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Après le Brexit : 7 langues pour remplacer l’anglais en Europe

Surprendre Par Slimane-Yann Ammor-Bihan 09 février 2017

Après le Brexit : 7 langues pour remplacer l’anglais en Europe

De toute façon, l'anglais c'est du chinois.

michael davis burchat flickr
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Les Anglais auraient dû tourner sept fois leur vote dans leur bouche avant de nous quitter. Car non seulement ils ne pourront plus profiter d’Erasmus, du Périgord vert pas cher et des joueurs français en première League… mais en plus on ne veut plus speaker leur anglo-saxon à Bruxelles ou à Strasbourg. 

Bye bye et bonjour chez vous. Comme ils vont partir - ça y est leurs député ont voté la sortie -,  et que, finalement, tu verras, on ne va pas les regretter, il faut maintenant passer à autre chose et s’atteler aux conséquences de ce Brexit qui ne sont pas seulement économiques ou sociales… mais, n'en déplaise au fluent Emmanuel Macron, aussi linguistiques.

Car figure-toi que, comme le rappelait l’excellent Bruxellologue  Jean Quatremer dans Libération : « Une fois Londres retourné au grand large, l’anglais ne sera plus langue officielle et il ne pourra plus être langue de travail et encore moins langue de communication. A moins, bien sûr, de modifier le règlement I-58. »

T’as pas lu le règlement I-58 ? Moi non plus. Mais Quatremer, dont c’est le métier de parler le bruxellois, explique que si on modifie cet article, c’est la porte ouverte à tous les Basques, Catalans  - et pourquoi pas Bretons comme la moitié de votre serviteur - qui vont vouloir baragouiner (verbe composé de mots bretons, soit dit en passant) dans leur sabir.

Mine de rien, ça va prendre un peu de temps, mais on va finir par bouter l’anglais hors de l’UE. Ou plutôt, on va éradiquer ce «globish» infâme que parlent les bureaucrates de Bruxelles et que personne ne comprend même pas les Anglais qui ont voté contre.

Oui mais pour le remplacer par quoi ? That is the question. Car il reste 23 langues officielles dans l’Union ! Chaque pays ou presque a la sienne. Mais il n'y a que trois langues de travail dont l'anglais, qu'il faudra bien supprimer comme le dit Mélenchon. Ce serait shocking qu’on parle encore au Parlement et à la commission la langue de Boris Johnson et de Nigel Farage alors qu’ils nous ont largués.  On ne va quand même pas garder une langue parlée plus ou moins maternellement par cinq millions de personnes sur 440 millions!

Alors, avec qui prendre langue ? J’ai au moins sept petites idées sur la question

1 L’allemand, parce que c’est la langue la plus précise

Achtung avant d'écouter : ça ne vous réconciliera pas avec la pop allemande...

L’allemand est, déjà avec le français, et l’anglais bientôt caduc, l’une des trois langues de travail originelles de l’Europe. Y a pas de raisons que ça ne continue pas. L’allemand, c’est la langue du busin... heu des affaires dans l’Europe centrale. C’est aussi, pour le moment car les Teutons ne procréent plus, la langue la plus parlée : 90 millions de germanophones entre l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique et la Suisse alémanique (quoiqu’ils ne soient pas dans l’UE et qu’ainsi que me le disait un copain romand, « le suisse alémanique ne se parle pas, il s’aboie »)

C’est pas pour rien que les philosophes sprechen deutsch : l’allemand est une langue bien utile pour exprimer des idées complexes avec ces mots composés du type Übermensch (le surhomme nietzschéen) ou mutterkuchen (le gâteau de maman). En vrai, tu sais, c’est quoi le mutterkuchen ? Nein, c’est pas une forêt-noire. C’est le placenta ! Les Allemands sont des poètes. Et ils sont surtout, pardon pour le cliché, précis et rigoureux comme une volée de Draxler dans la lucarne. Leur manie du mot composé sera très utile pour les lois européennes et ça fera des mots tellement longs que ça rentre à peine sur un lecteur de téléphone portable comme Kraftfahrzeughaftpflichtversicherung  :  « loi sur le transfert des obligations de surveillance de l’étiquetage de la viande bovine ». Il l’ont finalement retiré du dico ce mot. Mais avec anticonstitutionnel, on peut aller se rhabiller je te dis ! 

2 le grec, parce qu’ils ont inventé l’Europe

Très joli et très pédago pour apprendre l'alphabet des inventeurs de l'alpha.

Tu veux que te dise ? Homère m’a tuer. On leur doit tout aux Grecs : le cynisme et le stoïcisme, la tragédie et la comédie, Cassandre et Antigone, Icare Airlines et le Minotaure, la belle Hélène et le rusé Ulysse, Aristote et Onassis, le discobole de Myron et le colosse de Rhodes, l’éducation spartiate et les premiers LGBT, le marathon et les jeux Olympiques, l'alpha et l'oméga, la démocratie et la tyrannie, Les cyclopes et les cyclades, le complexe d’Oedipe et le mythe de Sisyphe, les raisins de Corinthe et le régime crétois, le principe d’Archimède et le serment d’Hippocrate, le tonneau de Diogène et le celui des danaïdes, Io la génisse et Bucéphale le canasson, Solon et Varoufakis, les faunes et les centaures, les dix travaux d’Hercule et les sept merveilles du monde, la Callas et Joe Dassin, Dionysos et Demis Roussos, Ares et Aphrodite… oui on leur doit tout à commencer par l’invention de l’Europe (et son rapt par Zeus, une sorte de DSK de l’Olympe). Oui on leur doit tout à ces Grecs, à commencer par notre existence. Alors, on leur doit bien ça, d'apprendre à nouveau leur langue, comme nos anciens qui faisaient leurs humanités... 

3 Le français, parce que c’est la langue des rois

Un chouette condensé de clichés.

Tu sais ce que disait Frédéric II, le roi de Prusse qui parlait français comme Voltaire ?  « Je parle en allemand à mes soldats, en français avec mes pairs. » Ils étaient comme ça les despotes éclairés. Ils causaient dans notre langue et négociaient leurs traités en français. Parler français, c’était snob, mais c’était aussi utile. Au début du XVIIe siècle, le français s’est substitué au latin dans les relations internationales et ça a plus ou moins duré jusqu’à la première guerre mondiale.  Ben c’est normal. On parle la langue la plus subtile du monde. Le français est d’ailleurs toujours la langue usitée à la cour de justice européenne. 

Et sinon, on est 454 millions à parler la langue de Molière dans le monde. On dans le top 5. Et il paraît que ça va continue à progresser grâce au continent d’en dessous… 

4 Le romani parce qu’ils sont partout

C'est plus dansant que Kendji Girac.

C’est la langue de 600.000 bulgares, 140.000 tchèques, 215.000 Français, 18.500 Lettons, 300.000 Slovaques et plus d’un million de Roumains ! Elle est parlée dans tous les pays de l’UE par ceux qui vivent sans racines, ni frontières depuis des siècles.  Le romani (ou rromani), c’est la langue principale des plus européens d’entre nous : les Roms.  Ce serait un beau geste de leur filer un siège à la commission et un vrai symbole d’inclure la langue des gitans, des tsiganes, des romanichels, des gypsies et des manouches dans les langues officielles du continent. Car ils sont partout… ou presque. En fait, c’est au Royaume-Uni qu’ils sont  les moins nombreux à parler le romani (un petit millier) : une raison supplémentaire pour l’adopter !

5 L’espagnol car c’est une langue mondiale

Un tuto dans un univers étrange étrange et fascinant.

Les partisans acharnés de l’anglais nous disent que la langue de Mick Jagger ou James Dyson (des pro Brexit convaincus) est parlée par le monde entier. Sauf qu’avec un milliard, 140 millions de locuteurs, l’anglais est battu par l’espagnol (un milliard 175 millions). Ils sont d’ailleurs 425 millions d’hispanophones de naissance (contre 340 millions d’anglophones mother tongue). Ça calme, hein ?

6 Le gaélique, parce que c’est celte fois mieux

Le muppet show du gaélique.

Oh je te vois venir. Tu vas me dire que même les Irlandais ne parlent pas le gaélique. C’est pas faux. Mais c’est pas tout. Car le gaélique, c’est d’abord une langue celte. Et on ne vit pas sur un continent judeo-chrétien de race blanche, mais sur une terre celte envahie par des latins et des germains.  Les langues celtes sont les mères de toutes nos langues. Le breton, mon gars, c’est vieux comme du gaulois. Donc c’est extrêmement ardu à apprendre car ça a eu le temps d’évoluer en plus de deux millénaires. Mais cette complexité est synonyme de justesse. Une langue qui pratique la  mutation consonantique (modification de la première lettre du mot selon le contexte), ça se pose là, non ?

Non ? Neventi vad d'ar Vretoned. Ha mallozh ruz d'ar C'hallaoued!

7 Le latin pour éviter de le perdre

"Depuis Jacques Brel, on a peu fait pour l'apprentissage en chanson des déclinaisons latines", constate l'auteur de ce génial tuto. Alors il a adapté Get lucky en version latine !

L’Europe est la fille surdouée de l’empire romain. Un truc qu’il faudrait d’ailleurs reconstituer selon certains esprits éclairés. La langue commune des lettrés de ce continent fut pendant des siècles le latin. Pourquoi ne pas ressusciter ad vitam aeternam notre véritable lingua franca ? Les Arabes se comprennent entre eux depuis 15 siècles grâce au coran mais aussi avec une version standard mais qui survit avec Al Jazzera et Assimil. Pour une fois qu’ils donnent l’exemple ! Retrouvons le latin pour ne plus perdre .

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