7 pays où la JEUNESSE influence fortement les CHOIX POLITIQUES en 2026
La jeunesse a longtemps été décrite comme une génération désenchantée, trop occupée à scroller pour voter et trop méfiante envers les partis pour s'engager. Ce jugement est, aujourd’hui, clairement dépassé. Dans de nombreux pays, les jeunes ne se contentent plus d'observer la politique de loin. Ils la bousculent, la réorientent et parfois même la forcent à se réinventer.
Ce changement ne date pas d’hier. Déjà en 2024, des mobilisations massives sur le coût de la vie, les droits civiques ou encore la corruption ont traversé plusieurs continents. Des millions de jeunes sont descendus dans la rue, ont investi les réseaux sociaux comme espaces de contre-pouvoir, ont soutenu des candidatures inattendues ou fait chuter des majorités jugées trop installées. Certes, ces secousses n'ont pas toutes produit des effets immédiats, mais elles ont enclenché des dynamiques comme les recompositions partisanes et l’émergence de nouveaux visages politiques.
En 2026, on considère que ces dynamiques doivent arriver à maturité. Voici 7 pays où cette influence est particulièrement lisible, et où la question de savoir qui gouverne demain se joue aussi dans les rangs des moins de trente ans.
| 1 | Bangladesh : Rupture politique assumée |
En juillet 2024, des milliers d'étudiants bangladais descendent dans les rues pour contester une réforme du système de quotas dans la fonction publique. Pour cause, cette dernière réservait jusqu'à 30 % des postes aux descendants de combattants de la guerre d'indépendance de 1971. Ce qui ressemble à une revendication technique devient, en quelques jours, un soulèvement national contre quinze ans de règne de Sheikh Hasina et le régime de favoritisme politique qui l'accompagne.
Malgré les pertes humaines de la répression avec plus de 400 manifestants tués entre juillet et août 2024, le mouvement ne s’arrête pas. Le 5 août 2024, Sheikh Hasina fuit le pays et un gouvernement intérimaire dirigé par Muhammad Yunus prend le relais. Il a pour mission de stabiliser le pays et de préparer une transition démocratique.
C'est la première fois dans l'histoire moderne du Bangladesh qu'un mouvement étudiant, sans parti politique derrière lui ni leader identifié, parvient à renverser un gouvernement en place. En 2026, leur influence reste palpable. Les nouvelles autorités savent qu'elles gouvernent sous l'œil d'une génération qui a déjà prouvé qu'elle pouvait faire vaciller le pouvoir et qui n'hésitera pas à recommencer si les promesses de réforme restent lettre morte.
| 2 | Kenya : Pression sociale structurante |
En juin 2024, le Parlement kenyan examine un projet de loi de finances prévoyant de nouvelles taxes sur des produits de première nécessité. La réaction fut immédiate chez des milliers de jeunes Kenyans. Ils se sont organisés quasi exclusivement via les réseaux sociaux et sans structure partisane puis envahissent les rues de Nairobi et d'autres grandes villes. Le 25 juin 2024, des manifestants pénètrent dans le bâtiment du Parlement. Le bilan est lourd : au moins 39 morts, des centaines de blessés. Face à cette pression, le président William Ruto retire intégralement le projet de loi de finances en question et limoge plusieurs ministres.
Ce qui a changé en profondeur, c'est la manière dont le gouvernement aborde désormais toute réforme économique. Chaque nouvelle mesure fiscale est désormais anticipée à l'aune de sa réception probable par les jeunes urbains, surtout ceux les plus touchés par le chômage. En 2026, la jeunesse kényane agit comme un contre-pouvoir permanent et crédible, dont les autorités ne peuvent plus se permettre d'ignorer les signaux.
| 3 | Sénégal : Rupture politique générationelle |
Le 24 mars 2024, Bassirou Diomaye Faye remporte l'élection présidentielle sénégalaise dès le premier tour avec 54 % des voix. Sorti de prison moins de deux semaines avant le scrutin, il incarne pour des millions de jeunes Sénégalais une rupture nette avec une classe politique perçue comme corrompue et déconnectée.
Cette victoire est le résultat d'un cycle de mobilisations qui a secoué le pays dès 2021 sous le mouvement Pastef. Les manifestations de soutien à Ousmane Sonko, mentor politique de Faye, lui aussi emprisonné, ont rassemblé les jeunes militants de moins de 35 ans autour de sujets précis comme la souveraineté sur les ressources naturelles, la justice fiscale ou encore la lutte contre la corruption.
Même en 2026, la pression ne faiblit pas. Cette génération exige des résultats concrets sur l'emploi, la gouvernance et la gestion des ressources naturelles. Elle a porté ses représentants au pouvoir et surveille de près ce qu'ils en font.
| 4 | Népal : Une génération qui a renversé un gouvernement en deux jours |
Le népotisme, les privilèges dont bénéficient les enfants de responsables politiques qui affichent leur vie luxueuse en ligne ainsi que la corruption et les inégalités ont déclenché un mouvement de colère de la jeunesse népalaise sur les réseaux sociaux. Tout a commencé le 4 septembre 2025, quand le gouvernement du Premier ministre KP Sharma Oli ordonne le blocage de 26 plateformes numériques, dont Facebook, YouTube et Instagram. Cette décision est perçue par les jeunes comme une atteinte directe à leur liberté d'expression et les pousse à descendre massivement dans les rues.
Le 8 septembre 2025, de grands rassemblements ont lieu à Katmandou avec des dizaines de milliers de participants. La réponse de l'État inclut balles en caoutchouc, canons à eau, gaz lacrymogènes et tirs à balles réelles. Les violences s’amplifient jusqu’à ce que le Premier ministre présente sa démission le 9 septembre 2025. Il est remplacé par Sushila Karki, ancienne présidente de la Cour suprême, à la tête d'un gouvernement transitoire chargé de préparer les élections prévues pour mars 2026. La chute du gouvernement en moins de 48 heures illustre la capacité de mobilisation d'une génération connectée, sans leader ni parti, capable de faire basculer un État par la seule force de sa colère collective.
| 5 | Maroc : La GenZ 212 force le palais à réagir |
En septembre 2025, la mort, faute de soins adéquats, de huit parturientes à l'hôpital Hassan II d'Agadir est l'étincelle qui fait sortir dans les rues la GenZ 212. Le mouvement est né sur Discord, sans leader identifié ni affiliation partisane. En quelques jours, le serveur Discord du collectif est passé de 1 000 à plus de 120 000 membres. Les manifestants défilent dans plus de 17 villes, portant un message clair articulé autour de la corruption, de l'état des services publics et d'un contraste devenu insupportable : des milliards investis dans les stades pour la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030, pendant que les hôpitaux publics s'effondrent.
Malgré la sévérité de la répression, le mouvement obtient des résultats concrets. Le 10 octobre 2025, le roi Mohammed VI, demande au gouvernement de donner la priorité à la création d'emplois et à la mise à niveau des services publics d'éducation et de santé. Dans la foulée, le gouvernement annonce un effort budgétaire de 13 milliards d'euros pour la santé et l'éducation en 2026. Avec les futures élections législatives prévues cette année, la GenZ 212 a démontré que la rue pouvait forcer le palais à réagir sans renverser le régime, mais en modifiant l'agenda politique du pays.
| 6 | Serbie : Des étudiants qui tiennent tête à un président depuis plus d'un an |
Le 1er novembre 2024, l'auvent de la gare de Novi Sad s'effondre, tuant 15 personnes, alors que sa rénovation avait coûté 65 millions d'euros, attribuée sans appel d'offres. Ce drame cristallise des années de corruption tolérée et d'impunité assumée. Le 22 novembre 2024, lors d'une commémoration silencieuse devant la Faculté des arts dramatiques de Belgrade, des étudiants sont attaqués par des individus encagoulés liés au parti au pouvoir. La police, présente, n'intervient pas.
La réponse est immédiate. À fin décembre 2024, plus des deux tiers des facultés universitaires sont en grève. Le 15 mars 2025, Belgrade rassemble entre 275 000 et 325 000 manifestants, la plus grande mobilisation de l'histoire moderne du pays. Le 28 janvier 2025, le Premier ministre Miloš Vučević démissionne, mais le président Vučić refuse toute élection anticipée. En janvier 2026, les étudiants collectent 400 000 signatures pour l'exiger. La Serbie offre un cas unique : un mouvement de jeunes qui dure, qui résiste et qui ne lâche rien.
| 7 | Madagascar : Quand la Gen Z fait tomber le Président |
Le 25 septembre 2025, les rues d'Antananarivo s'enflamment. Ce qui commence comme une protestation contre des coupures d'eau et d'électricité chroniques parfois de six à huit heures par jour se transforme en quelques jours en un soulèvement national contre la corruption, les inégalités et un régime perçu comme déconnecté des réalités.
Le mouvement Gen Z Madagascar naît sur les réseaux sociaux sans leader identifié, sans parti politique derrière lui et sans hiérarchie formelle. La répression est brutale. Au moins 22 personnes sont tuées, des centaines blessées. Le 11 octobre 2025, une partie de l'armée bascule. L'unité d'élite Capsat refuse d'obéir aux ordres de tirer sur la foule et rejoint les manifestants. Le président Andry Rajoelina quitte le pays le 12 octobre et le gouvernement est dissout. Le 14 octobre, le colonel Michaël Randrianirina, commandant du Capsat, annonce officiellement la prise de pouvoir et se qualifie de « président de la Refondation de la République de Madagascar ».
En 2026, Madagascar entre dans une phase de transition politique incertaine. La Gen Z a démontré qu'elle pouvait renverser un gouvernement. Reste à savoir si elle parviendra à peser sur ce qui vient après et à transformer une révolte en changement durable.

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