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7 affirmations sur le chômage : vraies ou fausses?

Décoder Par Hervé Resse 24 novembre 2016

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Le bonheur, c'est simple comme un CDI (mais rare).

NATACHA SANSOZ - GALERIE TINBOX MOBILE
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Fillon, Juppé, Macron, Mélenchon et tous les autres, sans oublier François Hollande qui l'a fait grimper 4 ans pour mieux "inverser la courbe" dans la dernière ligne droite : tous ont d'excellentes idées pour faire baisser ce chômage qui bon an mal an, depuis 20 ans, ne baisse jamais. Alors que sortent du four les chiffres du mois d'octobre, regardons un peu ce que nous dit également le "temps long". 

Nos amis de Pôle Emploi sont parfois décriés pour leur faible taux de réussite dans l’accompagnement des demandeurs, sur la voie de la rédemption (retrouver un travail; payé si possible. En CDD, voire en CDI, si ce n’est pas trop demander).

Qu’ils le soient à tort ou à raison, on notera qu’ils sont pointus côté statistiques; du moins si l’on part du principe qu’ils ne bidouillent pas les chiffres, ce que nous n’osons même pas imaginer. Leurs services mettent ces jours-ci à disposition du public une étude sur la structure de la population des demandeurs d’emplois inscrits, depuis ces 20 dernières années. Occasion pour nous de vérifier certaines idées a priori, qu’on pourrait avoir à force d’être embringués dans le tournis des chiffres.

Pour bien se repérer dans les labyrinthes statistiques et leurs exploitations par les politiques et les médias, encore convient-il d’être au clair sur la question des « catégories ». Voir pour cela le point 7+, tout en bas.

Vous voilà revenus.

La plupart des chiffres ici évoqués ne regroupent que les 3 catégories A, B et C. Et le plus souvent, ils ne prennent pas en compte les populations des DOM et TOM, qui sont comptabilisés « à part ». 

... A part Ted? aurait suggéré, facétieux, l’ami Desproges. Mais ne rions pas, s’il vous plaît. Nous sommes sur un sujet sérieux.

1 Fin 2015, on recensait plus de 5 millions de chômeurs en France

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Mais est-on sûr que c'était "mieux avant"?

Si vous avez été attentifs jusque ici, vous avez compris que, par exemple, le chiffre de 3.478.800 publié ce jeudi 24 octobre (-0,3%), qui succède aux 3 490 500, médiatisés en septembre 2016 (jolie baisse de -1,9%) ne concernaient que les demandeurs de la catégorie A.  Ceux qu'on évoque, à la radio, aux infos TV, dans les journaux. Mais qui sont loin d'être seuls.

Il est donc VRAI de dire qu’en réalité, Pôle Emploi comptabilisait en décembre 2015 la bagatelle de 5,6 millions de chômeurs,  pour les trois catégories A, B, C. 

Au passage, on peut aussi considérer que la baisse constatée, -sinon claironnée- en septembre, était due en bonne partie au dispatching de nombreux demandeurs vers les formations mises en avant depuis janvier. Nombre de médias (Le Monde, Les Échos, Le Canard Enchaîné) ont d’ailleurs clairement évoqué la « politique du chiffre » invitant à mettre le paquet sur ces offres de formations, quitte à promettre parfois n'importe quoi. Ainsi telle juriste se sera vue proposer une formation de conducteur routier, une diplômée Bac +5 un apprentissage au (très noble, là n'est pas la question) métier de boucher. 

Au 3e trimestre, Pôle emploi a ainsi vu 35.200 personnes quitter la catégorie A.  Mais passer de « A » vers « D », catégorie qu’on n’évoque jamais, pour suivre une formation, ne garantit aucun emploi à l’issue de la période. Dans ce cas, vous repassez en catégorie A, case départ, ne recevez pas 20.000.  La prochaine fois, peut-être ?

2 Depuis 20 ans, la part des femmes en recherche d’emploi ne cesse d’augmenter.

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Hey! Une photo non stéréotypée!

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Les femmes ont longtemps représenté largement plus de 50% des demandeurs. Mais pour l'heure, cette affirmation n'est plus VRAIE. Du moins, actuellement; rien n'est jamais acquis. La part des femmes dans les catégories « A, B, C » a connu un plus haut en 1999, à 56% (mince, alors... sous la gauche, si attentive au sort des femmes…), et cette part a depuis décru (avec des variations) jusqu’en 2009, où elle ne représentait plus que 49% (re-mince alors… Sous la droite…)

Aujourd’hui, on est à parité, en pourcentage. Mais comme les chiffres augmentent, ce n’est finalement bon ni pour les femmes, ni pour les hommes. Inutile donc de se réjouir. 

Et par ailleurs, la vraie et flagrante injustice, au niveau des genres, demeure faut-il le rappeler, au niveau des salaires. Toujours inférieurs, selon les études et les secteurs, entre 17 et 24%, à travail égal. 

3 OK, mais c’est plus dur pour les femmes plus âgées et moins qualifiées.

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Ne faîtes pas cette tête, madame, ça va s'arranger!

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Là, c’est VRAI dans les deux cas.

Le pourcentage des femmes en recherche d’emploi a baissé en 20 ans pour les jeunes (- de 25 ans), passant de 53 à 48%. C’est aussi vrai pour la tranche d’âge 25-49, où leur proportion passe de 53 à 50%. 

En revanche, au-dessus de 50 ans, leur proportion est passée de 47 à 52%. On pourrait mettre ces taux en parallèle avec l’élévation des niveaux de formation. Les jeunes femmes sont probablement mieux armées et préparées que celles de la génération précédente, qui peine en fin de parcours (voir point suivant).

La mauvaise nouvelle pour les femmes, c’est que l’élévation de leurs niveaux de qualification ou de statut ne les met pas plus à l’abri que cela. Même si elles ne sont que 41% des cadres en recherche, ce taux est en augmentation (37% il y a vingt ans). Il demeure aussi que parmi les demandeurs les moins qualifiés, la part des femmes est considérable : si elle a baissé de 10 points en 20 ans, elle demeure largement majoritaire. 63% des demandeurs faiblement qualifiés sont des femmes.

4 La part des chômeurs seniors ne cesse d’augmenter depuis 20 ans.

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Et apparemment, il n'y a pas que chez nous...

C’est VRAI. Les plus de 60 ans étaient 10.000 en 1996. Ils sont 240.000 aujourd’hui. Une des raisons est naturellement le recul de l’âge de départ en retraite à 62 ans, depuis la réforme de 2010. L’impact sur le chômage des seniors est clairement visible ; et l’on s’étonnerait presque que les candidats à la primaire de droite aient annoncé qu’ils auraient « le courage » de pousser ce report à 65 ans. Cela aura d'abord un impact immédiat, et probablement spectaculaire, sur le chômage de cette catégorie de citoyens, puisque les entreprises ne s'engageront jamais à garder (ou mieux encore, embaucher!) des sexagénaires. Déjà que la part des 55-59 ans a triplé en 20 ans (elle est passée de 3% à 9%), et celle des 50-54 ans a augmenté de 3 points, pour un nombre total de chômeurs qui rappelons-le, est passé de 4 millions à 5,6 millions.  On voit qu'on est exclu de plus en plus tôt du marché de l'emploi.

Il y a des calculs dont la subtilité parfois, échapperait au citoyen lambda... L'enjeu est soi disant de rétablir l'équilibre des caisses de retraites. Qui vivra verra.

5 Bonne nouvelle: le chômage de longue durée recule.

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Pour ce job...Vous avez du bagage?

Si on se satisfait du temps court, "ce n’est pas faux", puisque la durée moyenne du chômage est passée de 450 jours en 2014, à 410 en 2015.  

Mais d’une part, c’est FAUX sur le temps long : la durée moyenne était de de 350 jours en 1996. Et d’autre part la part des chômeurs inscrits depuis plus d’un an est passée de 36% à 45%. Le taux augmente, et le nombre en valeur absolu augmente aussi.

Donc, clairement, passée la première impression… désolé, mais cette affirmation est FAUSSE.  Et plus ça dure, plus ça devient compliqué

6 Parmi les DELD, les moins qualifiés sont les plus touchés.

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Enfin un progrès sur la voie de l'égalité...

Pixabay

Déjà... "C'est qui, ou quoi, un DELD?"  Précisément celui que nous venons d’évoquer : le demandeur d’emploi de longue durée. Également appelé à l’Agence, - mais quand il n’est pas là-, « Le Boulet », « j’ai l’impression de l’avoir toujours connu », « monsieur Laglu ». Également mal vu de ses voisins, pour qui il est « La Feignasse », « le pro du chomdu », « l’Assisté du 3ème gauche ». 

La bonne nouvelle, si l’on peut dire et si d’aventure vous faites partie du nombre... c’est que vous n’êtes plus seul. Qu’on soit fortement ou faiblement qualifié, qu’on soit bachelier, ou au-dessus, ou en-dessous, on est plus nombreux qu’il y a 20 ans en situation d’être « DELD ». En proportion et donc a fortiori en nombre global. 

45 % des cadres ou techniciens, mais aussi 45 % des employés et ouvriers, connaissent cette situation qui en réalité n’a strictement rien qui prête à rire, ou même à sourire. Le taux a plus progressé pour les cadres (+13 points en 20 ans), et dans la même proportion pour les diplômés au-dessus du Bac.

Globalement, s’il y a un sujet où tous les salariés sont désormais tous à égalité, c’est donc ici que ça se passe : le chômage de longue durée touche toutes les catégories de qualification et de formation avec la même violence. De l’égalité comme ça, d'aucuns estimeront "qu'on s’en passe".

7 Le recours à l’activité réduite progresse pour tous.

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Avant j'étais dans l'informatique, mais ça c'était "avant".

david / flickr.com

VRAI. 

Confirmant l’impression que c’est dur pour tout le monde, Pôle Emploi précise que le recours à l’activité réduite, quelles que soient les caractéristiques des demandeurs, est  de plus en plus fréquent. La part des demandeurs d’emploi classés en catégories B ou C (donc ayant exercé une activité au cours du mois) est passée de 19 % à 34 % en 2à ans. Les ratios sont vrais quels que soient les critères : genre, niveau de formation et de qualification, âge. C’est l’explosion des « petits boulots », de la débrouille, des contrats hyper courts. L'Ubérisation? C'est ultra libéral, sans foi ni loi, mais nombre de gens autoproclamés "de gauche" adorent. Faut dire que c'est cool: y a une appli I-Phone...

8 7+ : A propos de "Catégories"

Sans parler même de ceux qui ont renoncé à s’inscrire, de ceux qui ont été radiés, et de ceux qui vivent « en marge » du système officiel, Pôle Emploi ventile les demandeurs en 5 catégories. Deux dont on ne parle jamais (D,E), deux qu’on n’évoque que rarement (B, et C). La dernière, « A », est la seule médiatisée ; mais ne représente en réalité que 60% environ du global A, B, et C.

Écoutons Madame INSEE récapituler pour vous.

- catégorie A : ce sont les demandeurs tenus de faire des actes positifs de recherche d'emploi, sans emploi ; ce sont ceux dont on parle le plus souvent, ceux dont les chiffres sont annoncés chaque mois pour le mois précédent.

- catégorie B : demandeurs tenus de faire des actes positifs de recherche d'emploi, ayant exercé une activité réduite courte (i.e. de 78 heures ou moins au cours du mois) ;

- catégorie C : demandeurs tenus de faire des actes positifs de recherche d'emploi, ayant exercé une activité réduite longue (i.e. plus de 78 heures au cours du mois) ;

- catégorie D : demandeurs non tenus de faire des actes positifs de recherche d'emploi (en raison d'un stage, d'une formation, d'une maladie…), y compris les demandeurs d'emploi en convention de reclassement personnalisé (CRP), en contrat de transition professionnelle (CTP), sans emploi et en contrat de sécurisation professionnelle ;

- catégorie E : demandeurs non tenus de faire de actes positifs de recherche d'emploi, en emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés).

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