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7 sagesses antiques et néanmoins très modernes

Inspirer Par Hervé Resse 30 octobre 2018

7 sagesses antiques et néanmoins très modernes
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De même que les Rolling Stones doivent tout à Chuck Berry… On va le voir en philosophie aussi, c’est dans les vieux pots que se tambouillent les meilleurs potages. Voilà plus de deux mille ans que chaque génération adapte les pensées antiques pour les rendre compatibles avec l’air du temps : rien de neuf sous le soleil, donc. Et les latins l’affirmaient déjà : « Quid Novi Sub Sole ? Nihil ! »

Dans le Phédon, Platon proposait que « philosopher, c’est s’exercer à mourir ». Charmante perspective ! Implacable, aussi. Soyons moins définitif. Convenons que philosopher c’est aussi apprendre à vivre, à observer le monde, tel qu’on le voit, tel qu’il pourrait être (ce qui n’est pas la même chose). Le monde comme il va, - ou comme nous estimons qu’il va, ce qui là encore est différent -. Philosopher, c’est alors s’autoriser une quête de vérité, pour peu qu’on ait su définir ce qu’elle serait… Ou pas. Car « la philosophie n’est pas la détention de la vérité, mais la passion infatigable de sa recherche, qui s’étend peu à peu à toutes les activités et à tous les désirs de l’homme », aurait suggéré ce même Platon (s’il on en croit Internet).

Nous (le « Nous » de majesté, comme on dit), estimons qu’il faut remercier les « vulgarisateurs » de philosophie, dès lors qu’ils nous aident à entrevoir des pistes d’améliorations pour nous-même, dans cet épuisant mais passionnant combat de l’existence. Les « sachants » considèrent parfois avec condescendance ou dédain ceux qui, comme André Comte-Sponville, Luc Ferry, Frédéric Lenoir, tentent d’apporter quelques repères au grand nombre, qui ne sont pas tous agrégés, ce qui n’interdit pas de s’interroger. Il y aurait, pour certains puristes aussi ronchons qu’érudits, du « vulgaire », au sens de méprisable, dans le fait de vulgariser, au sens de rendre accessible. Que penseront-ils alors de nous, qui tentons de « vulgariser » les vulgarisateurs, en sept idées simples, donc nécessairement réductrices ? Nous nous y essaierons quand même ! En n’oubliant pas que lorsqu’un Frédéric Lenoir trône au sommet des ventes avec un ouvrage sur le très complexe Baruch Spinoza, il faut bien y voir une vraie « quête de sens », plutôt qu’un simple bingo, catégorie marketing éditorial.

Il y eut six écoles de philosophie dans l’antiquité grecque et latine. Pierre Hadot, qui fut un Maître de leur enseignement, remarquait que ces six écoles principales cultivaient chacune une manière de vivre particulière, aboutissant à une attitude existentielle de référence … Il y ajoutait toutefois une septième, qui selon lui pouvait être désignée sous le terme générique de « Comiques », et qui rassemblait les hommes du peuple, observant avec distance, ironie, humour, les modes de vie de ces différentes écoles… Pierre Hadot évoquait également une possible réunion de deux d’entre elles, faisant se rencontrer « stoïcisme » et « épicurisme » … Lisez donc jusqu’au bout, et puisse ce très modeste article vous aider, si peu que ce soit, sur votre chemin…

1 Sagesse antique : « Connais-toi toi-même… » ?

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Si nous avons déjà évoqué cette maxime, c’est tout sauf un hasard. La formule, qu’il faut compléter par « … Et tu connaitras l’univers et les dieux », est « le » précepte de la philosophie socratique et de son élève Platon. Elle sera par la suite au cœur de bien des démarches issues du « platonisme ». Elle est toujours en vogue, aujourd’hui : évoquée, répétée, ressassée même, dans 90% des manuels de développement personnel. De même, on croit la voir en œuvre dans toutes les démarches psys, que ce soit pour s’attaquer aux causes d’un mal-être, en fouillant l’immense foisonnement des « pourquoi ». Ou pour faire évoluer son vécu, s’attaquant alors aux innombrables « comment », (comment en sortir, comment arrêter de souffrir ou de se prendre la tête) nichés dans toute recherche. 

Pour autant, Luc Ferry affirme que ce précepte n’a en réalité rien à voir avec les démarches d’introspection, pas plus qu’avec celles de la méditation, ou des parcours initiatiques. « Se connaître soi-même » incitait davantage à rechercher une saine conscience de soi, de son égo, de ses propres travers, failles, fragilités. Il fallait savoir résister à l’hybris, qui en grec est l’arrogance de celui qui se prend « pour un autre » … « Pour Dieu ». De nos jours, on remarquera que souvent, ceux qui déclarent se méfier plus que tout du poids de leur égo, manifestent une tolérance étrange à leur propre endroit. Une chose est de dire, une autre de faire. 

Ce socle de philosophie qu’offraient Socrate et Platon ne fait donc sens qu’en conservant la conscience de notre faillibilité d’humain, et la relativité de toute conviction. Montaigne qui affirmait « je défends mes idées non comme vraies, mais comme miennes », serait ici héritier de Platon. On entend bien la modestie de son affirmation. Mais aussi une sereine acceptation de « soi », celle qui permet d’avancer, progresser. S’améliorer… Si l’on ne s’aime soi-même « aussi », il n’y a pas de véritable humanisme possible.

2 Sagesse antique : Le bonheur par la sagesse ?

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Aristote, parangon de la connaissance de son temps, curieux de tout et avide de savoir (une encyclopédie avant l’heure, que cet homme), Aristote n’a pas toujours bonne presse aujourd’hui. Car l’Aristotélisme était des plus élitiste. 

Le mot « aristocratie » le dit suffisamment. Il considérait l’inégalité des hommes comme une donnée de la nature, et pensait sincèrement qu’il est des hommes nés pour demeurer esclaves. Si l’on peut pourtant conserver d’Aristote une idée (parmi de nombreuses autres, tout de même !) pour le temps présent, c’est que le bonheur peut naître de la connaissance, et avec elle la sagesse. 

La connaissance n’a réellement de sens que si elle nous incite à agir de façon vertueuse et bonne. Nietzsche, qui bien plus tard écrirait « Le Gai Savoir », serait-il alors un héritier d’Aristote ? Certains le pensent. Sans qu’il soit même nécessaire de convier Dieu au débat, nous pouvons accéder à plus de bonheur par plus de savoir (ou un peu moins d’ignorance, dès lors qu’avec Socrate on n’oubliera pas l’essentiel : « je sais que je ne sais rien »).

3 Sagesse antique : « Aime ta destinée » ?

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« C’est quand le bonheur ? » nous serinait un chanteur impatient… Toutes les écoles de sagesse grecques se posaient déjà la question. Et pour eux la philosophie était moins un exercice intellectuel qu’une volonté d’identifier des voies possibles vers ce que Luc Ferry appelle souvent « la vie bonne ». 

Ce serait d’ailleurs une des raisons mêmes de la philosophie. Et pour placer un mot savant dans la conversation, osez glisser qu’à côté de la quête de connaissance, et d’une définition de la morale, qui sont les deux axes les mieux identifiés de cette discipline, existe bien un troisième axe, « sotériologique » : la quête de la vie bonne.

Les premiers stoïciens venaient de Grèce (Zénon de Kition en était le « pape ») ; mais on se souvient plus des stoïciens romains, que furent notamment Sénèque et Marc-Auréle, dont le livre « pensées pour moi-même » est un joyau. On critique parfois, chez les Stoïciens, cette idée qu’il faudrait « accepter sa destinée ». Cultiver « l’amor fati », comme le fit Nietzsche, serait renoncer à se libérer de ses entraves et chaînes. Ce serait une philosophie de la passivité. Les stoïciens pensaient autrement. S’il est des contingences, si tout ce qui ne dépend pas de nous et nous arrive s’impose à nous, nous conservons toutefois la liberté d’agir par nous-même, en pensée et en jugement. 

Nos opinions et nos désirs dépendent de nous-même. Ce qu’il faut simplement accepter est tout ce qui ne dépend pas de nous : le corps, la réputation, les biens matériels. A mesure que nous avançons dans cette voie, nous pouvons alors, autre mot savant (à placer sur une partie de scrabble, mot compte triple, « X », bonus scrabble assuré), accéder à « l’ataraxie » : la tranquillité, la quiétude de l’âme et de l’esprit… 

Bonus : une pensée de Marc-Aurèle, prise presque au hasard : « Le petit métier que tu as appris, aime-le et donne-lui tout ton acquiescement. Le reste de ta vie, passe-le en homme qui, de toute son âme, compte sur les Dieux pour tout ce qui le concerne, et qui ne se fait ni le tyran ni l'esclave d'aucun des hommes ».

4 Sagesse antique : Se satisfaire du nécessaire ?

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De nos jours, on désignerait volontiers comme « épicurien », un personnage aimant les plaisirs de la vie, les vins fins, la bonne chair, et pourquoi pas les plaisirs de la chair aussi. On lui accolerait volontiers la maxime latine « Carpe Diem », « cueille le jour », affirmant alors que cet épicurien serait effectivement tourné vers cette quête du plaisir, « hic et nunc », ici et maintenant. Parfois même, pour s’en persuader, le jouisseur en question arborerait ladite maxime, tatouée sur l’avant-bras. 

En fait, pareil comportement est parfaitement éloigné des préceptes qu’Épicure donnait en son jardin. Sa conviction était qu’il fallait, bien au contraire, pratiquer une ascèse : limiter ses désirs pour accéder au bonheur. Il distinguait, affirme Pierre Hadot, la satisfaction de désirs naturels et nécessaires (boire, manger, dormir), des désirs naturels mais non nécessaires (la sexualité) ; et de ceux qui n’étaient ni l’un ni l’autre, comme le pouvoir, la gloire, la richesse. C’est dans la seule satisfaction des désirs nécessaires que pouvait se trouver la paix intérieure. Épicure était un « hédoniste », le mot est assez voisin d’épicurien, si l’on s’en tient aux généralités.

Les amis d’Épicure étaient donc sobres, et cherchaient juste à jouir ensemble du bonheur d’exister. On croirait entendre ce bon vieux Baloo dans le Livre de la Jungle ! « Il faut se satisfaire du nécessaire ». 

Quant au fameux « Carpe Diem », on le trouve dans un poème d’Horace, qui était effectivement curieux d’épicurisme, mais aussi de stoïcisme. Et sa maxime est tout sauf un appel à la goberge, à la surconsommation…

5 Sagesse antique : Refuser l’ordre établi ?

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Qu’entend-on par « cynique » ? Un rapide clin d’œil au dictionnaire nous dit qu’on désigne ainsi quelqu’un qui exprime sans ménagement des sentiments, des opinions contraires à la morale reçue. Il y aurait en lui un provocateur, un incorrect. 

Les cyniques grecs étaient des disciples d’Antisthène, mais leur plus fameux représentant fut le célèbre Diogène de Sinope, celui qui vivait dans un tonneau, se promenait avec une lanterne à « la recherche d’un homme », ne dédaignait pas de se masturber en public sans la moindre gêne. C’est aussi lui qui renvoya le roi de Macédoine, Alexandre, qui ayant entendu parler de lui, vint lui demander de quoi il avait besoin. La réponse fusa, aussi insolente que définitive : « ôte-toi de mon soleil ! ». 

Diogène serait un hédoniste radical, recherchant plus encore le dénuement que la modération. Il refuse et réfute les convenances sociales, la morale en vigueur. Il ferait un excellent « anar », un clochard, un hippie, voire un « punk à chien » parfaitement présentable, les cyniques en leur temps revendiquant des comportements canins en public, jusque dans la satisfaction de leurs besoins naturels ou sexuels. 

Mais il serait faux de n’y voir que posture : Diogène et ses amis repoussaient les limites du dénuement physique pour mieux accéder à la véritable vertu morale, que sont l’abandon, voire le rejet, des biens de ce monde. Les Zadistes d’un peu partout seraient-ils des cyniques du temps présent ?

6 Sagesse antique : Scepticisme, ou doute ?

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Parce qu’ils partaient du principe qu’à tout argument affirmant une position, il était possible d’en proposer un autre, affirmant l’exact contraire, les sceptiques inspirés par Pyrrhon considéraient qu’en somme « tout se vaut ». Il n’y avait donc qu’un moyen d’accéder finalement à la tranquillité de l’âme (la fameuse ataraxie), c’était de se conformer aux lois en vigueur, de les accepter toutes, et de ne jamais juger. Cela faisait-il d’eux d’authentiques « réacs » avant l’heure ? 

Plutôt des conservateurs, puisque le réactionnaire serait celui souhaitant un retour à un état antérieur… Alors que le conservateur se satisfait seulement de l’état présent. Aujourd’hui, on entend davantage par sceptique « celui qui doute ». Le doute n’est pas l’acceptation béate de ce qui est, mais au contraire, depuis Descartes au moins, la conviction qu’il faut ne rien prendre pour « argent comptant », y compris et surtout aux plans de nos perceptions qui, quoi qu’on en pense, ne sont pas le compte-rendu exact de la vérité. 

Pour autant, on savourerait ici la formule qu’on prête au Général de Gaulle, qui aurait dit : « Je me méfie de deux sortes de gens. Ceux qui ne doutent de rien, et ceux qui doutent de tout ».

C’est aussi la différence qu’on peut faire également entre conviction et certitude. La seconde n’admet pas la contradiction. La première, si elle est sincère, peut admettre d’entendre qu’on la mette en question.

7 Sagesse antique : Pratiquer l’éclectisme…

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Dans son magnifique ouvrage d’entretiens, « La philosophie comme manière de vivre », Pierre Hadot soulignait que toute la difficulté du philosophe est qu’il devrait, dans sa quête de la vérité, se séparer du monde. Mais devrait y rentrer pour « mener la vie quotidienne des autres ». Il constatait alors que de nombreux philosophes, Kant, Rousseau, avaient après les Grecs, proposé de mettre en œuvre ensemble « une énergie stoïcienne » et « une joie de vivre épicurienne ». Il s’agissait alors de cultiver le « plaisir d’exister » et la « conscience d’être une partie de la nature ». Ce qui renvoyait aussi à Socrate, (« Tu connaitras l’univers et les dieux »), mais aussi d’une certaine manière, vers les sagesses asiatiques (l’homme microcosme en harmonie dans l’univers macrocosme). Étant de nouveau rappelé qu’épicurisme ne signifie pas boulimie, mais au contraire aptitude à se détacher de l’inutile et du superflu.

Quant à l’idée de se considérer comme « part de la nature », elle ne signifie pas devenir par raisonnements successifs, un « non spéciste radical ». André Compte Sponville estime que ce serait « trop gommer la différence entre humains et bêtes », même partant de bons sentiments (respecter les droits des animaux). 

Ceci serait encore un autre sujet, quoi que ! Il serait permis d’être à la fois sceptique (entendre ces préceptes vegans comme découlant d’une vision du monde étrange), épicurien (manger moins de viande, mais de meilleure qualité), et refusant un certain ordre établi (s’éloigner des pratiques de consommations industrielles) …

Et quelle était finalement la voix retenue par Pierre Hadot ? Il semble qu’il optait pour la vision de Marc-Aurèle, qui fut à la fois empereur, philosophe, et écrivain, dont toute la pensée revenait finalement à considérer que « seul compte l’instant présent ». Et si philosopher c’est « apprendre à mourir » on peut aussi considérer, avec un de mes grands amis aujourd’hui disparu, que « tant que je suis vivant, la mort ne me concerne pas. Et quand je serai mort elle ne me concernera plus ». Cette sentence m’accompagne depuis que je l’ai entendue. Comme un bienfait du temps présent, venu depuis l’antiquité…

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