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7 anecdotes rock’n’roll sur les chansons de Téléphone

Savoir Par Daniel Ichbiah 11 septembre 2017

7 anecdotes rock’n’roll sur les chansons de Téléphone
Telephone officiel
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Les Insus achèvent leur tournée les 15 et 16 septembre au Stade de France après avoir enflammé la France. Si vous craquez pour les ex Téléphone, révisez vos classiques avec leur biographe !

Des années durant, on en parlait. La reformation de Téléphone était évoquée du bout des lèvres, envisagée, contestée… Et puis, par un soir du 11 septembre 2015, elle est devenue réalité, même si l’un des membres – allez, un indice, c’est une fille – manque à l’appel. Et depuis la fin avril 2016, le trio, épaulé par un bassiste d’appoint, Aleksander Angelov, enthousiasme les foules de France. 

Toute une génération redécouvre cette sonorité inimitable, tandis que les plus jeunes se rendent à l’évidence : désolé, pour l’instant, on n’a pas fait mieux. L’occasion est donc rêvée pour revenir sur l’histoire de sept morceaux mythiques de Téléphone…

1 Métro c'est trop, mais c’est pas tout

Il semble que Métro, c'est trop ait été la toute première chanson écrite par Jean-Louis… Au cours de l'été 1973, alors qu'il travaillait comme menuisier, Jean-Louis a lancé un défi à un ami, Jean-Marc. Tous les deux devaient écrire une chanson sur le métro et la montrer à l'autre le lendemain. Jean-Marc n'y a plus pensé et il est revenu bredouille. Pour sa part, Jean-Louis a accouché d'une prose, un texte qui allait faire du chemin et s'appelait Métro, c'est trop

La chanson a aussi été la toute première que le groupe ait interprété sur scène, le 12 novembre 1976 au Centre Américain, alors que la formation ne s’appelait pas encore Téléphone. D'une voix fluette, Jean-Louis a apostrophé le public lâchant :

- Salut, nous on est venus en métro ! Vous, vous êtes venus comment ? Celle-là s'appelle Métro, c'est trop !… 

2 La Bombe Humaine, tu la tiens en dix lignes

Jean-Louis a d'abord écrit La Bombe Humaine sous la forme d'une nouvelle en prose, de plusieurs dizaines de pages qui flirtait avec l'anticipation et la science-fiction… Puis, à force d'écrire et réécrire ce récit, il a senti une musique se greffer sur les mots.

"Finalement, de 50 pages, cela s'est transformé en dix lignes, pour coller à la musique," raconte Jean-Louis.

La bombe humaine avait pris forme. Un an et demi plus tard, Aubert a retrouvé l'original et ce qui l'a frappé, c'est que toutes les idées essentielles disséminées dans les cinquante pages de la nouvelle se retrouvaient dans la chanson.

Dès le jour de sa sortie en mai 1979, l’album Crache ton venin a frôlé les 100 000 exemplaires, l'équivalent d'un disque d'or. La chanson phare de l’album, La bombe humaine est rapidement devenue un hymne générationnel et a contribué à imposer Téléphone comme le premier groupe de rock en France et déjà indétronable.

3 Dure limite, in Berlin by the wall

" Dure limite, cette chanson était dure à écrire, je n'aimais pas tellement y toucher, " raconte Jean-Louis. " Cela me tenait à cœur, et je ne savais pas comment le dire, elle me faisait un peu mal cette chanson. " Le texte a subi maintes variations que Aubert a éliminées tour à tour.

La première version a été écrite devant le mur de Berlin et le texte commençait par " Le mur de Berlin, n'a pas, n'a pas de fin. " Sur le carnet de notes de Jean-Louis, il avait placé en regard de ces quelques mots un petit dessin montrant un militaire allemand.

C'est le producteur américain Bob Ezrin qui a produit l'album Dure Limite. La chanson Dure Limite lui rappelait le dernier grand projet sur lequel il avait opéré, The Wall des Pink Floyd.

Un soir, dans une chambre, Louis et Jean-Louis ont écouté les premières moutures de l'album. Ils ont alors convenu que la sauce commençait à prendre et ont décroché leur téléphone afin d'en faire part à Ezrin.

Celui-ci a convenu avec eux que le résultat était intéressant, mais il a alors annoncé :

" à présent, nous allons refaire tous les instruments. "

Et de tracer un planning très précis :

" Toi, Jean-Louis, tu viendras lundi, mardi, mercredi pour refaire la rythmique de 'Dure limite'… "

Sur place, Aubert a joué l'introduction de la chanson sur toutes ses guitares depuis les Gibson et Stratocaster électriques jusqu'à la douze corde acoustique, à charge pour l'ingénieur du son de les superposer. Ezrin avait insisté là-dessus ; il avait déjà procédé ainsi et le résultat a été superbe.

D’où ce commentaire de Bertignac :

« Ezrin est plus manipulateur que musicien. Il a des idées, des intuitions grandioses, mais c’est davantage du Ezrin que du Téléphone. »

4 Ca c'est vraiment toi… mais c’était pourtant pas vraiment lui !

Pour Ça, c'est vraiment toi, comme bien souvent, Jean-Louis est venu avec un embryon de chanson, quelques accords sur une guitare sèche. Louis a alors trouvé le riff qui avait donné sa force au morceau. Le producteur Bob Ezrin a tenu à superposer un grand nombre de voix, afin de transmettre l'ambiance d'une fête.

Vers le final, il a tenté de pousser Jean-Louis à improviser quelques onomatopées à la " hmm, hmm, hmm, hmm " mais ce dernier s'est arc-bouté : il ne sentait pas du tout de telles interventions. Faute de parvenir à ses fins, Ezrin s'est rapproché de l'ingénieur du son afin d'échanger quelques mots en conciliabule. Peu après, il est revenu dans le studio a hurlé :

" Maintenant, sale petit froggy, tu vas nous la chanter ta p… de partie ! ".

Isolé derrière un paravent, Aubert a obtempéré.

"Il a eu raison de faire cela, même s'il y avait une part de cinéma, parce que je butais comme un mulet… " reconnaît le chanteur.

Vers le début d'avril, le groupe attendait impatiemment dans son hôtel que lui soient livrés les mixages finaux. Une attente fastidieuse qui les rongeait tandis qu'ils tournaient en rond dans leurs chambres. Et puis, à trois heures du matin, Ezrin a appelé, un brin penaud :

"Jean-Louis… J'ai effacé ta voix vers la fin de 'Ça, c'est vraiment toi', mais elle repasse dans tous les instruments, il faut que tu reviennes vite ".

Au milieu de la nuit, Aubert s'est habillé et s'est rendu au studio. Ezrin a alors pointé les petites voix improvisées que l'on entendait en filigrane ici et là : " attention les gars ", " hum, hum, hum, hum ", " non, non, non, non… ".

Ces fameux effets de voix qu'il n’appréciait pas et avait dû faire à contrecœur, voilà qu'il a dû les reproduire à l'identique ! 

5 Cendrillon c’est aussi Sissi, si, si !

C'est pour l'album Dure Limite que Bertignac a enregistré ce qui est demeuré comme son plus grand tube : Cendrillon

La chanson met en scène la désillusion progressive d'une fille qui semble s'apparenter à la Cendrillon du conte de fée - mais avec un destin bien plus tragique que dans l'original où tout se termine.

Corine a longtemps pensé que Louis Bertignac avait écrit Cendrillon, juste pour elle – elle avait été sa fiancée. Pourtant, Louis affirme plutôt avoir été inspiré par l'actrice Romy Schneider, sur laquelle il avait jadis une véritable fixation. Dixit Louis :

"Au départ, j'écrivais sur mon carnet, toutes sortes de choses. J'avais envie d'une histoire avec des héros un peu déchus. Il y avait Mickey, Goldorak… Et ils finissaient mal. Et il y avait entre autres Cendrillon. Et finalement, au fil des mois, j'ai fini par retirer tous les autres pour ne garder que Cendrillon. Romy Schneider, pour sa part, venait de mourir. Or c'était une princesse, la princesse Sissi. Donc c'était un peu la fin de cette Cendrillon…"

Écrit à la maison vers 1981, le premier texte de la chanson était plus sombre que la version finale.

Cendrillon n'a plus 20 ans et plus d'enfant depuis longtemps

Son bel amant a foutu le camp avec la Belle au Bois Dormant

Elle ne sait plus où ni comment, tout ceci est tellement loin

Et Cendrillon n'a plus le temps, elle fait ses malles, reprend ses biens, elle part...

(…)

Pendant son sommeil infini, la Belle au Bois s'est endurcie

Cent ans d'inaction ont suffi à la changer en junkie

Une infirmière lui serre le bras, ses jolis cils ne frémissent pas

Les tuyaux dansent dans l'ambulance et tout ça n'a plus d'importance, elle part...

Par la suite, ce texte a été retravaillé pendant des mois. Jean-Louis Aubert dit avoir apporté son assistance à la version finale.

La toute première version enregistrée par Téléphone était plus longue que celle sortie sur l'album Dure Limite. Louis y disait notamment sur le finale :

Cendrillon a peur, Cendrillon s'affole,

Cendrillon est folle, Cendrillon est folle,

Le producteur Bob Ezrin a estimé qu'il était préférable que cette partie soit écartée.

Lors des concerts de Téléphone, à partir de 1982, chacun a pu constater combien il existait un attachement très particulier du public envers cette chanson : c'est la seule qu'ils chantaient spontanément en chœur, durant l'interprétation de Louis. 

6 Un autre monde… et une autre vie pour Jean-Louis

Le croiriez-vous ? ‘Un autre monde’ est une chanson qu’Aubert a composé alors qu’il était en pleine déprime et a même envisagé (brièvement) de mettre fin à tout… Dans son domicile près de la Gare de l'Est, contraint de garder la chambre pour cause d'une infection rénale Il venait d’acheter un synthétiseur Prophet V et a plaqué quelques accords. Il dit alors avoir senti venir cette musique très lente.

Dixit l’intéressé :

«  Je m'étais acheté un beau synthé, cela donnait une musique planante qui m'évoquait Jean-Michel Jarre. J'ai chanté, un peu tristement, 'J'ai rêvé d'un autre monde mais à quoi ça sert de rêver si le mien est tellement nase', c'était un peu le sens. C'est le seul moment dans ma vie où l'idée du suicide est passée comme cela. J'avais deux options : me tuer ou sortir dans la rue. J'ai pris la deuxième. Sortir simplement dans la rue sans savoir quoi y faire. Quand je suis sorti, la vie s'est enchaînée d'une manière complètement différente, peut-être parce que sur mon front, c'était écrit que j'étais disponible pour de nouveaux contacts, de nouvelles demandes. Peu de temps après, j'ai rencontré la femme que j'aimais et que j'aime toujours.  J'ai eu un fils. Téléphone s'est défait. Cela a changé du tout au tout en un an, à partir de ce choix que j'ai eu de sortir dans la rue ce jour là. "

Quelques semaines plus tard, Jean-Louis s'est rendu en répétition afin de présenter sa nouvelle œuvre à ses compères. Il a joué les premières mesures d'introduction transcrites sous forme d'arpèges à la guitare. Et puis, avant même qu'il n'ait commencé à chanter, Richard a lancé deux coups de grosse caisse phénoménaux. En un éclair, la chanson a été métamorphosée ! Aubert en a instantanément adapté l'esprit, n'estimant pas nécessaire de contrer une telle fougue. En l'espace de quelques secondes, Un autre monde est ainsi devenu un morceau à la Téléphone ! 

7 Le Jour s’est Levé... comment ça, c’est pas du rock ?

A la fin d’année 1985, la question d’un double album de Téléphone était dans l’air, mais ils ne parvenaient pas à le mettre en route. De son côté, ayant fait l’acquisition d’un piano, Aubert avait spontanément composé « Le jour s’est levé » et « Quelqu’un va venir ».

Lors d’une répétition, il a montré à ses compères la maquette de ces titres qu’il avait réalisé sur son magnétophone à quatre pistes. « J’ai ces deux trucs là et j’aimerais bien que cela sorte bientôt, parce que cela fait un moment que nous sommes en stand-by. »

Mais il y avait un lézard… « Le jour s’est levé » n’était pas la tasse de thé de Louis comme de Corine. « Nous, on peut pas faire ça » lui avaient-ils répondu.

Bertignac assimilait la ritournelle à une « sous-Lennonerie ». Il était également réticent à sortir un single alors qu’ils ne l’avaient jamais fait auparavant, avec tout ce que cela induisait en promotion télé et autres obligations.  Du coup, l’ambiance n’était pas extraordinaire au sein du groupe.

Aubert désirait néanmoins sortir cette chanson car elle avait des allures de comptine et semblait appropriée en prévision de la naissance prochaine de son fils Arthur. La présence sur la face B du titre « Quelqu’un va venir » allait dans le même sens. Louis et Corine avait effectué un petit conciliabule et finalement décidé qu’ils joueraient sur ce 45 tours…

Un mois plus tard, Téléphone se produit sur Canal+ dans l’émission de Denizot et  interprète  « Le jour s’est levé ». À la fin du morceau, le présentateur se pose en juge d’intégrité rockeuse :

— On m’avait dit que Téléphone c’était du rock. Alors là, ou je n’y connais rien ou ce n’est pas du rock !

Jean-Louis tique et manque de renverser le verre posé sur le piano :

— Comment ça, c’est pas du rock ?

« Personnellement, je trouve que c’est complètement du Téléphone, » clame pour sa part Aubert, ajoutant : « Pour nous, l’important est de faire ce que nous avons envie de faire. »

En revanche, lors des promotions télé, Bertignac fait la tête, et indiquait par ses bouderies qu’il n’est pas décoiffé par la nouvelle chanson. « Louis trouvait que cela ressemblait trop à une ballade, » se souvient Aubert.

Au final, « Le jour s’est levé » a été leur plus grosse vente, avec 800 000 exemplaires diffusés. Le ton badin, Louis aurait dit un jour à Aubert : « Je n’aimais pas ta chanson, mais depuis que nous avons passé les six cent milles, je commence à l’aimer !... 

8 7 + une bio

Ces diverses anecdotes sont issues de la biographie du groupe Téléphone, de Daniel Ichbiah.

Ecrivain, rédacteur en chef mais aussi auteur-compositeur, Daniel Ichbiah est l’auteur de plusieurs best-sellers dont deux n°1s : ‘Les 4 vies de Steve Jobs’ et ‘Les chansons des Rolling Stones’. Sa biographie de Téléphone est sortie chez Maison E est disponible sur Amazon

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