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7 trucs à savoir sur les règles (surtout si on n'en a pas)

Savoir Par Slimane-Yann Ammor-Bihan 10 janvier 2017

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Gentil coquelicots, mesdames... (détail de l'illustration de couverture de Ceci est mon sang)

La Decouverte
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800 millions de femmes ont leurs règles en ce moment. Et autant d’hommes se demandent ce qui se passe et ce que ça fait. Un livre, Ceci est mon sang, raconte enfin tout sans tabou. 

Bon. Faut que je te raconte un peu ma life avant de parler de ce livre. Imagine-moi petit garçon, innocent et curieux, et unique, je veux dire sans sœur, à regarder les pubs à la télé. Entre une promo pour une bagnole et un spot sur un jus de fruit, on voyait des nanas verser un liquide bleu, mais vraiment bleu hein - genre entre le blue lagoon et un Harpic WC "force océane" -, sur des serviettes immaculées et alvéolées, olé.

C’était un peu intrigant ce truc et j’en ai parlé à mon copain Seb. Et là, il m’explique que ces serviettes qu’on asperge d’Harpic WC, c’était pour les filles qui perdaient leur sang. Bleu le sang ? Oui, faut croire, c'est des filles hein, qu’il m’a répondu.

Et voilà comment une métaphore publicitaire aurait pu devenir un trauma. En m’endormant, je m’imaginais les filles pisser de l’Harpic WC "force océane" sur des serviettes en forme de cacahouète. Ton ami SYAB aurait pu mal tourner si sa maman, le voyant perturbé entre chaque pub pour Always ou Harpic, ne lui avait pas offert un beau livre cartonné sur l’éducation sexuelle avec plein d’explications plus ou moins limpides et de dessins en coupe dedans.

Depuis ça va mieux, merci. Mais le mystère demeure : pourquoi les filles ont leurs règles ? Et ça fait quoi à l’intérieur ? Et pourquoi ça rejaillit à l’extérieur ? Et comment on faisait avant les tampons et les serviettes ? Et on n’a rien inventé de mieux que ces trucs remplis de pesticides ? Et que fait la médecine pour les soulager un peu quand ça fait mal ? Et… Bref.

J’aurais pu longtemps baigner dans cet océan d’ignorance jusqu’à ce que je me plonge dans un livre qui répond à toutes ces questions et des tas d’autres que je ne m’étais jamais posées mais qui valent le coup d’être répondues. « Ceci est mon sang, petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font » (La Découverte) explique tout sur les ragnagnas et d’abord pourquoi on les appelle comme ça.

1 Des torpilles, des ourses et des coquelicots mesdames

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There will be blood !

The bad side

Avoir ses ragnagnas, c’est avoir… des envies. Le mot proviendrait du gascon « arrouganh » qui signifie désir. Car les règles sont le début d’un cycle invitant à faire l’amour. Ragnagnas, c’est quand même plus ragoutant que « les Anglais débarquent » ou « le moment des torpilles » : une expression hollandaise faisant référence aux tampons. Les Bataves ont d’ailleurs une imagination débordante dès qu’il s’agit des règles : « On hisse le drapeau rouge » ou « le drapeau japonais » ou encore : « on gare la Ferrari devant la porte ».

Toutes ces expressions recensées dans Ceci est mon sang prouvent que les règles ont finalement été longtemps une source d’inspiration pour les humoristes et les poètes. Mais avoir ses fleurs, ses coquelicots, ses ourses ou ses jours… c’est aussi un moyen de dissimuler sous des mots choisis ce qui reste un tabou, un peu comme le liquide bleu des pubs Always qui veut nous faire oublier que le sang est écarlate…  

2 Que de monstrueuses âneries on a écrit sur les menstrues…

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Marie n'était pas seulement vierge. elle était immaculée et ne connaissait pas les règles.

DR

C’est Pline l’ancien qui en parle le mieux. Dans son Histoire naturelle, il affirme : « Une femme qui a ses règles fait aigrir le vin doux par son approche, en les touchant frappe de stérilité les céréales (.) les fruits de l’arbre contre lequel elle s’est assise tombent ; son regard ternit le poli des miroirs ». On vous en passe et des bien pires à commencer par les chiens qui deviennent enragés. Depuis Pline, c’est plié : on accuse les menstrues de tout gâter : d’aigrir la bière en plus du vin, de faire tourner le lait et les mayonnaises.

Ce grand n’importe quoi est validé par les religions avec une mention spéciale pour la torah. Une page du lévitique est reproduite dans Ceci est mon sanget on y découvre que si on touche une femme pendant ses règles, on est impur jusqu’au soir. Et si on touche son lit, pareil, et en plus faut se laver. Si on fait crac crac pendant les périodes, hop, c’est 7 jours d’impureté. Le coran, pas mieux, mais moins détaillé précise : « Tenez-vous à l’écart des femmes durant leur menstruation, ne les approchez pas tant qu’elles ne sont pas pures ». Bon, mais on peut quand même se caresser.  Chez les cathos, on nie la menstruation de la vierge, mais on interdit aux femmes de communier pendant les règles (au moyen-âge).

Mais derrière tout ce fatras, il y aussi d’autres hypothèses un peu zarbi qui donnent le tournis...

3 Les hommes ont leurs règles

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Ceci est son sang... menstruel ?

DR

Ceci est mon sang : le titre de ce livre n’est pas innocent.  Elise Thiébaut relève que certains exégètes considèrent que le pain de la Cène symbolise le sperme tandis le vin représente le sang menstruel. Tout en étant terriblement machistes, les clergés de tous les monothéismes restent fascinées par l’écoulement de quelques larmes de sang. Au point de vouloir l’imiter. La circoncision serait ainsi une réplique du sang menstruel. Les kabbalistes affirmaient d'ailleurs à ceux qui s’interrogeaient sur l’appartenance des femmes à l’Alliance avec Dieu alors qu’elles n’étaient pas circoncises, que celles-ci n’en avaient pas besoin… puisqu’elles avaient leurs règles.

« Cette volonté des hommes de mimer le sang menstruel pour s’en approprier le pouvoir est attestée d’ailleurs dans plusieurs sociétés et à plusieurs époques », écrit Elise Thiébaut. Et de détailler différents rituels tribaux en Océanie et en Afrique. Mention spéciale au valeureux peuple Wogeo en Nouvelle Guinée où les « hommes menstrués » s’ouvrent le pénis régulièrement puis sont reclus comme les femmes pendant leurs règles. C’est ce qui s’appelle une double stigmatisation. Mais après, on peut partir à la chasse tranquille.

4 Les tampons, on s’en tamponne

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Une des alternatives au tampon : l'éponge synthétique de Comfort + (version wet)

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Le business des tampons et des serviettes, c’est 30 milliards de dollars. Un marché énorme que se partagent une poignée de multinationales. Mais malgré les pubs édifiantes de Tampax, OB, Nana ou Always et même si l’invention des protections a été une formidable avancée pour le bien être des femmes, il reste une tache indélébile, si je puis dire, sur ce business : le syndrome du choc toxique. Cette infection liée aux tampons hygiéniques a provoqué la mort de dizaines de femmes dans les années 70 et 80. Et on s’est depuis aperçu que les tampons pouvaient contenir des tas de substances pas du tout friendly, comme le glyphosate, l’herbicide star du tristement célèbre roundup.  

Mais les fabricants refusent pourtant de donner la composition de leurs tampons ! C’est un secret aussi bien gardé que la recette du Coca Cola. 260.000 personnes ont pourtant signé une pétition pour « rendre visibles les compositions des tampons ». Mais Tampax, Always et les autres s’en tamponnent (et une autre pétition à destination de Marisol Touraine, ministre de la Santé et Laurence Rossignol,  ministre des droits des femmes, est désormais aussi en ligne).

Heureusement, on peut désormais en faire autant avec eux. Dans Ceci est mon sang, Elise Thiébaut détaille toutes les alternatives aux Tampax, Always & co. Il y a d’abord les protections bios, les serviettes lavables et les coupes en silicone qui retiennent le sang douze heures sans assécher les muqueuses. Il y a même une version « Flex » de la coupe qui peut rester en place pendant les rapports sexuels. 

Mais le plus strange, ce sont les marques qui proposent d’utiliser des éponges « cueillies en fin de vie » et « légèrement blanchies au peroxyde d’oxygène ». Mouais. Si j’avais un vagin, je crois pas que je mettrais la pauvre bestiole peroxydée dedans. Sinon, y a la version synthétique aussi. Asha international qui distribue le Beppy Soft+ affirme être « le seul fabriquant de protections périodiques européennes à répondre à la norme ISO13485 applicable aux produits médicaux destinés à demeurer plus de 30 minutes dans un orifice corporel ».  C’est quand même  beaucoup plus engageant. 

5 Et si on laissait couler ?

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Kiran, ses copines et ses trophées

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Tu connais Kiran Gandhi ? Moi non plus jusqu’à ce que je lise la page 90 de Ceci est mon sang. Cette jeune Britannique d’origine indienne a couru le marathon de Londres en 2015 sans tampon ni trompettes alors qu’elle avait ses règles. Comme tu peux le voir sur la photo, ça ne l’a pas empêchée de finir la course et de remporter une médaille. 

Pourquoi a-t-elle fait ça ? Elle raconte sur son blog que courir 42 kilomètres avec un tampon coincé entre les cuisses lui a semblé « absurde ». Et pas très confortable.

Elle en aussi profité pour dénoncer la situation des femmes en Inde où 12 % seulement des femmes ont accès aux protections périodiques.

Cette performance quasi artistique a dégoûté pas mal de personnes qui l’ont insultée sur les réseaux sociaux. Un peu comme les trolls qui pourrissent la page Facebook de free bleeding qui du coup n’est plus très active. Le free bleeding qu’on peut traduire par « flux instinctif libre », c’est encore un truc que j’ai découvert dans le bouquin de Madame Elise. « Il s’agit, écrit notre menstruologue préférée, de retenir le sang menstruel dans son vagin pour l’évacuer aux toilettes, comme l’urine ». On n’arrête pas le progrès même si cette discipline quasi sportive relève plutôt de la décroissance. Il paraît que ce n’est pas impossible « quand on a musclé son périnée ». Mode d’emploi ? « Pour y parvenir, rien ne vaut les boules de geishas ou les œufs de yoni ». Ah l’utile et l’agréable…

6 Bon sang ne saurait mentir

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Le sang, c'est bon pour la santé et pas seulement celle des vampires ! 

Crycks Flickr

Des affres du SPM (syndrome prémenstruel) à la terrible endométriose, une maladie chronique dont, à ma grande honte, j’ignorais l’existence, Ceci est mon sang est aussi une véritable petite encyclopédie médicale. Mais les règles ne sont pas seulement synonymes de douleurs. Les amateurs d’amour saignant découvriront qu’une de leur occupation orale favorite, le cunnilingus vampiricus, c’est bon  pour la santé. Déjà dans l’antiquité, on considérait qu’au-delà des tabous, le sang menstruel devait intervenir dans la composition des philtres d’amour et pouvait soigner la lèpre ou les hémorroïdes. 

Dans la tradition tantrique, l’homme et la femme pouvaient mêler sperme et sang menstruel « pour s’en recouvrir le visage et même boire cette liqueur d’immortalité ». Pareil chez les taoïstes qui pensaient qu’un homme pouvait vivre longtemps en buvant le « jus rouge yin » à la source.

Bonne pioche. Depuis, on a découvert que les cellules contenues dans le sang des règles pouvaient se multiplier plus vite que les autres cellules souches. La recherche est encore balbutiante mais prometteuse : on pourrait bientôt soigner des cancers, des maladies cardiaques, la maladie de Parkinson mais aussi les fausses couches à répétition, le prolapsus (descentes d’organes) , les colites et même l’endométriose. L’immortalité peut attendre encore un peu mais on sait déjà que le sang, c’est la santé.

7 Ça se lit sang peine

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Allez-y, lisez Elise !

Francesco Gattoni

Franchement, tu m’aurais dit que j’allais me marrer à lire des histoires d’ovocytes et d’atrasie folliculaire, je t’aurais ri au nez. Sauf que Ceci est mon sang est écrit par Elise Thiébaut la plus rigolote des vulgarisatrices. Je la connais un peu plus qu’un peu et d’ailleurs toi aussi si tu lis 7x7.

Ce livre est bourré de jeux mots, dignes des meilleures ou pires blagues Carambar, ou encore de métaphores bien senties que t’aurais pas imaginées sur ces sujets, genre : « Cela n’a pas l’air bien engageant comme ça, mais la glaire cervicale est l’équivalent pour les spermatozoïdes d’un bar à tapas pour les catalans ». Bref, écrit avec de humour et des métaphores bien barrées, tu comprends tout ;  j’ai enfin pigé ce qu’était un perturbateur endocrinien ou comment on se débarrassait des embryons ectoplasmiques grâce au ménage menstruel. 

Elise Thiébaut se met aussi en scène en parsemant le livre de souvenirs personnels drôles et touchants. Ce qui prouve que le discours féministe passe beaucoup mieux quand il n’est pas casse-couille. Pardon.

Ah si seulement elle osait un tome 2 pour raconter ce qui passe à l’intérieur du zizi... ça m'intéresserait aussi !

8 7 + la quatrième de couv’

Depuis des millénaires, les femmes perdent un peu de sang chaque mois, de la puberté à la ménopause. Le phénomène reste pourtant largement inexpliqué et, aujourd'hui encore, méconnu.

Avoir ses " ourses ", ses " ragnagnas ", ses " coquelicots " ou " l'Armée rouge dans sa culotte "... : quelle que soit la façon dont on l'appelle, ce phénomène naturel qui consiste, pour les femmes, à perdre un peu de sang tous les mois (sans en mourir !) reste un tabou dans toutes les sociétés. Pour en finir avec cette injustice, Élise Thiébaut nous propose d'explorer les dessous des règles de manière à la fois documentée, pédagogique et pleine d'humour : à partir de son histoire personnelle, elle nous fait découvrir les secrets de l'ovocyte kamikaze et de la mayonnaise, l'histoire étonnante des protections périodiques (ainsi que leurs dangers ou plaisirs), les usages étranges que les religions ont parfois fait du sang menstruel... Et bien d'autres choses encore sur ce fluide, qui, selon les dernières avancées de la science, pourrait bien être un élixir de jouvence ou d'immortalité. 

Alors, l'heure est-elle venue de changer les règles ? La révolution menstruelle, en tout cas, est en marche. Et ce sera probablement la première au monde à être à la fois sanglante et pacifique.

 Ceci est mon sang: Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font

Élise THIÉBAUT

LA DECOUVERTE, 5 janv. 2017 - 248 pages – 16 euros (papier) - 11,99 (version numérique)

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