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DiEM25 : les 7 paris de Varoufakis pour révolutionner l’Europe (et la gauche)

Décoder Par Eric Le Braz 09 septembre 2016

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La seule star politique européenne...

Yannis Kolesidis DIEM25 CROP
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Varouf fout le barouf. Il a une stratégie radicale basée sur une tactique pragmatique pour éviter d’autres Brexit tout en changeant l’Europe…

Ce week-end, à la fête de l’Huma, il y aura une rock star : le premier homme politique du continent à réussir le tour de force d’être connu et, surtout, populaire dans tous les pays. Car depuis qu'il a quitté le pouvoir en juillet 2015, Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des finances grec gagne des batailles… sur le front des idées.

Son potentiel de séduction ne se limite pas à son look recherché de ministre sans cravate, c’est bien sa stratégie politique qui décoiffe toutes les vieilles gauches européennes. La force de DiEM25, ce mouvement internationaliste qu’il a lancé il y a quelques mois, c’est de concevoir des alliages explosifs avec des concepts qui furent longtemps antagonistes. Révolutionnaire et europhile, marxiste et démocrate, old school et 3.0. :  DiEM25, c’est un pragmatisme redoutable au service d’une idéologie radicale.

La preuve par la tribune que Varoufakis a publié cette semaine (et que Mediapart diffuse en France). « La gauche européenne après le Brexit », c’est le premier texte programmatique de DiEM25. Et ça vaut le coup de le disséquer, car ses idées sont une véritable alternative – peut-être utopique, mais Varouf assume – aux radotages crispés d’une gauche dépressive.

1 Oxi au Lexit : quitter l’Europe, c’est laisser le pouvoir aux populistes

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Le Lexit : on sait ce qu'on perd. On ignore ce qu'on va trouver....

La tribune de Varoufakis est d’abord destinée à la gauche europhobe. En France, on la connaît par cœur, c’est Mélenchon et Montebourg. Mais ceux-là ne sont pas nommés. Pas seulement parce qu’ils adorent être sur la photo avec Varoufakis, mais aussi car ils ne vont pas aussi loin que le Britannique Tariq Ali, le Grec Stathis Kouvelakis qui s’est réjoui du Brexit, l’Espagnol Vincenç Navarro ou l’Italien Stefano Fassina qui militent carrément pour une sortie de l’Europe de leurs pays respectifs par des référendums. C’est le Lexit, un Brexit généralisé.

Le problème que souligne Varoufakis c’est qu’ « il est peu probable que des référendums de sortie de l’UE – mouvements qui ont été essentiellement été conçus et conduits par la Droite – aident la Gauche à bloquer l’ascension de leur adversaire politique».

Les référendums à la sauce Lexit seront probablement conduits par des nationalistes et des populistes xénophobes à l’image de Nigel Farage au Royaume-Uni. Et opter pour un tel programme revient à consentir aux conséquences : « le Lexit implique de tolérer – voire d’apporter un réel soutien – au rétablissement de contrôles aux frontières nationales, y compris dans l’utilisation de barbelés et de gardes armés ». 

C’est pas vraiment de gauche tout ça.

2 Plus d’Europe ? C’est moins de démocratie…

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Pour Varoufakis, plus d'Europe technocratique provoquera plus de nationalisme..

« L’UE a été intentionnellement construite comme une zone non démocratique qui exclut les gens de la prise de décision et laisse cette dernière à un cartel composé de grandes entreprises et de la finance internationale ». Derrière ces éléments de langage qui fleurent bon la vieille gauche, Varoufakis, qui sait de quoi il parle, s’attaque aux eurodolâtres réformistes et socio-démocrates qui réclament encore plus d’Europe.

Car tant que Bruxelles est dirigé par un establishment de, disons, néo–libéraux bureaucrates soumis aux lobbies, « cela ne peut résulter qu’en une Union Européenne de l’Austérité. ». Et Varoufakis d’égrener les catastrophes en chaîne qui résulteraient de ce chèque en blanc à l’establishment : « légaliser le Plan Schäuble, et(…) donner à l’Union Européenne le pouvoir de mettre son veto sur les budgets nationaux, ce qui entraverait gravement l’exercice de la démocratie dans toute la fédération. Par la suite, la crise qui affecte les citoyens européens les plus vulnérables empirerait, la droite xénophobe se renforcerait, et la désintégration de l’UE s’accélérerait ».

Le raisonnement se défend, d’autant que le Brexit en a donné une première illustration...

3 La solution de DiEM25 : la désobéissance

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Yanis Varoufakis n’a jamais digéré la capitulation d’Alexis Tsipras face à la troïka (même si le Premier ministre grec s'en défend aujourd'hui). Aujourd’hui, il souligne que les partis de gauche portugais qui se targuent de résister à Bruxelles  ont dû en fait « accepter les “engagements envers l’Eurogroupe « pris par les précédents gouvernements – c’est-à-dire qu’ils se sont soumis au programme existant de la troïka ».

DiEM25 propose au contraire de désobéir et de ne plus suivre «  les règles inapplicables de l’Union Européennes aux niveaux municipal, régional et national, tout en n’engageant aucune action pour la quitter ». Un peu comme dans un couple où l’un des conjoints refuserait de quitter le domicile conjugal mais arrêterait de faire la vaisselle, le ménage et la tambouille tous les jours. C’est une grosse différence avec le Lexit où on claque la porte après avoir cassé la soupière.

Le big problème, c’est que si on arrête de lui obéir,  la banque centrale européenne a une bombe atomique dans les mains et peut faire s’écrouler tout le système bancaire d’un pays récalcitrant.

Varoufakis n’a pas peur du chantage : « Si nous refusons de céder, alors soit ils céderont – auquel cas l’Union Européenne sera transformée – ou l’UE sera réduite en miettes par son propre establishment ».

DiEMem 25 n’a pas l’intention de partir seul dans son combat a priori inégal : ce bras de fer, l’organisation veut le mener dans tous les pays et avec des alliés.

4 L’internationa-a-a-a-leu sauvera le genre humain

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DiEM25 a des références explicites et beaucoup d'amis all around the world

La révolution dans un seul pays : très peu pour lui. Varoufakis revendique des ascendances marxistes mais pas léninistes et encore moins staliniennes. « L’internationalisme traditionnel de la Gauche est le fondement de DiEM25 : notre position sur l’Union Européenne en est le reflet exact », écrit-il. Et le fondateur de DiEM25 de rappeler que Marx et Engels ont adopté comme slogan “Prolétaires de tous les pays, unissez-vous”. Alors quand il entend dire que la démocratie dans l’UE « est impossible… parce qu’un “peuple européen”, un demos européen pour une démocratie européenne, n’existe pas », ça le fout en  rogne Varouf : « L’objection de gauche à un mouvement pan-européen défie la compréhension. (…). Je peux tout à fait imaginer Marx se mettre en rage en entendant ceci ! Tout comme je peux imaginer à quel point cela rendrait perplexes les internationalistes de gauche qui ont rêvé de – et se sont battus pour – une république transnationale. »

L’internationale de DiEM25 s’étend comme celle de Karl Marx à la terre entière et le mouvement noue des contacts avec Bernie Sanders et a des membres sur tous les continents.

Mais le véritable terrain de jeu des diemistes, c’est l’Europe : « Pour le meilleur ou pour le pire, l’histoire a accouché d’une Europe sans frontières, qui dispose de programmes qui méritent d’être sauvegardés. La Gauche doit défendre cette absence de frontières, ces politiques de changement climatique, même le programme Erasmus, qui donne aux jeunes Européens l’opportunité de se rencontrer dans une système éducatif sans frontières. »

Bel hommage à l’UE qui ne se limite par, pour Varoufakis, à un quarteron de commissaires obtus. Mais c’est tout lui ça : son pragmatisme semble plus fort que les dogmatismes habituels de son camp.

5 Des alliances pragmatiques

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DiEM25 est vraiment très œcuménique...

Pour mener son combat contre l’establishment européen, Varoufakis lance des appels du pied aux Verts et aux libéraux : « Il se peut que ces formations politiques ne se considèrent pas de Gauche, mais elles partagent notre devoir de résister à l’incompétence autoritaire de Bruxelles ». On remarquera dans ce démarchage l’absence notable des soc-dem…

Cette recomposition politique serait assez surréaliste en France. Mais Varoufakis est capable de discuter et d’apprécier des gens qui ne pensent pas comme lui, comme Emmanuel Macron… En Italie, DiEM25 passe même des alliances avec les populistes du Mouvement 5 étoiles. Comme si cet OVNI politique essayait de tracer de nouvelles frontières entre progressistes et conservateurs... et Varouf va jusqu'à séduire les cathos en déclarant  : « L’Europe n’a pas d’âme. Nous sommes face au dernier jugement moral», dans le journal de la conférence épiscopale italienne ! En attendant une rencontre avec ce pape de gauche dont les punchlines sont reprises sur les docs de DiEM25....

6 Un corpus idéologique

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Antonio Gramsci, le père spirituel de toutes les gauches (et l'inspirateur tactique des nouvelles droites)

Wikimedia

Le Capital, c’est comme la Bible ou le Coran, on lui fait dire un peu ce qu’on veut. Mais la relecture de Varoufakis est assez revigorante. Chez ce démocrate affiché et sans doute sincère, on ne trouve guère de références à la dictature du prolétariat. En revanche, le pragmatisme (et l’opportunisme…) de Varoufakis est  sourcé : « L’une des forces de la Gauche fut sa capacité à séparer les analyses statiques des analyses dynamiques. Depuis que Marx, s’inspirant de Hegel, a donné aux processus la priorité par rapport aux résultats, nous avons pris en compte la direction du changement ».

En fait, le texte destiné aux familiers de la vulgate marxiste est parfois un exercice d’exégète où l’on convoque Gramsci à toutes les sauces pour finalement décréter que « Dans un pur esprit Gramscien, DiEM25 insiste sur le fait que notre rébellion européenne doit avoir lieu partout – dans les villes, dans les régions, dans les capitales des états-nations, et à Bruxelles – sans donner de priorité à un niveau par rapport à l’autre ».

Ce qui évite de fâcher tout le monde. « L’Histoire doit être notre guide », écrit encore Varoufakis avant de se concentrer sur le futur. Car le Grec à la moto a un plan. 

7 Un agenda… jusqu’en 2025

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Oui, oui, il était aussi à Nuit Debout. 

En France, on se focalise sur 2017 et la présidentielle, DiEM25, comme son nom l’indique, a d’autres horizons. Et veut mettre en place une "assemblée constituante" pour, d'ici 2025, rédiger une "Constitution démocratique qui viendra remplacer tous les traités européens actuels". 

Pour atteindre  cet avenir radieux, le mouvement a un agenda à court terme. Dans les prochains 18 mois, DIEM25 annonce une consultation avec des acteurs locaux dans tous les pays. L’objectif affiché : « Vaincre le pire ennemi de la démocratie européenne : le TINA [There Is No Alternative] européen, le dogme réactionnaire selon lequel il n’existe aucune alternative aux politiques actuelles en dehors du démantèlement de l’Union Européenne ».

En ligne de mire : l’élection européenne. Mais comment on fait ? Réponse dans 18 mois. Une seule certitude, il n’y aura pas de candidat du mouvement à la présidentielle. Chez DIEM25 France comme sur tout le continent, l’échéance, ce sont les élections européennes de 2019…

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