7 ERREURS que les MANAGERS commettent ENCORE avec le télétravail
Le télétravail s’est imposé comme une évidence organisationnelle, mais il continue de révéler, en creux, les fragilités du management contemporain. Derrière les chartes, les accords et les outils collaboratifs, les pratiques managériales restent souvent inchangées, héritées d’un monde pensé pour le présentiel. À distance, ces réflexes produisent des effets amplifiés : perte de repères, tensions diffuses, fatigue invisible, désengagement progressif. Les erreurs ne sont pas spectaculaires, encore moins intentionnelles. Elles s’installent lentement, portées par de bonnes intentions et des habitudes jamais vraiment interrogées. Ce listicle ne cherche pas à donner des leçons, mais à mettre en lumière ces glissements silencieux qui abîment le travail à distance. Parce que le télétravail n’est pas un simple mode d’organisation, mais un révélateur brutal de la manière dont les managers cadrent, font confiance et exercent réellement leur rôle.
Le télétravail n’est plus une nouveauté, ni un privilège marginal, ni une mesure transitoire. Il s’est installé durablement dans les organisations, parfois par choix, parfois par contrainte, souvent sans véritable refonte managériale. Beaucoup d’entreprises ont ajusté leurs règles, investi dans des outils collaboratifs, rédigé des chartes. Mais dans le même temps, elles ont continué à manager avec des réflexes conçus pour le présentiel.
Ce décalage crée une tension sourde. Le télétravail est censé apporter plus d’autonomie, de confiance et de flexibilité. Pourtant, il devient parfois une source de fatigue, de malentendus et de désengagement. Non pas parce que le travail à distance fonctionne mal, mais parce qu’il révèle des failles anciennes que la proximité physique masquait jusqu’alors.
À distance, tout devient plus visible. Les zones de flou ne se corrigent plus par hasard. Les non-dits pèsent davantage. Les habitudes bancales ne sont plus amorties par le collectif. Le télétravail agit comme un révélateur brutal du management réel, tel qu’il est vécu par les équipes.
Les erreurs qui suivent ne sont ni caricaturales ni exceptionnelles. Elles sont banales, parfois commises avec de bonnes intentions, souvent sans conscience de leurs effets. Leur point commun : elles s’installent progressivement et coûtent cher sur la durée. Les identifier, c’est déjà commencer à manager autrement.
| 1 | Confondre autonomie et absence de management |
L’une des erreurs les plus répandues consiste à croire que le télétravail réduit naturellement le besoin de management. Puisque les collaborateurs sont à distance, puisqu’ils travaillent seuls, le manager se fait plus discret. Il intervient moins, cadre moins, se rend moins visible. L’idée implicite est simple : l’autonomie ferait le travail.
En réalité, le télétravail supprime surtout les mécanismes informels qui compensaient un manque de clarté. En présentiel, une consigne imprécise pouvait être rattrapée par une discussion improvisée. Une incompréhension se corrigeait autour d’un café. Une tension se désamorçait par la simple présence. À distance, ces ajustements disparaissent.
Quand le manager s’efface trop, le flou s’installe. Les priorités deviennent interprétables, les décisions se prennent en silo, les collaborateurs hésitent à solliciter par peur de déranger. Beaucoup compensent en travaillant plus, sans toujours savoir s’ils vont dans la bonne direction. D’autres décrochent progressivement, faute de repères.
L’autonomie ne naît pas du vide. Elle repose sur un cadre clair, explicite, assumé. À distance, le rôle du manager n’est pas de disparaître, mais de rendre le travail lisible, priorisé et sécurisé. Moins présent physiquement, mais plus intentionnel dans ses interventions.
| 2 | Surcompenser la distance par le contrôle |
À l’opposé, certains managers vivent le télétravail comme une perte de contrôle difficile à accepter. Ne plus voir leurs équipes travailler crée un inconfort profond. Faute de visibilité directe, ils cherchent à se rassurer autrement. Le contrôle réapparaît, souvent déguisé.
Les points se multiplient, les reportings s’alourdissent, les messages tombent à toute heure pour “prendre des nouvelles”. Le vocabulaire reste bienveillant, mais la logique est claire : vérifier, surveiller, s’assurer que le travail est bien fait. Les collaborateurs perçoivent très vite cette méfiance implicite.
À distance, ce type de contrôle est particulièrement toxique. Il envahit l’espace personnel et brouille les frontières entre vie professionnelle et vie privée. Les équipes adaptent alors leur comportement : elles se rendent visibles, répondent vite, restent connectées plus longtemps. Le travail réel passe parfois au second plan.
Le paradoxe est brutal. Plus le manager cherche à contrôler, moins il obtient d’engagement sincère. La performance durable repose sur des objectifs clairs, un cadre explicite et une confiance assumée. Sans cela, le télétravail devient une mise sous tension permanente, épuisante pour tous.
| 3 | Continuer à manager le temps plutôt que le travail |
Le télétravail met en crise un réflexe ancien : assimiler le temps de présence à la valeur produite. Faute de visibilité physique, certains managers déplacent cette logique vers le numérique. Les horaires de connexion, les délais de réponse et les statuts en ligne deviennent des indicateurs officieux de performance.
Ce glissement est dangereux. À distance, le travail ne se déroule pas de manière linéaire. Il alterne concentration, réflexion invisible, recherches, pauses nécessaires. Un collaborateur peut être très productif sans être constamment joignable. À l’inverse, être toujours connecté ne garantit rien sur la qualité du travail.
En surveillant le temps, le manager envoie un message implicite : ce qui compte, c’est d’être vu. Les équipes s’adaptent en conséquence. Elles fragmentent leur attention, se connectent plus longtemps, repoussent le travail de fond à des moments invisibles. La fatigue augmente, la qualité baisse.
Manager le télétravail suppose un basculement culturel : piloter le travail plutôt que le temps. Cela demande de clarifier les objectifs, de définir ce qu’est un livrable satisfaisant, d’accepter des modes d’organisation différents. Ce n’est pas plus laxiste. C’est simplement plus exigeant.
| 4 | Multiplier les réunions pour compenser la distance |
Privés d’échanges informels, beaucoup de managers compensent par la réunion. Chaque sujet appelle une visio, chaque doute un point collectif. Les agendas se remplissent rapidement, parfois jusqu’à saturer les journées de travail.
L’intention est souvent louable : maintenir le lien, éviter les malentendus, coordonner. Mais à distance, les réunions ont un coût élevé. Elles fatiguent plus qu’en présentiel, fragmentent l’attention et réduisent les temps de concentration profonde. Le travail productif se retrouve relégué en fin de journée.
Peu de managers se demandent si une réunion est réellement nécessaire. Beaucoup d’informations pourraient être partagées par écrit, traitées en asynchrone ou simplement clarifiées une fois pour toutes. La réunion devient alors un réflexe, pas un outil choisi.
À force de multiplier les points, les équipes travaillent en creux. Elles enchaînent les visios et produisent sous pression. La réunion n’est pas le problème. Elle devient un symptôme quand elle sert à compenser un manque de clarté structurelle plutôt qu’à créer de la valeur collective.
| 5 | Sous-estimer l’isolement psychologique |
L’isolement est l’un des angles morts majeurs du télétravail. Tous les collaborateurs ne le vivent pas de la même manière, et beaucoup n’expriment jamais leurs difficultés. À distance, on peut continuer à livrer, à répondre, à participer, tout en s’isolant progressivement.
Le malaise ne prend pas la forme d’une crise. Il s’installe lentement. Moins d’initiatives, moins d’échanges informels, une fatigue diffuse, un détachement discret. Les signaux sont faibles et difficiles à percevoir à travers un écran.
Beaucoup de managers attendent que le problème soit formulé clairement. Or ceux qui souffrent le plus sont souvent ceux qui parlent le moins. Ils ne veulent pas déranger, ni donner l’impression de mal gérer leur autonomie.
Le télétravail exige une vigilance humaine accrue. Cela suppose des temps d’échange qui ne soient pas uniquement centrés sur les tâches, une écoute sans agenda caché, et la capacité à accepter des fragilités sans chercher immédiatement à optimiser. Ignorer l’isolement, c’est le laisser s’enraciner.
| 6 | Appliquer des règles identiques à des réalités différentes |
Pour éviter les tensions et les accusations de favoritisme, certains managers imposent des règles strictement identiques à tous. Mêmes jours de télétravail, mêmes horaires, mêmes contraintes. Cette approche semble juste et rassurante.
Dans la pratique, elle est souvent contre-productive. Les métiers n’ont pas les mêmes besoins de coordination. Les niveaux d’autonomie varient. Les situations personnelles diffèrent fortement. Appliquer une uniformité rigide revient à ignorer la complexité du travail réel.
Le télétravail fonctionne mieux quand il repose sur un cadre commun clair, mais suffisamment souple pour permettre des ajustements. Cela demande du discernement, du dialogue et parfois le courage d’assumer des différences.
L’équité managériale ne consiste pas à traiter tout le monde de la même façon, mais à donner à chacun les conditions pour bien travailler. À distance, cette nuance devient centrale. Sans elle, le télétravail se transforme en règle administrative incapable de soutenir durablement l’engagement.
| 7 | Considérer que le télétravail est un sujet réglé |
Dans beaucoup d’organisations, le télétravail a été déclaré “réglé”. Une charte a été signée, des règles ont été fixées, et le sujet a quitté l’agenda managérial. Il est devenu un cadre figé, rarement interrogé.
C’est une illusion confortable. Le télétravail est un système vivant. Les équipes évoluent, les outils changent, la charge de travail fluctue. Ce qui fonctionnait hier peut devenir source de tensions demain.
Quand le télétravail est rangé dans un tiroir, les irritants s’accumulent. Les règles ne correspondent plus aux usages réels. Les collaborateurs s’adaptent jusqu’à l’usure ou au désengagement.
Les managers les plus solides sont ceux qui acceptent de remettre régulièrement le sujet sur la table. Pas pour tout renégocier, mais pour ajuster, clarifier, rééquilibrer. Le vrai risque n’est pas de faire évoluer le cadre. C’est de croire qu’il peut rester pertinent sans être questionné.
| 8 | Conclusion |
Le télétravail n’a pas rendu le management plus difficile. Il l’a rendu plus lisible. À distance, les habitudes approximatives, les flous organisationnels et les postures ambiguës apparaissent sans filtre. Ce qui tenait par la proximité ne tient plus par défaut.
Les erreurs décrites ne relèvent ni de la mauvaise foi ni de l’incompétence. Elles sont le produit d’un décalage entre un mode de travail nouveau et des réflexes anciens. Le télétravail oblige à clarifier ce qui était implicite, à formaliser ce qui était informel, et à assumer pleinement la confiance accordée.
Les managers qui s’en sortent le mieux ne sont pas ceux qui appliquent des recettes toutes faites. Ce sont ceux qui observent, ajustent et acceptent que leur posture évolue. Le télétravail n’est pas un simple aménagement. C’est une épreuve de vérité pour le management contemporain.

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