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7 lieux à ne pas rater lors d'un week-end à Casablanca

S'évader Par Eric Le Braz 15 septembre 2017

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Un air de dolce vita à Mers Sultan

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Prague, Amsterdam, Rome, Londres, Barcelone… Lisbonne ? Et pourquoi pas Marrakech tant qu’on y est ! Non, cet automne-hiver allez passer un week-end dans un Maroc hors circuit. Découvrez la monstrueuse beauté de Casablanca.

Elle n’a pas le climat sucré d’Agadir, le glam oriental de Marrakech, le parfum sulfureux de Tanger ou la somptueuse morgue de Fès. Entre deux vols pour un rendez-vous business ou pour visiter la grosse mosquée d’Hassan Bouygues pendant un transit, on la traverse sans la voir : Casa est mal fagotée, toute cabossée, suffocante parfois, polluée et embouteillée toujours.

Comme Mexico, Lagos, Le Caire ou Shenzhen, elle cumule les tares de toutes les villes obèses des nouveaux mondes qui grandissent trop vite, trop mal, trop loin.

A Casa, les immeubles qui bordent les voies principales sont massifs, rébarbatifs, posés sans cohérence comme des gros pâtés de sable et de béton le long d’un bouchon permanent.

A Casa, il y a tellement de panneaux d’affichages qu’on a parfois l’impression de circuler dans un dépliant publicitaire.

A Casa, les chauffeurs de taxis semblent rouler sous extasy, les bus concourir à des performances artistiques de grappes humaines… et on ne vous parle des soirs de derby entre le Raja et le Wydad, les deux clubs de foot locaux ; la ville semble alors livrée à une intifada rituelle tandis que les flics et les passants égarés récoltent les pierres perdues.

Mais on n’est pas là pour vous dégouter. La ville blanche a le potentiel d’être l’une des belles métropoles du XXème siècle à l’aune de Chicago, Brasilia ou Barcelone. 

Seulement, il faut prendre la tangente pour déguster cette cité astringente : lever les yeux des trottoirs squattés par les vendeurs de chaussettes pour découvrir les balcons art déco, les perspectives blanches et grises, quelques zelliges et même une poignée d’azulejos ; il faut imaginer la ville sans son acné parabolique pour apprécier les courbes streamline des immeubles paquebot ou la rigueur un rien intimidante de blockhaus Bahaus ; il faut trainer le soir dans ces cabarets chaâbi remplis de moustachus bourrés, décorés avec le goût sûr des bordels clandestins des années 70, faune et flore assorties ; il faut oser frayer dans les saoulodromes du centre ville et du quartier Mers Sultan, vibrer dans les bars rocks & raï plus ou moins éphémères et trainer jusqu’au matin sur la corniche entre les gigantesques piscines d’eau de mer et les boîtes destroy d’une ville hédoniste, anarchique, nihiliste, tectonique, frénétique, ultrachic, bachique… peuplée de bigots et de poivrots, de millionnaires vulgaires et d’altières sorcières.

J’ai vécu près de cinq ans dans cette incroyable cité. D’abord rebuté par les parures disgracieuses de la belle comme dans les premières lignes de l’Aurélien d’Aragon lorsque le héros rencontre pour la première fois son plus grand amour : « La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide ».  Puis, comme tant d’autres, je suis tombé amoureux de ce monstre qui ne sait pas longtemps dissimuler voiler sa beauté. Mais regardez plutôt… 

1 Les Habous, un concentré de Maroc éternel

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Jeux de lumières à la Mahkama du Pacha. 

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J’ai découvert ce petit bijou… trois ans après avoir quitté Casa. Comme les Parisiens qui snobent la Tour Eiffel et boycottent Montmartre, il m’a fallu revenir en touriste pour visiter la (sinistre) mosquée Hassan II et surtout pénétrer au sein de la Mahkama du Pacha, le joyau du quartier des Habous.

Ici, ce n’est plus Casa, c’est le Maroc. Mais un royaume idéal, inventé par deux architectes français  Auguste Cadet et Edmond Brion qui ont construit ex nihilo une médina au XXème siècle. Le charme de l’ancien avec tout le confort moderne. Blanche et sobre, la médina des Habous est dominée par cet étrange château médiéval de style plus ou moins arabo-Andalou : la Mahkama du Pacha. Devenu le siège de la région, cette merveille recèle un cloitre reposant et ces dentelles de stucs dignes des palais de Fès ou de l’Alhambra…

Mise à jour du 16 septembre : on me souffle dans l'oreillette que la Mahkama est fermée au public. J'ai pourtant réussi à y pénétrer... mais en suivant un groupe de touristes qui passait par là. On mène l'enquête et on actualisera.

2 L’immeuble Sony, vigie de Mers Sultan

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L'immeuble Imcama au coucher du soleil. Avec toujours une affiche en bas à droite pour gâcher la perspective. 

Un jour quelqu’un m’a dit : « Je t’invite à dîner dans le plus bel immeuble de Casa où tu auras la plus belle vue de la ville ». Je n’ai pas été déçu… et j’ai même eu la chance de vivre un temps dans l’immeuble Sony, de son vrai nom Incama, mais on l’a rebaptisé ainsi car il arborait pendant quelques années une enseigne pour le fabricant japonais sur le toit. Aujourd’hui, cette victime de la pub est toujours dénaturée par les panneaux d’affichage qui bouchent la perspective et obligent à prendre des photos en contre plongée...

Il n’empêche, quand on arrive du boulevard Moulay Youssef, en empruntant le bouchon traditionnel du parc de la ligue arabe, le petit Central parc de Casa, on a au moins le loisir d’admirer cette merveille Art déco qui verrouille, tel un coquet château fort triangulaire, le quartier de Mers Sultan.

Dans le détail, on découvre sur sa façade des zéliges qui encadrent les fenêtres et des drôles de tourelles qui, parait-il, étaient inspirées par les casques anglais de la première guerre mondiale. L’escalier intérieur en marbre et fer forgé est un monument de grâce comme les arcades en terrasse, clin d’œil à l’art des mosquées ou à la renaissance italienne. L’immeuble Incama, c’est une architecture inédite, alliance rêvée des droites et des courbes, des époques et des civilisations… 

3 Le crépuscule autour de la Wilaya

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La tour de la Wilaya veille sur le vieux centre.

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Casablanca est une ville de tours : gratte ciel paquebots, minaret de la grande mosquée, imposantes twin tower… et campanile de la Wilaya. Cette étrange importation toscane ornée d’une horloge est particulièrement fascinante à l’aube et au crépuscule. Elle toise alors la ville comme l’œil du Mordor…

4 L’immeuble Villa Paquet, c’est pas que beau c’est du paquebot

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Erigé en 1952 sur le boulevard Mohammed V qui aligne le long du tram une bonne vingtaine de chefs d’œuvre architecturaux art déco, ce petit gratte-ciel de pur style paquebot rappelle le premier d’Afrique construit à quelques encablures de là : l’immeuble Liberté, surnommé « le 17 étages ». Villa Paquet n’en a que 16, mais ils en impose aux passants grâce à une onduleuse harmonie, à peine  gâchée par une antenne parabolique.  

5 Street art : le nouveau musée à ciel ouvert de Casa

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Un transformateur transformé par Achraf El Kouhen et Dire132 

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Longtemps Casablanca, fut une métropole sans culture. On disait de la capitale économique du Maroc que ses seuls monuments étaient les cinémas et les parkings. Et c’est vrai qu’ils en jettent d’ailleurs ! Mais bon, pendant des décennies cette métropole de 5 millions d’habitants n’abritait qu’un seul musée, le touchant casajewishmuseum perdu dans un quartier résidentiel excentré. Puis le joli petit musée de la fondation Abderrahman Slaoui s’est installé dans une villa art déco. Et aujourd’hui, une demi-douzaine de musées privés sont en projet.

Mais Casa n’est pas une ville musée. C’est une expo permanente d’architecture à ciel ouvert et, depuis une poignée d’années, un haut lieu du street art. Les grapheurs auparavant relégués aux friches industrielles sont devenus des stars conviées par les écoles, les entreprises mécènes ou les agences de com’. J’ai assisté il y a quelques mois à un « vernissage » hyper hype d’une collection Bulgari customisée par un collectif d’artistes du street. Comme si les graffeurs du neuf-trois étaient conviés Place Vendôme...

Ce sont pourtant sur les murs de la ville blanche que les rois du street art s’expriment le mieux dans de gigantesques fresques réalistes et émouvantes représentant souvent le petit peuple casaoui…

6 Le plus grand moucharabié du monde

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Ceci est un mur.

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Au cœur du quartier de Mers Sultan, il est haut de dix étages ce moucharabié et il impressionne encore plus la nuit quand des lumières apparaissent derrière les claustrats. C’est la façade nord d’un immeuble singulier : la cité du Maréchal Améziane (ex cité Lyautey), l’ancêtre de tous nos grands ensembles. Erigé dès 1949 ce bâtiment gigantesque abrite toujours 200 logements de conception très moderne. En fait ce sont les pièces humides (salles de bains, cuisines, buanderies…) qui sont cachés par le moucharabié. Les pièces à vivre s’ouvrent sur des cours jardins.

La cité du Maréchal Améziane m’a toujours fasciné. C’est la bande annonce des cités de banlieue. Mais une bande annonce plus réussie que le film… 

7 Tagliatelles en plein ciel

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C’est un nouvel immeuble dans un nouveau quartier : Casa Marina, un district à vocation un peu futuriste dans le prolongement de la mosquées Hassan II. Ces balcons tagliatelles sont comme un clin d’œil au style paquebot de Casa. Mais c’est la partie la plus réussie d’un quartier d’affaires qui ressemble plus à Courbevoie qu’à Dubaï. 

Soyons indulgent, cette première tranche n’est que le début d’un projet urbanistique gigantesque, bardé de musées, d’un nouveau théâtre face à la Wilaya (conçu par deux enfants du pays, Christian de Portzamparc natif de Casa et l'architecte marocain Rachid Andaloussi), d’un aquarium, de ports de plaisance ou de croisière, de malls gigantesques et d’une ultime tour face à la mer avec un hôtel à l’intérieur. Tout ceci n'a pas l'air très eco-friendly. Mais ce n'est pas (encore) le genre de beauté de la ville blanche…   

8 7 + 7 conseils pour un week-end

1.  Miam miam

La meilleure table est probablement au Rouget de l’Isle dans un petit quartier art déco : cuisine créative impec. On trouve la place la plus pittoresque à la Taverne du Dauphin, une institution fréquentée par des journalistes, des intellos et des alcoolos (c’est souvent synonyme). Le meilleur rapport qualité/vue est au Pilotis, le resto de Tahiti beach sur la corniche, spécialité de poissons of course… 

 2. Le cocon pour les amoureux

Une seule adresse, pas donnée certes : le Doge, une reconstitution très réussie d’une ambiance d’entre deux guerres dans une villa Art déco surélevée. Toutes les chambres sont personnalisées dans une ambiance qu’on vous laisse deviner : chambre Joséphine Baker, suite Cocteau… 

3.  Casa by night 

Comme tous les touristes, vous pouvez aller prendre une Casa, la meilleure bière locale, au Rick’s Café, la vraie fausse reconstitution du bar mythique d’Humphrey dans  le film"Casablanca". Plus spectaculaire, un mojito au Sky 28, le bar sis au dernier étage d’une des twin tower avec vue plongeante sur la ville. Plus kilimini (contraction de « qu’il est mignon », quolibet pour désigner les gosses de riches à Casa), le Cabestan et sa vue sur l’océan et le sky bar et sa vue sur, heu, le sky ; plus sympa, le Titan dans le centre ville, bar popu en phase de boboïsisation qui ne perd pas son âme.

Passer une fin de soirée sur la corniche reste un must pour l’ambiance exotique et l’urbanisme étrange du lieu. par exemple au Balcon 33, resto à l'ambiance bigarrée qui se transforme en boîte à minuit Mais ce n’est pas là qu’on trouve les meilleurs restos, les bars les plus cool et les boites les plus sympas (même si le côté seventies un peu déglingue de la Calèche a son charme). On vous conseille plutôt le quartier Gauthier autour du Picasso et deux ou trois lieux dans le centre : l’ambiance décadente du Don Quichotte, hype du Casart ou survoltée du Missko

4.  L’escapade improbable

« Et si t'es encore triste

On ira voir les filles

Chez la madame Andrée

Paraît qu'y en a de nouvelles ».  

La mythique Madame Andrée de la chanson Jeff de Brel a bien existé, elle tenait le Sphinx, un bordel à Mohammedia à une demi-heure au nord de Casa, fréquenté par le Show biz et les barbouzes des années 60. A l’époque, surnommé petit Saint Trop’, Mohammedia ressemble aujourd’hui à Fos sur mer. Mais le lupanar vient de se transformer en hôtel de luxe et vaut le détour pour sa déco « chanson française » et son resto… « Chez Madame Andrée ». 

5. Faut pas flipper

Casa n’est pas un coupe gorge mais quelques règles basiques de sécurité sont à observer : ne pas laisser trainer son mobile sur les tables en terrasse, pas de signes ostentatoires de richesse dans les rues du centre assez popu, circuler en taxi la nuit, éviter les bus (mais le tram’ est sécure). En revanche, vous ne serez pas importuné par des gamins, des faux guides et des taxis escrocs comme à Arnakech. 

6. Profiter du dimanche matin

C’est le moment où Casa se repose et où la ville art Déco se laisse découvrir sans être recouverte par le tintamarre  permanent. C’est aussi l’occasion de flâner sur marché central ou d’aller bruncher marocain à la Sqala, sur les remparts de la Médina. 

7. En savoir encore +

-      Pour avoir une info honnête sur le pays, quelques sites francophones chers à mon coeur sortent du lot : TelQuel et H24

-      Pour explorer le patrimoine architectural de Casa, allez visiter le site de l’association Casamémoire.

-      Il n’y a pas que les monuments. Pollution, incivisme, insécurité… Pour voir la face sombre de Casa (mais aussi les moyens d'y remédier), allez faire un tour sur le groupe Facebook Save Casablanca.

-  Le site officiel du Centre régional du tourisme

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