il se les pose : « Le revenu universel est-il le bon modèle ? Sera-t-il accepté par  une large partie de la population ? C’est un débat que nous aurons les 10 ou 20 prochaines années… ». 

3 Le dilemme des voitures autonomes

La Google Car vue par Google.

Le pire et le meilleur de l’intelligence artificielle, on le retrouve dans les voitures autonomes préfigurées par les Google Car que nous avons évoquées dans 7x7

Côté positif, souligne Obama qui a potassé la question avec Joi Ito du MIT, ces voitures vont réduire les accidents de circulation… et les émissions de carbone qui causent le réchauffement de la planète. Mais ces voitures autonomes posent autant de questions qu’elles en résolvent. Et dans une interrogation asimovienne, il se demande ce que fera une voiture pilotée par une intelligence artificielle si elle doit choisir entre tuer un piéton ou l’éviter en fonçant contre un mur en tuant alors le passager. « Et qui va établir ces règles ? », conclut le président.

Ce cas de figure a été étudié par le MIT. Les gens interrogés pour réfléchir à ce dilemme ont répondu qu’ils préféraient sacrifier les passagers plutôt que les piétons. Et ils ont ajouté qu’ils n’achèteront jamais une voiture autonome !  

4 L’Etat doit laisser faire… le temps de l’expérimentation

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"Que cent fleurs s'épanouissent" disait Mao. "Laissons des milliers de fleurs s'épanouir", renchérit Maobama !

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Quand le rédacteur en chef de Wired demande à Barack Obama quel sera le rôle du gouvernement dans le règlement de ces problèmes éthiques, le futur ex président se la joue un peu poète en estimant qu’il faut d’abord « laisser des milliers de fleurs s’épanouir ». On croirait du Mao Zedong, mais c’est plutôt du Ponce Pilate… provisoire. Barack Obama s’en lave les mains jusqu’à ce que la technologie devienne mature.

Une attitude pragmatique qui en dit long sur les mentalités américaines et qu’Obama résume d’une anecdote : « Si vous parlez à Larry Page [le cofondateur de Google] et aux autres, leur réaction en général, et on peut les comprendre, c’est “On ne veut surtout pas que des bureaucrates nous mettent des bâtons dans les roues pendant que nous chassons la licorne”. Bref, c'est le contraire du principe de précaution. Mais c’est aussi comme ça qu’on produit des GAFA.

5 Sécurité : le gros flip

Hal  9000, dans sa meilleure prestation : une pub pour un marchand de pommes...

Fan de Science fiction, Barack Obama a  bien sûr vu  Terminator ou 2001 Odyssée  de l’espace (il détaille d’ailleurs ses films de SF préférés dans Wired), fictions où les robots enrichis en AI prennent le contrôle et combattent les humains. On en est encore loin, mais l’administration américaine, peut-être sensibilisée par les mises en gardes d’Elon Musk sur l’intelligence artificielle, est déjà consciente des risques. 

Un rapport récent de la Maison blanche préconise des discussions avec le reste du monde pour aboutir « à des engagements internationaux ». Une sorte de convention de Genève des robots ? On est en encore qu’aux « balbutiement », reconnaît Obama.

6 Une nouvelle conquête de l’espace

Lui, c'est le modèle. Quand on veut, on peut.

Quand Barack Obama évoque les dangers de l’Intelligence artificielle, il pense surtout à des gens malintentionnés plutôt qu’à des machines autonomes. Il imagine un algorithme conçu pour voler les codes nucléaires et lancer des missiles. Ou une organisation qui fait plonger les marchés. Hollywood a déjà traité tous ces sujets. Et pour répliquer, le président américain n’a qu’une seule réponse à portée : les billets verts. Par milliards. Obama estime que le gouvernement doit investir 80 milliards de dollars par an dans la recherche sur l’IA. Pour l’instant, on n’atteint même pas le milliard…

80 milliards, c’est une somme colossale… mais qui ne représente après tout qu’un demi point du PIB.  C’est à peu près l’équivalent de ce que dépensait l’Amérique dans les années 60 quand Kennedy a décidé d’envoyer des hommes sur la lune.

7 Les conséquences philosophiques d’une révolution technologique

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Einstein enfant. Il ne rentrerait probablement pas dans les critères d'un monde gouverné par l'intelligence artificielle.

wikimedia

L’intelligence artificielle, c’est en quelque sorte la fin programmée de l’aléatoire. Avec tous les bienfaits que cela peut nous procurer… et tous les écueils en terme de diversité. Temple Grandin, une prof de l’université du Colorado, pronostique ainsi que si Einstein, Mozart ou Tesla avaient vécu à notre époque, ils seraient considérés comme autiste. Joi Ito du MIT parie de son côté que si on avait éradiqué l’autisme, un certain nombre de ses étudiants ne seraient pas ce qu'ils sont.  Et de conclure que lorsque c’est le marché qui décide, on refuse la différence  au bénéfice de la norme: « Vous n’avez pas envie d’avoir Einstein comme enfant. Mais juste un enfant normal. » Ce qui est beaucoup moins profitable pour la société.

Que répond Obama ?  Il philosophe : « Nous devons supposer que si un système est parfait, il devient statique. » Et c’est ce qui risque de se passer avec l’intelligence artificielle. Or « une part ce que nous sommes et de ce qui ce qui nous rend vivants, c’est d’être surpris ». Il est là le challenge : «Où et quand, il faudra que les choses fonctionnent comme elles sont censées le faire, sans surprise ».

Oui, l’avenir de l’humanité est aujourd’hui confronté à ce type d’interrogations bien éloignées de nos querelles picrocholines.  Il faudrait conseiller un abonnement à Wired et les oeuvres complètes d’Isaac Asimov à nos candidats à la présidentielle… 

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