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7 chefs d’œuvre classiques du Jazz

Recommander Par Hervé Resse 08 juin 2019

7 chefs d’œuvre classiques du Jazz
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Résumer le jazz en seulement 7 albums ? Mais vous êtes fou ?

Mais non, rassurez-vous, telle n’est pas notre ambition, n’appelez pas les services d’urgence. Avouons-le sans ambages : prétendre résumer en 7 disques l’histoire d’un genre musical offrant tout à la fois… un siècle de créativité… pléthore de styles et d’instruments différents…  d’interprétations en solo, trio, quartet ou big band… avec ou sans voix associée… joués par des instrumentistes inventifs, audacieux, virtuoses, qu’ils soient ou non connus du grand public, serait non seulement absurde, mais d’une infinie prétention. Et par ailleurs, l’auteur de ces lignes, s’il aime le jazz, ne s’en prétend nullement expert ou spécialiste…

« Du coup », pour reprendre le nouveau tic de langage en vogue, c’est ici que se place le mot « pari » : parce que les passionnés du jazz ont (comme certains de leurs congénères orientés rock ou musiques dites classiques) tendance à déconsidérer tout ce qui ne vient pas des experts, voilà déjà une raison suffisante pour venir placer mon grain de sel. Par ailleurs, l’idée n’est pas ici d’identifier 7 pépites méconnues, ou « les 7 plus grands disques » aller jusqu’à cent n’y suffirait pas. Et d’autant plus que, rappelons-le, en matière d’art et de beau, la subjectivité est reine, nous l’avons déjà dit

Le propos est plus modeste et raisonnable. Suggérer aux lecteurs de 7x7, aux non spécialistes, aux jeunes générations de curieux, quelques incontournables défiant la tyrannie du temps et des modes. Ces 7 albums-là sont éternels, intemporels, et d’indiscutables réussites. Aucun n’est d’un abord trop ardu, même si l’on sait que certains instrumentistes sont allés très loin sur les voies de la remise en cause des normes et des standards.

Avouons-le également, proposer 7 noms revient à en éliminer 1000 ; qui trouveraient leur place dans toute anthologie cherchant à couvrir un large spectre. Rien de plus facile alors, que de noter les absences de géants gigantesques, au hasard Charlie Parker, McCoy Tyner, Sonny Rollins, Frank Sinatra, Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Dizzie Gillespie, Max Roach, Stan Getz, Benny Goodman, Chet Baker, Thelonious Monk, Lester Young, Charlie Mingus… Et je devine l’ire de l’expert repérant aussitôt tous ceux que j’aurais DÛ citer AUSSI ! Tant pis ! Il est trop tard pour reculer, et puis à vaincre sans péril on triomphe sans gloire. 

En voici donc 7. De purs joyaux. Tous méritent de figurer dans vos rayonnages, en vinyles ou CD, ou sur vos comptes Spotify, Deezer ou Qobuz.  Et puisque YouTube est notre ami, sachez que les 7 disques sont disponibles à l’écoute en intégralité, Cliquez juste sur la photo. Let’s jazz ! 

Article dédié si vous me le permettez, à Pascal B. et Pascal A. sans qui mon (très modeste) intérêt pour le jazz n'eut jamais existé peut-être

1 Etoile du Jazz : Count Basie, E=MC2, Atomic Mr. Basie

Il se pourrait bien qu’on ait ici affaire au plus célèbre album d’un Big Band, dans toute l’histoire de la musique moderne. Réédité par la suite avec d’autres morceaux, sous le nom voisin de « Complete Atomic Basie », ce tsunami joyeux s’ouvre sur le cultissime « Kid from Red Bank ». Le contenu est parfaitement fidèle à la photo de la pochette : c’est d’la bombe, bébé ! Seul le tout aussi explosif Whirly Bird peut sur ce plan le concurrencer. Cet album très grand public, au meilleur sens de ce terme, est un feu d’artifice, un hymne à la vie, il est solaire et vivifiant. Il devrait être pris en charge par la Sécu, qui s’y retrouverait sans aucun doute sur les économies d’antidépresseurs ainsi générées. 

Dire que le Comte Basie était un merveilleux pianiste revient à enfoncer des portes béantes, lui qu'on surnommait « la machine à swing ». Seul le Duc Ellington peut lui contester le titre. Son style, nous expliquent les spécialistes, repose sur une économie de notes que compense un toucher d’une rare dynamique. Tous les morceaux du disque sont signés de l’arrangeur Neal Hefti, particulièrement inspiré. Il clôt l’album sur un morceau prévu pour une interprétation en « mid tempo », mais Basie propose de le ralentir, d’en faire une ballade un peu mélancolique. « Lil’ Darlin » deviendra ainsi un autre hit éternel de l’orchestre, qui 35 ans après la mort du Count, continue de tourner, et continue de le placer à son répertoire. Si je n’avais pas cette expression en horreur, je dirais que « cet album, c’est QUE DU BONHEUR ! »

2 Etoile du Jazz : Duke Ellington, Complete Live at Newport, 1956

7 juillet 1956, Newport. Ce jour-là Edward Kennedy Ellington, dit « Duke », occupe la scène avec son Big Band. C’est le moment de le dire, il en a déroulé, du câble ! Il tourne depuis les années 20, il a connu la grande dépression des années trente, pas simples pour les musiciens. Les années de guerre n’ont en revanche pas entamé sa popularité. Mais en ce milieu des années 50, lui comme ses collègues Basie ou Bennie Goodman, subit les attaques du temps. L’avènement du bebop a brutalement démodé tous les big bands et le style swing. 

Mais en cette période, Ellington a intégré dans son équipe de nouveaux musiciens, notamment le trompettiste Clark Terry, et plus encore, oserait-on dire, l’incroyable saxophoniste Paul Gonsalves, transfuge de chez Basie. 

Sa nouvelle maison de disque Columbia l’invite à enregistrer le concert de Newport. Il en sortira un album qu’on qualifiera d’énorme, et qui sera plus tard réédité en version intégrale. LE disque du renouveau. Il comprend plusieurs des standards du Duke : Mood Indigo, Tea for Two, Take The « A » train, Sophisticated Lady, mais aussi un morceau de bravoure insensé. On sait qu’Ellington composait parfois ses morceaux pour permettre la mise en avant de tel ou tel musicien. Paul Gonsalves ne jouait plus ce « Diminuendo and Crescendo in Blue », depuis 1937. Ce saxo dément avait cette particularité, il s'endormait durant les concerts (pas facile), souffrant d’une narcolepsie que n’arrangeaient probablement pas ses penchants pour la boisson. Il se réveillait pour prendre ses chorus… puis se rendormait. 

Mais s'il s'éveillait, cela pouvait donner ce solo vertigineux où il enchaîne 27 chorus. Il déclenche ce jour-là l’hystérie du public, on frise l’émeute. Le disque relancera la notoriété du Duke, la mode du swing (qui remettra aussi son compère Basie en piste). Le Big Band du Duke tournera de nouveau de par le vaste monde, il enregistrera avec Ella Fitzgerald, ainsi qu’un album de rencontre avec John Coltrane, d’une beauté peu commune. Le Duke est éternel!

3 Etoile du Jazz : Louis Armstrong, Louis and The Good Book

Qui, pour ce qui est d’interpréter le gospel comme personne ?

Aretha Franklin, côté dames, et Louis Armstrong côté messieurs, mais Louis excelle en plus à la trompette. Ne l’appelez pas « Satchmo », il n’aimait pas ce surnom, signifiant « Bouche sacoche », qui sonnait de façon un peu péjorative. 

Il lui préférait celui de « Pops ». 

Venue du style Dixieland et déjà célèbre avant la World War 2, la voix de cet homme est à nulle autre pareille, la faute à cet œdème placé sur les cordes vocales. Chaque note qu’il chante irradie de bonté, et de chaque intervention à la trompette jaillit la lumière. Tout ici résonne la générosité, qualité humaine saluée par tous ceux qui le connaissaient. Louis chante ici tous les standards du Good Book, (La Bible), « This train », « I’m on my way », « Go Down Moses » et tous les autres. Mille fois reprises par bien des artistes, les versions ici proposées sont toutes insurpassables. Le seul classique manquant est le célébrissime « When The Saints Go Marching in », chant funéraire de la Nouvelle Orléans dont Louis fit un succès mondial, repris par maints musiciens de tous horizons, Springsteen y compris.

Miles Davis a évoqué son génie en disant « quand on souffle dans un instrument, on sait qu’on n’en sortira rien que Louis Armstrong n’ait déjà fait ». 

Vous en voulez davantage ? Avec l’immense Ella Fitzgerald : « Ella and Louis », chez Verve en 1957. « Porgy and Bess », interprétation jazz de l’opéra de Gershwin, toujours avec Ella Fitzgerald, (Verve, 1958). Rappelons également les sessions avec le Duc : Louis Armstrong & Duke Ellington, The Complete Sessions, 1961.

Enfin, si vous les trouvez, ruez-vous sur ses enregistrements avec le quatuor vocal Mills Brothers. Vous verrez qu’avant-guerre, il inventait déjà le phrasé rap !

4 Etoile du Jazz : John Coltrane, Blue Train

Ne choisir qu’un seul disque dans l’immense carrière du plus génial saxophoniste (oui, oui, je n’oublie pas Charlie Parker et Sonny Rollins) est une suprême gageure. C’est qu’en quelque dix années, de 1956 à 1967 où il succombe, Coltrane réunit les talents, joue, invente, fait exploser les codes du jazz classique pour avancer vers la révolution du free-jazz qu’ont également initiée ses collègues Albert Ayler, Archie Shepp ou Ornette Coleman. The shape of Jazz to come, de ce dernier, est souvent présenté comme l’acte fondateur du free-jazz.

Chez Coltrane, les périodes sont marquées : à son passage dans le quintet de Miles Davis vers la fin des fifties, succède cet album Blue Train, un des rares enregistrements chez Blue Note à la fin des fifties. On le classe encore dans la catégorie Hard Bop. Et Blue Train, le morceau, est un incunable.

Viendront ensuite ses productions sous son nom, d’abord sur le label Atlantic puis chez Impulse, où il est le leader du fabuleux quartet réunissant le pianiste McCoy Tyner, le batteur Elvin Jones et le bassiste Jimmy Garrison. Ses derniers enregistrements sont très marqués par un mysticisme certain, et peuvent parfois dérouter. 

En dehors de la sublime photo de pochette, Blue Train est considéré comme un de ses plus grands succès, qui l’impose comme soliste éminent. Cela reste un album de facture classique, même si certains de ses envolées en soliste laissent entrevoir ce qu’offrira la décennie sixties… À ses côtés sont ici Lee Morgan (Trompette), Curtis Fuller (Trombone), Kenny Drew (Piano), et deux géants de l’époque, Paul Chambers (Contrebasse) et Philly Joe Jones (Batterie). C’est me semble-t-il la bonne porte d’entrée vers Trane. 

Mais il ne saurait se résumer à une seule galette. Derrière viendront tant de chefs d’œuvre ! Allez, osez aussi « Olé », « Giant Steps », n’oubliez SURTOUT pas le vertigineux « A Love Supreme » … Et pour ceux qui seront tombés en amour, l’album avec Duke Ellington chez Impulse est à pleurer.

5 Etoile du Jazz : Miles Davis, In a silent way

Si résumer Trane à un seul disque relève du non-sens (mais le non-sens est un sens en soi, non ?), que dire de Miles Davis, l’homme qui a magnifié tous les styles, bop, hard bop, modal, qui a inventé le jazz électrique (aux frontières du jazz rock) ? 

Évidemment on pouvait choisir le célébrissime Kind of Blue. Mais s’y retrouvaient, aux côtés de Miles, John Coltrane et Bill Evans, présentés par ailleurs. 

Alors suggérons plutôt celui-ci : sorti en 1969, c’est la pierre angulaire du jazz électrique, ou fusion. S’y entendent aux côtés du Maître les jeunes talents qui vont exploser dans la décennie suivante, dont les noms sont aussi familiers aux amoureux de la culture rock : Wayne Shorter (saxo soprano) et Joe Zawinul (orgue et piano électrique) fonderont Weather Report. John McLaughlin (guitare électrique) créera le Mahavishnu Orchestra, puis le très indianisant Shakti. Quant à Herbie Hancock  et Chick Corea, leurs carrières solistes dureront jusqu’à aujourd’hui, ils vont bien, merci. 

Le contrebassiste Dave Holland et le batteur Tony Williams seront d’autres artisans de ce rapprochement prolifique entre culture pop (électrique) et jazz. Ce monument, In a Silent Way, réussit l’exploit d’être d’une rare audace sans jamais glisser vers l’ardu, l’inaccessible, il est novateur sans aucune posture ou afféterie.  Un stéréotype tenace associe souvent tout mordu de jazz à l’étiquette de « puriste intello ». On ne trouve ici rien de ce registre, le disque est envoûtant, tourbillonnant, doit énormément aux claviers de Zawinul et Corea, et chaque intervention de Miles vous fait planer sans devoir recourir à aucune substance toxique. 

L’album suivant, Bitches Brew, est du même registre. Dans une veine plus classique, Bag’s groove (classique Bop) et le déjà cité Kind of Blue sont des références également indiscutables.

6 Etoile du Jazz : Bill Evans, Sunday at The Village Vanguard

Le Seigneur du jazz cool. Un toucher d’une infinie délicatesse, au service des harmonies, des mélodies, une subtilité rythmique saluée par tous les spécialistes du piano du riche, font de Bill Evans une figure majeure, disparue à l’âge de 50 ans, il en aurait 90 aujourd’hui. Diable…  Dans ces enregistrements captés dans une des salles mythiques de New-York, Evans est accompagné par le batteur Paul Motian, et oserais-je surenchérir, par l’immense contrebassiste Scott La Faro qui hélas va mourir, à 25 ans, dans un accident de voiture, dix jours après ces enregistrements. 

D’un avis général, ce musicien atteint ici des sommets, s’il n’est pas considéré comme « avant-gardiste », il fait considérablement évoluer le piano jazz, dans le prolongement, pourrait-on risquer, d’un Nat King Cole qui n’était pas seulement un immense chanteur, mais aussi un pianiste d’exception. Car à la grande différence de ce qui se faisait avant lui, Evans ne considère pas le bassiste comme un simple accompagnateur, mais comme un soliste avec qui il dialogue. Les improvisations entendues durant cette journée du 25 juin 1961 sont aussi rendues possibles par la subtilité du jeu de Paul Motian. Ces enregistrements donneront lieu à différentes rééditions, sous différents labels et différentes « appellations ».

Pour approfondir, on peut se pencher sans le moindre danger vers l’album Waltz for Debby, enregistré le même jour au même endroit. Ou vers l’album Portrait in Jazz, la tête de premier de la classe ne devant en aucun cas susciter la méfiance de l’auditeur. 

Il y a encore cet album réalisé avec le saxo Stan Getz en 1973.

Ensuite, et cela vaut sans doute pour chacun des sept ici présentés, tout ce qu’ils ont fait est digne d’intérêt, vous assureront les fans. Mais ce disque-ci est un pur Nirvana.

7 Etoile du Jazz : The Dave Brubeck Quartet, Time out

“ Trop commercial “, pourraient contester certains, tant les morceaux figurant sur ce disque ont atteint une notoriété stratosphérique… avec ou sans l’aide de Claude Nougaro : qui ne se souvient du très speed et fameux Blue Rondo à la Turk, devenu sous sa plume un « À bout de souffle » inoubliable. Et peut-être, y allant un peu vite, on oublierait cet autre titre du disque, Three To Get Ready, que le Toulousain s’appropria pour qu’il devienne « le Jazz et la Java ». 

Pour autant, songer à ce que l’album est devenu, serait oublier qu’il fut très fraîchement accueilli à sa sortie. J’écris cela mais n’en ai aucunement la mémoire, ne vous en déplaise, internet et google sont simplement mes amis. Les quatre membres de ce quartet étaient naturellement Dave Brubeck, pianiste offrant ce jeu fondé sur des rythmiques obsédantes, auquel répond le saxophone alto de Paul Desmond, satiné, moelleux. Le véritable héros de cet ensemble, c'est lui, indubitablement. Eugene Wright et Joe Morello assurent les rythmiques. C’est précisément cette approche rythmique audacieuse qui au début déconcertera le public comme les observateurs… avant de conquérir l’un et l’autre. 

Wikipedia à qui rien n’échappe, nous précise que ce disque serait en 2005, retenu parmi les 50 enregistrements choisis par la Bibliothèque du Congrès américain, pour être ajoutés au Registre national des enregistrements (National Recording Registry). Sorte d’adoubement ultime pour un album ayant déjà constitué l’une des plus grandes ventes mondiales de toute l’histoire du jazz, en dépit d'un accueil au départ assez frais. Et pour le coup, la qualité n’aura rien cédé à la gloire.

En voilà donc 7, et j'espère que les authentiques spécialistes ne me flingueront pas pour le compte...

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