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Les 7 mantras de François Hollande

Décoder Par Hervé Resse 28 novembre 2016

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Wikimedia
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Tout le monde lui prédit l’Apocalypse, la honte du siècle, une veste sans précédent. Et pourtant il va y aller. Que peut-il donc y avoir dans la tête de François Hollande, qui le pousse à braver ainsi l’impossible, et concourir pour un second mandat de 5 ans à l’Élysée ?

Mise à jour... le 2 décembre 2016: C'était donc 7 raisons de se tromper !


Depuis deux mois, l’ouvrage de 660 pages, « Un président ne devrait pas dire ça » n’est pas seulement le succès de librairie que l’on sait. Il s’agit, pour parler franc, d’un ouvrage stupéfiant. Par les verbatim qu’il contient, par la personnalité qui s’y dévoile (ou parfois s’y défile), par l’absence totale de prudence qui s’y exprime, tant envers l’avenir qu’envers son entourage politique, aussi malmené que ses adversaires. Sinon plus. Nul n’a souvenir d’un précédent. A voir ce qui ressort de l’entreprise, notamment ce timing de sortie aberrant, puisque non contrôlé par contrat, et dont les effets semblent dévastateurs, on évoquerait volontiers l’hypothèse d’un suicide médiatique orchestré de longue date (les premiers entretiens précèdent son élection de 2012), dont la publication signerait le coup de grâce…

Mais les propos tenus expriment précisément le contraire. Si dans leur livre, Lhomme et Davet font parfois mine de douter: « plus qu’une gageure, cette réélection [serait] une mission quasi impossible (p.623) », ils n’en multiplient pas moins les indices. Sa candidature, elle, ne fera aucun doute. N’importent les sondages, les échecs, l’isolement, l’image navrante, la popularité en miettes.

Nous n’en sommes pas tant que cela surpris. Lire le livre avec attention nous a presque forgé une conviction : François Hollande n’est pas seulement un adepte de la méthode du bon Dr Coué. Il se forge croit-on des certitudes, qu’il se répète en boucle, comme les adeptes le font d’un mantra bénéfique. Si l’on ne trouvera guère dans les siens cette poésie des sons, et l’envoutement, prélude au bien-être, qu’y puisent les adeptes des religions indiennes, on peut y deviner des sources de sa conviction. Qu’un autre résumerait, de façon plus triviale peut-être : « sur un malentendu, ça peut marcher…. »  

7 mantras pour 2017. Revanche du retour d'une success story...?

1 Mantra n°1. « J’ai un sentiment de supériorité très, très fort ».

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L'important reste d'arriver à l'heure, non?

LE POINT

NdlR : Les mantras « entre guillemets » ont été dits tels quels. Les autres sont des résumés de notre cru.

Quand ça va sans dire, ça va encore mieux en le disant (page 25). Évitons tout mauvais procès en mégalomanie (quoi que… parfois…) Se sentir apte à présider aux destinées de la sixième puissance mondiale ne va pas sans une inévitable excroissance de l’Ego. Tout politique aspirant aux plus hautes fonctions a la même. Sans elle, songerait-il seulement à postuler ?

L’effet mantra chez François Hollande, tiendrait au caractère granitique, résolument inébranlable, de ce sentiment de supériorité. Davet et Lhomme prennent le pari que François Hollande croit en « sa bonne étoile ». « Ca existe, cette étoile, dit-il, puisqu’elle m’a conduit là ». Étrange logique à front renversé, mais admettons. Et commentant son succès de 2012, il le trouve « rétrospectivement logique: qui était le meilleur dans cette génération ? ». Poser la question c’est y répondre.

2 Mantra n°2 : Je suis sur le coup depuis 2012

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... Et je ne me suis pas ménagé !

Bien sûr, il ne le dit pas de si triviale façon. Mais y songeant, nous revient, qu’on nous pardonne,  une formule du comique Bigard, à ses débuts : « je me suis quand même pas appuyé deux heures d’embouteillages pour craquer à deux mètres du bol de sangria ! » Dès son entrée en fonction, le Président résume sa stratégie : « le tout c’est de mieux terminer le mandat qu’il n’est commencé » (page 68). S’il va en 2016 jusqu’à nier l’évidence de ce calcul (page 626 : « mon devoir … n’est pas de me poser la question de savoir si je vais être candidat ou pas »), dès les premières rencontres avec ses interlocuteurs en 2012, il élabore le scénario en phase avec cette perspective.

 « Ma cote de popularité va baisser, explique-t-il : forcément, les gens vivent le chômage, les décisions fiscales… On l’avait anticipé ». Cynisme même pas sous-jacent. Et c’est la bonne vieille technique du « gardons le meilleur pour la fin » : en gros, ces braves gens ont la mémoire un peu courte. Si le chômage baisse -enfin- fin 2016, on parviendra à traduire l’effet en une inversion de courbe. Ne restera plus qu’à mettre les 500.000 chômeurs engrangés durant le quinquennat sur le dos de son prédécesseur, ce qui par ailleurs est loin d’être faux. Pour les plus anciens d’entre eux, tout au moins.

3 Mantra n°3: J'ai un bon bilan

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... J'en tire les conclusions, et me retire de la vie politique...

En fait, même si son quinquennat n’a guère été épargné (et si violemment touché, lors des séquences Charlie, Bataclan, Nice, Saint-Etienne du Rouvray), Hollande est assez content de lui. Au rayon politique étrangère, notamment. De la Cop 21 à la gestion complexe, en binôme avec Merkel, du cas Poutine et de la crise grecque. Il ne fait guère de doute que Hollande a acquis une stature internationale. L’année 2016 l’aura d'ailleurs vu désigné « homme d’Etat Mondial de l’année ».  Mais de façon injuste, « rien n’est mis en évidence » (page 527). « On est toujours à la pointe, toujours les premiers, salués partout, et à aucun moment on ne dit : tiens, quand même… » Et de souligner que sur la Syrie, l’Irak, l’Ukraine, le Mali la Somalie… « on avait raison ». Combiné au mantra 1, celui-là conduit probablement son adepte à se persuader qu’au moment de la campagne, l’évidence de sa compétence éclatera finalement aux yeux de tous. Ses « victoires seront portées à mon crédit, mais dans la durée  » (page 528).

Sauf qu’en 2002, Lionel Jospin lui aussi avait un bon bilan. Sauf que tout le monde en France se contrefiche tout bien pesé de la voix de la France dans le monde : en théorie, tout le monde est d’accord que ça ne peut pas nuire. En pratique chacun pense que « charité bien ordonnée commence par soi-même ».

4 Mantra n°4 : « Fillon n’a aucune chance ».

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66,6? Quel Diable d'homme ce Fillon! Une BETE !

Texto dixit... Voilà… ça, c’est dit, page 616. Commentant au début de l’automne les prémices de l’élection primaire de droite, l’expert unanimement reconnu de la vie politique française y allait d’une analyse au scalpel : « cela se jouera entre Juppé et Sarkozy », et ce sera « plus compliqué face à Juppé ».

Soyons honnête, tout le monde ou presque pensait exactement comme lui, à trois semaines du premier tour du 20 novembre. 

Sauf que tout le monde n’est pas expert unanimement reconnu de la vie politique, partie prenante de surcroit. Du coup, ce qui ressort chaque fois des instants de prospectives, évoquées dans le livre des deux journalistes du Monde, c’est la très faible place laissée sinon au doute, (ces gens-là ne doutent jamais) du moins à l’interrogation, à l’incertitude. On aboutit ainsi à ce genre de sentences définitives, qui sitôt démenties feront ricaner petits et grands. Dans le même registre, le Président saluait-il quelques jours avant l’heure, la prochaine élection « d’une femme à la tête de la première puissance mondiale ». 

Quoi qu’il en soit, la totale absence de doute sur ses propres analyses trahit vite une sous-estimation à peine voilée de l’entourage. Comme Macron était supposé « loyal », « Valls est d’une loyauté je pense très grande », disait-il également en 2015 (page 119).

Entre le JDD du 27 novembre et les résultats de la primaire de ce même dimanche, quelle part s'autorisera-t-il pour un semblant d’incertitude?

5 Mantra n°5 : J’ai raison, même quand j’ai tort

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A mon avis, ça va tourner au gros temps...

Tout au long de leur récit, Lhomme et Davet témoignent de la grande capacité d’analyse de leur interlocuteur. Brillant, subtil, implacable parfois, et surtout difficile à contredire. Mais l’analyse se fait toujours « après l’évènement ». Et il est toujours plus facile d’expliquer pourquoi les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes, que d’envisager -avant- qu’elles pourraient ne pas l’être. On songe à Henri Miller:  « certains sentent la pluie à l’avance, d’autres se contentent d’être mouillés ». Les deux auteurs auront souvent piaffé d’impatience, espérant le voir concéder quelques erreurs, d’appréciation, d’estimation. Ils auront le plus souvent dû rester sur leur faim. Si François Hollande a cette réputation d’homme brillant, c’est qu’il semble avoir réponse à tout. Un seul exemple. Au cœur même de la séquence « casseroles » dans son entourage – Aquilino Morelle, Cahuzac, et quelques autres -, il excipera de ces affaires pour en faire l’illustration d’une « République Exemplaire ». Si les affaires sont sorties c’est que ces hommes n’étaient pas protégés. Il faut donc s’en réjouir (et non regretter de les avoir nommés). Allez donc répondre à cela !

6 Mantra n°6 : « Si je pense que le pays est en danger… »

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Quand faut y aller...

Il nous semble bien acquis le président Hollande partira bien à la conquête de sa propre succession, à l’issue des cinq années d’un quinquennat chaotique, tourmenté, confus, où se seront télescopés comme rarement, comique involontaire et tragédies sanglantes.

Cotes de popularité désastreuses, trahisons en série,  couacs à répétition au sein d’une majorité cacophonique, puis dépenaillée, et finalement exsangue ; marivaudages, crises de couples, et grands déballages de l’intime ; confusions et pataquès institutionnels où l’on finissait chaque fois par ne plus rien comprendre ; manifs à répétition contre les lois présentées comme emblématiques du quinquennat (mariage pour tous, loi Travail)… Rien de tout cela ne l’aura dissuadé.

Car il a de quoi mener une bonne campagne. Il faut pour cela un  bon « thème porteur ». Comme la fracture sociale de Chirac en 95, ou « travailler plus pour gagner plus », de Sarkozy en 2007. Trouver et commenter le bon thème trop tôt ne sert à rien, dit François Hollande, qui pour autant (page 635) ne se prive pas de l’annoncer. « Si la justice n’est plus garantie, si les libertés sont diminuées et si la démocratie est abîmée, c’est quand même tout ce que je craignais pour mon pays qui se produirait. Donc voilà, c’est ça l’enjeu ». « Si je peux être celui qui peut être la réponse, pour la famille politique que je représente, et plus largement pour la République… » résume-t-il, page 640.

7 Mantra n°7 : Et Mitterrand ? Il l’a fait, lui, en 88 !

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Dans ses chroniques matinales sur RTL, l’imitateur Laurent Gerra se plait à imaginer d’hilarantes conversations d’outre-tombe entre les deux François : - c’est vous, François ? - Oui c’est moi, François, François…

Chaque fois le Vieux rabroue son incapable d’élève (As-tu enfin révélé ta fille cachée ? Où en es-tu de ton projet d’envahir le Koweit ?), et c’est souvent drolatique… autant que pertinent. Car tout au long du livre de Lhomme et Davet, et jusque dans sa provisoire conclusion, le fantôme de Mitterrand ne cesse de réapparaitre. A la fois statue du Commandeur, idéal inaccessible, et référence indépassable pour celui qui aurait sans doute rêvé d’une stature identique. Or, commente-t-il, « pourquoi Mitterrand invente la France unie en 1988 ? » Pour dire : « moi je vous assure de vivre ensemble ». « La France unie contre les factions, les fractions, les divisions, ça reste vrai ». Comme Mitterrand avait été humilié lors des législatives de 86 pour finalement conserver son trône élyséen deux ans plus tard, Hollande probablement, (même s’il lui arrive de concéder que ce sera difficile) pense que cette fameuse bonne étoile lui offrirait un destin plus incroyable encore que celui de son maître et modèle ! Car Mitterrand en 88 avait l’avantage d’avoir contre lui une majorité de cohabitation, (comme Chirac en 2002). Tandis que nul président s’appuyant sur une majorité de son camp n’est parvenu à se faire réélire. Ni Giscard en 81, ni Sarkozy en 2012.

Ainsi aurions-nous la quintessence des 7 mantras sublimés en un seul : je suis tellement fort que je peux déjouer l’impossible, et l’emporter contre tous les pronostics. C’est parce que c’est impensable, que je vais le faire !

En même temps, les destinées de Fillon, Trump, ou des partisans du Brexit, seraient assez de nature à l’encourager dans cette voie. En 2017, aurons-nous droit au choc des François ?

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