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7 leçons à retenir du hold-up de Fillon sur la primaire

Décoder Par Eric Le Braz 21 novembre 2016

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Un petit air maoïste pour jouer le grand timonier. 

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Il a balladurisé Sarko et distancé Juppé. Le blast de la primaire, c’est Fillon. Une rafale qui surprend… et qui s’explique

Rien ne sert de courir, il faut sprinter à point. Une formule qu’a su appliquer le pilote François Fillon qui sait qu’une course se gagne à la fin ; mais c’est  aussi une formule qu’aurait dû méditer Alain Juppé dont la campagne pépère n’a pas réussi à galvaniser les électeurs ; et c’est enfin un slogan qu’a mal assimilé Nicolas Sarkozy qui est passé devant tous les électeurs de son bureau du XVIe arrondissement de Paris au lieu de faire la queue comme ses concurrents…

Le surprenant triomphe de Fillon au finish sera bientôt étudié en sciences politiques comme un cas d’école encore plus inattendu que la victoire du Brexit ou de Trump. Car il n’a été annoncé gagnant que par un seul sondage et peu d'articles. Même si on devrait savoir depuis la présidentielle de 95 que les électeurs adorent balladuriser les favoris…

Voilà une leçon évidente. Mais il y en a 7 autres à retenir.

1 La droite préfère la droite

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Les cathos tradi de Sens Commun Sens Commun ont vite choisi leur champion. 

Le score impressionnant de Fillon, c’est le retour de la droite éternelle, conservatrice sans excès, réac sans ostentation.  Ce peuple de droite s’est déplacé en masse pour adouber son nouveau chef. Malgré la mobilisation possible de 15 % d’électeurs de gauche, le type qui a gagné présente bien, il ne s’est pas démonté pendant les débats, il plait à la droite tradi pour son empathie envers la Manif pour tous et Sens Commun, le lobby catho de LR, lui a accordé sa bénédiction, il a un programme de droite radicale sans avoir besoin de scander qu’elle est décomplexée, il sait porter des coups quand il le faut, mais sans gros mots… Bref, il coche toutes les cases sans avoir besoin de grappiller des voix chez Bayrou ou les déçus du Hollandisme. Pour un cœur de droite, Fillon est chimiquement pur. Et honnête avec ça !

2 Un ex président ne devrait pas faire ça

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VGE l’avait bien compris malgré son irrésistible envie. En 84, il publiait Deux Français sur trois estimant que deux tiers des gens étaient d’accord avec lui. Oui, mais il a vite compris que deux Français sur trois ne voulaient plus le voir et il a renoncé à la présidentielle de 88

Nicolas Sarkozy, lui, n’a pas voulu le croire…

Mais au moins, Sarkozy est plus classe quand il dit au revoir (et il  l’a fait déjà deux fois).

3 Ne jamais sous estimer l’adversaire

Cling ! Le clin d'oeil mystère de Fillon en conclusion du troisième débat

En se pilonnant mutuellement, Sarko et Juppé se sont affaibli l’un, l’autre. Et ils ont renforcé celui qu’ils ignoraient. Sarko n’a jamais voulu répondre aux attaques ultra violentes de son ancien premier ministre qui déclarait à la fin de l’été « Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ?"

Il estimait que le mépris envers son ex collaborateur était plus productif. Même attitude chez Juppé qui s’est contenté de railler un Fillon soumis à Sarko pendant cinq ans. En se choisissant un seul ennemi, on en oublie tous les autres…

 Quand Fillon stagnait derrière Le Maire, cette stratégie du mépris pouvait à la limite se comprendre. Mais pas quand le Sarthois a commencé à fuser comme un Soyouz dans les sondages...

4 A force de se retenir, on fait des malheurs

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Ils n'ont pas osé l'attaquer sur ce terrain....

http://en.kremlin.ru/

Lorsque Le Pen grimpait dans les sondages à quelques jours du premier tour de la présidentielle de 2002, l’état major de Lionel Jospin n’a pas voulu regarder le sens des courbes. Et personne n’a tiré la sirène d’alarme pour déclencher un vote utile. Il y a toujours eu chez les favoris et/ou les tenants du pouvoir, une incapacité à penser l’impensable.

Il s’est passé le même phénomène lors de la primaire de la droite. Face à la remontée spectaculaire de Fillon dans les sondages, les deux finalistes autoproclamés auraient été bien inspirés de le piéger lors du dernier débat. Mais walou.

Ils ont été incroyablement timorés. Il y avait pourtant au moins un angle d’attaque évident lors du passage sur la politique internationale. Ils auraient pu brocarder ses penchants poutinesques et son soutien implicite au sanglant Bachar El Assad. Mais walou.

Sarkozy a bien glissé que le dictateur syrien a « ne représentera jamais à (ses)yeux – ou alors on n’est plus des humanistes – l’avenir de la Syrie ». 

Mais on l’a à peine entendu. Fillon, lui, a pu développer ses arguments sans contradiction.

Et il a finit le dernier débat par sortir le grand jeu pour une diatribe gaullienne contre ce show mal fagoté car scénarisé par des journalistes. Ses concurrents auraient pu en faire autant. Mais walou.

5 Les sondages ne prédisent pas : ils provoquent

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En bleu Fillon est premier, en orange, c'est Juppé, en jaune Sarko. 

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C’est un peu comme la physique quantique. Quand un observateur regarde un photon, celui-ci change de comportement. C’est exactement ce qui s’est passé avec la primaire de la droite. A partir du moment où les sondeurs ont observé un frémissement pour Fillon, en quelques jours, la vaguelette est devenue un raz de marée faisant céder trois digues

D’abord, des électeurs de Le Maire ont trouvé Fillon moins fake que Bruno-le-renouveau. L’un psalmodiait son mantra de petit nouveau quinenveut alors qu’il était aussi plombant que les vieux briscards, l’autre incarnait une force tranquille, une expérience conséquente et des compétences éprouvées.

Ensuite, Juppé s’est affaissé, probablement atteint par les torpilles de Sarko contre Bayrou et peut-être la bourde sur Prisunic. Mais aussi car le maire de Bordeaux n’a pas su ou voulu tenter le moindre coup d’éclat pendant les débats. Comme si sa compétence et sa stature suffisaient. Or le peuple de droite a un penchant pour le panache… Avec Fillon, il a été  servi. On allait pouvoir voter contre Sarko sans se compromettre avec Bayrou.

Enfin, voyant Juppé s’effondrer, un électorat de Sarkozy a aussi glissé vers un présidentiable plus présentable, de droite mais droit. 

« Quelqu’un m’a dit » que Fillon pouvait donc  gagner et par un impressionnant phénomène mémétique, l’électorat s’est détourné de candidats par défaut pour la réincarnation d’une droite comme avant.

La dynamique s’est nourrie d’une accélération centrifuge époustouflante. On a besoin de croire à un vainqueur et c’est ainsi qu’un bon chiffre en engendre un autre. Sauf si un grain de sable vient enrayer la machine. Mais en une semaine, il n’y en a pas eu un seul, puisque ses adversaires ont choisi de l’ignorer…

6 Rien n’est joué d’avance

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Le hold-up de Fillon sur la primaire qui intervient après le casse de Trump sur la présidentielle US prouve qu’aucun coffre fort électoral n’est à l’abri. Pas même celui de Fillon. Les électeurs de la droite qui l’ont plébiscités ont voté pour un homme et posture. Pas pour un programme. Les seconds couteaux de Juppé ont déjà prévenu où ils allaient viser : « On va montrer les divergences » prévient Benoist Apparu. qui pense que FF « n’a pas les capacités pour mettre en œuvre son projet ».  Puis Juppé a souligné "la brutalité" du programme économique de Fillon et ses ambiguïtés sur les questions de société. Bon.

Ce sera quand même très dur de faire pencher la balance du côté du Maire de Bordeaux. Il n’avait d’ailleurs pas l’air d’y croire lui même en annonçant qu’il continuait le combat au soir du premier tour démentant les rumeurs d’abandon. En revanche, les coups de fauve blessé qu’il porte contre son adversaire dans sa dernière semaine de vie politique nationale, ces coups-là serviront à d’autres... 

7 Et c’est peut-être une bonne nouvelle pour la gauche

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Avec Fillon à sa droite, il va pouvoir passer un peu plus pour quelqu'un de gauche.

wikimedia

Fillon plutôt que Juppé, c’est une petite aubaine pour la gauche. Mais quelle gauche ? Si Bayrou ne se présente pas contre Fillon, Macron a une ouverture pour un score à deux chiffres. Au regard de la doxa conservatrice (sur les sujets de société) et libérale (économiquement)  du Sarthois, les esquisses de programme de  candidat En Marche ! font résolument modernes et sociaux démocrates. Mais pour un score à deux dizaines, c’est une autre paire de manche…

Pour Mélenchon itou, c’est a priori plus simple car plus frontal. Il s’est trouvé un exact contraire sur tous les sujets (économie, social, société, écologie…) sauf cette persistante russophilie qu’il partage avec le Thatcher sarthois..

Pour le vainqueur de la primaire de la gauche enfin, Fillon est aussi un meilleur candidat que Juppé puisqu’il est plus clivant. Et les proches de Hollande se réjouissaient hier soir de la victoire de l’ex premier ministre de Sarkozy.

Notons que cette méthode Coué nous laisse coi. Car les mêmes, samedi dernier, narraient leur perplexité face à ce nouvel adversaire. Hollande et son inaltérable optimisme, enivré par le soutien hollywoodien de la bande à Julie, attendant avec gourmandise de prochains chiffres du chômage programmés pour être bons… imagine un boulevard face à Fillon. Sauf que le rejet de Sarko prouve qu’il risque le même sort que son ex adversaire préféré... 

Mise à jour  : Hollande ne s'est donc pas présenté cette méthode Coué, c'était pour mieux nous embrouiller ! Car  tout le monde risque une sarkolade...

Le duel Le Pen/Juppé tant annoncé n’aura très probablement pas lieu. Mais qui nous dit que Marine Le Pen, privée de son repoussoir Juppé « so UMPS » ne risque pas, elle aussi, de se faire balladuriser ? La droite thatchero-tradi de Fillon révulse les marinistes mais peut séduire les marionnistes. Des centristes épouvantés par le tropisme poutiniste et les valeurs vieille France de Fillon peuvent émigrer vers Macron. Mélenchon  peut profiter du casting de la primaire socialiste pour rafler la mise… Bref, on peut se retrouver avec 3 ou 4 candidats à 15/20 %.

La présidentielle bipolarise en général la vie politique française. Celle de 2017 avec son incroyable scénario pourrait bien la balkaniser...

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