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Faut-il avoir peur du Darknet ?

Savoir Par Laurent Gayard 17 mai 2018

Faut-il avoir peur du Darknet ?
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Dans le sillage du très médiatisé Bitcoin, le terme de « Darknet » réapparaît de plus en plus fréquemment dans les médias.

Internet parallèle et largement diabolisé, le Darknet – ou plutôt les darknets – fait référence à une nébuleuse de réseaux cryptés et parallèles sur lesquels l’anonymat est – en théorie – garanti à 100 % et où l’on ne paie qu’en cryptomonnaies. D’après la légende noire, c’est le royaume des criminels en tous genres : hackeurs, pédophiles, vendeurs d’armes ou de drogues, tueurs et terroristes. Petite visite de la face cachée d’Internet par Laurent Gayard, auteur du livre  Géopolitique du Darknet ...

1 Le darknet, c’est quoi ?

Faut-il avoir peur du Darknet ?

Le terme "Darknet" a été utilisé pour la première fois en 2003, dans un article rédigé par quatre ingénieurs de Microsoft : The darknet and the future of content distribution. Pour Peter Biddle, Paul England, Marcus Peinado et Bryan William, le terme "Darknet" faisait référence aux réseaux d’échanges P2P (Peer-to-peer / « pair-à-pair ») qui se multipliaient depuis le lancement de Napster par Shawn Fanning en 1999.

Mais ça, c’était en 2003 et les choses ont bien changé depuis. Afin de contourner la législation, de plus en plus répressive vis-à-vis du téléchargement illégal, et en s’appuyant sur les avancées dans le domaine de la cryptographie moderne et sur les protocoles décentralisés comme le célèbre BitTorrent, les concepteurs des réseaux Freenet, Tor ou I2P ont développé et proposé au public de véritables réseaux parallèles, basés sur la technologie du P2P mais bien plus complexes qu’un simple logiciel d’échange de fichiers musicaux ou vidéos puisque Tor par exemple, le darknet le plus fréquenté, donnerait asile à plus de 60 000 sites, blogs et forums cryptés, aux raisons d’être et centres d'intérêts extrêmement variées.

2 Quelle est la différence entre le Darknet et Internet ?

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Le visuel de l'iceberg est souvent utilisé à tort pour représenter des espaces virtuels qui se superposent plutôt qu'ils ne se succèdent.

Internet a été développé à partir de la fin des années 1960 sous le nom d’ARPANET. On aurait pu le considérer déjà comme un darknet puisque son accès était très restreint. Le 1er janvier 1983, ARPANET est devenu Internet et il a été graduellement ouvert au public et à la commercialisation dans les années 90. C’est aujourd’hui le « réseau des réseaux », qui rassemble plus de 1 300 000 000 sites, un nombre incalculable de pages, plus de 3 00 000 000 utilisateurs et 60 000 réseaux principaux connectés entre eux. Mais cet immense ensemble est divisé en trois réalités numériques bien différentes : 

1) le « web de surface », celui que nous utilisons tous les jours pour aller consulter les infos, naviguer sur les réseaux sociaux ou sur les plates-formes vidéos comme Youtube ou Dailymotion. Ce « surface web », c’est celui qui est référencé par les moteurs de recherche les plus utilisés. Cela représente peut-être 10 à 15 % de tout ce qui est mis en ligne sur Internet. 

2) Le « web profond », le fameux « deep web », pour reprendre l’expression consacrée, correspond à l’ensemble des données qui se sont entassées sur Internet depuis sa création, comme une immense chambre d’ado auquel ses parents n’auraient jamais demandé de faire un peu le ménage. Ce sont les contenus qui ne sont pas ou très mal référencés soit parce qu’ils sont privés, soit parce qu’ils sont perdus dans les tréfonds de la Toile. Le « deep web » c’est une masse de données 4 à 5 000 fois plus importante que celle du web de surface. 

3) Le « darknet » désigne lui l’ensemble des sites cryptés nécessitant un protocole spécifique pour pouvoir y accéder. Et le darknet ne représenterait pas plus de 0,05 % des données en ligne sur Internet.

3 Comment fonctionnent les darknets ?

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Il s’agit de réseaux indépendants auxquels on accède grâce à des logiciels spécifiques. Freenet est le darknet le plus ancien, créé en 1999 par l’informaticien irlandais Ian Clarke. Il repose sur un principe simple : toutes les données des sites hébergés sur Freenet sont répliquées, divisées, cryptées et hébergées en fragments illisibles sur les ordinateurs qui se connectent à Freenet et consultent ces sites. Le réseau est dès lors quasiment indestructible, d’un point de vue logiciel comme d’un point de vue physique. Pour se connecter à Freenet, il suffit de télécharger et d’installer le logiciel Freenet dont l’utilisation donnera deux possibilités : soit utiliser Freenet pour rendre sa navigation sur Internet plus discrète (le logiciel éliminera systématiquement les cookies et effacera l’historique de navigation), soit aller visiter le réseau des "freesites", c’est-à-dire des sites uniquement hébergés sur le réseau Freenet et seulement accessibles grâce au logiciel Freenet. Le réseau garantit l’anonymat complet des utilisateurs en faisant passer toutes les connexions par un itinéraire complexe de nœuds de connexions et en cryptant toutes les données échangées.

4 Quel est le darknet le plus fréquenté ?

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C'est le réseau Tor. Avant les révélations d’Edward Snowden en 2013, le réseau comptait environ 500 000 utilisateurs quotidiens. D’après les statistiques du site « TorProject », il en accueille 2 à 3 millions par jour aujourd’hui. Pour utiliser Tor, il suffit de télécharger le logiciel Tor et de l’installer. Cela donne accès au navigateur Tor qui permet soit de surfer anonymement sur l’Internet classique, soit de visiter le réseau Tor qui rassemble les sites qui ne sont accessibles que par le biais du navigateur Tor. Leur adresse électronique est une suite de lettres et de numéros qui se termine par une extension en .onion. Pourquoi cela ? Parce que les adresses IP et les données échangées sont protégées par des couches de cryptages successives...comme des pelures d’oignons.

5 Que trouve-t-on sur les darknets ?

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On trouve tout ce que l’on trouve sur l’Internet classique : sites, blogs, forums, plates-formes vidéos…et même Facebook a désormais son adresse sur Tor... Mais on y trouve aussi nombre de sites de téléchargement de musique et de films et nombre de sites aux activités fort peu recommandables : vente de produits stupéfiants, pédophilie et pédopornographie, délinquance ou criminalité informatique. On y trouve aussi de nombreux sites de lanceurs d’alertes permettant à des journalistes, dissidents ou opposants dans les pays démocratiques et autoritaires de se protéger des pressions et poursuites éventuelles en menant un travail de diffusion de l’information quelquefois dangereux. Les fameuses « fuites » de Snowden ou de Wikileaks sont passées par les darknets avant d’atteindre Internet, les médias classiques et le grand public.

6 Pourquoi les autorités craindraient-elles les darknets s’ils ne sont pas dangereux ?

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Les différents Etats, agences de sécurité et de renseignement tentent de surveiller de près les darknets. La prolifération de sites fort peu recommandables et la difficulté à s’orienter en l’absence de moteurs de recherche vraiment précis ou efficaces, doit en effet conduire à la prudence sur ces réseaux. Néanmoins, les darknets représentent aussi des sources d’informations alternatives extrêmement intéressantes. Ce qui inquiète le plus les Etats reste le développement de plates-formes de hacking où s’échangent et se revendent les bases de données piratées ou les outils qui ont servi par exemple à mener les attaques pirates à l’échelle mondiale en avril et mai 2017. Enfin, l’utilisation de ces réseaux cryptés par les groupes terroristes préoccupe aussi les Etats sans que l'on puisse vraiment établir que Tor ou Freenet représentent des outils utilisés par les terroristes.

7 Alors, quel intérêt peuvent bien avoir les darknets ?

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Lors d'une manifestation contre le Rassemblement démocratique constitutionnel de Ben Ali (RCD), un homme tient un placare lisant «Sur les pavés, le jasmin» dans une nouvelle vague de colère le 20 janvier 2011 Tunis.

© AFP / MARTIN BUREAU

Un énorme intérêt. Les darknets sont une mine d’informations proposées aussi bien sur des sites spécialisés que des blogs politiques ou simplement des forums. Il est bien sûr nécessaire de vérifier ces informations et de contrôler les sources, ce qui demande à l’utilisateur une maturité que les réseaux sociaux et l’Internet classique n’ont plus vraiment tendance à exiger. Enfin, les réseaux cryptés représentent un formidable moyen de préservation de l’anonymat et de la liberté d’expression et de contournement de la censure. Dans les pays démocratiques c’est précieux, dans les dictatures, c’est vital. En 2010, la révolution de Jasmin, qui allait bouleverser la Tunisie et enclencher le Printemps Arabe, a commencé sur le darknet. Pour le journaliste anglais Jamie Bartlett, les darknets représentent même en partie le futur d’Internet à mesure qu’ils vont attirer des utilisateurs soucieux de bénéficier d’une navigation plus sécurisée et d’échapper à la mise au pas d’Internet par les GAFA.

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Retrouvez toutes les informations sur le Darknet dans le livre  Géopolitique du Darknet de Laurent Gayard

Pour approfondir, découvrez la conférence de Jean-Philippe Rennard à l'Université de Montpellier.

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