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7 raisons de (re)prendre en main nos Données Personnelles

Savoir Par Odile Ambry 13 février 2019

7 raisons de (re)prendre en main nos Données Personnelles

Protection des données personnelles

pixabay
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Les nombreux scandales récents, dont l’emblématique Cambridge Analytica, ont démontré que nos données personnelles pouvaient aussi servir à faire basculer des votes ou des élections. En 2019, nos données personnelles sont l’objet de toutes les convoitises, et leur protection est un enjeu citoyen majeur. Tous concernés ?

Les données personnelles sont ces traces que nous laissons sur les plateformes numériques et applications. Notre nom, et nos coordonnées, reliés à nos visites et nos achats ou commentaires, sans parler de nos goûts, de nos choix, de notre orientation sexuelle, politique, religieuse... Très appréciées des marketeurs et des gouvernements, elles sont agrégées dans le but de créer des profils de plus en plus détaillés et précis de nos goûts, de nos affinités, et de ceux de nos proches. Quels sont les risques, les enjeux et comment protéger nos Données Personnelles ? Explication en 7 points !

1 Données personnelles : Si c’est gratuit, t'es le produit !

Tout repose sur cette phrase célèbre, devenue roborative. L’ensemble des services “gratuits” a évidemment un modèle économique autre que le paiement direct. À l’origine : l’agrégation de données personnelles, leur revente et leur traitement, qui rapportent plus d’argent et constituent le fameux “or noir” si souvent cité. 

Combien d’entre nous sont prêts à payer quelques euros par mois pour avoir accès aux principaux réseaux sociaux ? En réalité, nous payons déjà, sans nous en rendre compte, par l’intermédiaire du matraquage de la publicité, qui fait grossir les ventes et diminue la taille de notre portefeuille... même si chacun devant son écran s’y croit insensible. Dès lors, la question n’est-elle pas d’ordre psychologique ? Ne vaudrait-il pas mieux contrôler le coût d’accès à une plateforme via un abonnement, plutôt que de payer sans en connaître le montant via la publicité ?

Étonnamment, la question s’est posée sur l’accès à la musique en ligne et les plateformes de type Deezer ou Spotify sont entrées dans les moeurs sans grandes difficultés. Aucune ne revendique d’éthique sur la question des données personnelles pour autant, cumulant ainsi plusieurs sources de revenus… 

A contrario, des médias en ligne comme Mediapart ou Les Jours ont fait le pari de proposer des plateformes (ouvertement) payantes sans prédation de données personnelles. Et se portent bien économiquement parlant, à l’inverse d’une grande partie de la presse traditionnelle.

2 Données personnelles : Le carburant pour gonfler la valorisation des plateformes

Un sigle est dorénavant reconnu par le grand public, même s’il varie parfois. Les Gafa, Gafam (avec Microsoft dedans) ou Gafim (avec IBM dedans), voire Batx lorsque l’on parle des géants chinois du numérique massivement utilisés en Orient. Il s’agit là de multinationales dont les chiffres d’affaires battent bien souvent le PIB de certains pays, ce qui leur confère une “puissance de feu” importante. Ainsi Uber ou Airbnb ont modifié les rapports de force économique avec, dans ces deux cas, des bras de fer avec le milieu hôtelier et les municipalités des villes touristiques pour l’un et celui des taxis pour l’autre. 

Au-delà de la rémunération des services qu’elles proposent, ces entreprises acquièrent leur puissance sur un pari : grâce à la masse formidable de données personnelles qu’elles collectent, elles vont, à force de progrès technologique, affiner toujours plus la vente de services ou de publicité ciblée à leurs utilisateurs - et engranger les bénéfices qui en découlent. 

A ce stade, bien que fortement cotés en bourse, beaucoup de ces titans sont encore déficitaires… Nous contribuons donc, en utilisant Google, Amazon, Facebook et tant d’autres, à une civilisation qui veut pousser à son maximum la consommation de masse, et la transparence forcée sur la vie quotidienne. Notons également leur choix d’implanter leur siège social là où les profits sont faiblement taxés, contribuant ainsi au minimum à l’impôt dans les pays où elles engrangent des profits importants, grâce aux données personnelles de leurs citoyens !

3 Données personnelles : Démocraties sous influence numérique ?

L’affaire Cambridge Analytica a alerté le grand public sur les dangers de groupes qui agissent dans l’ombre, des sortes de contrebandiers des données personnelles ; ce sont les “data brokers”. Ils achètent ces données aux grandes plateformes, les travaillent grâce à des algorithmes, et sont soupçonnés d’intervenir via les réseaux sociaux pour influencer les élections. 

De celle de Trump aux États-Unis, au référendum sur le Brexit : connaître les individus (et leur entourage) via leurs habitudes et leurs goûts afin de leur envoyer des messages ciblés pour les amener à voter est une arme puissante - et très éloignée de l’idée que l’on peut se faire du débat démocratique. 

Ces élections “sous influence numérique” doivent nous amener à repenser le fonctionnement de notre système démocratique. A l’heure d'internet, quelles structures, quelles réglementations, quels comportements promouvoir pour que la délibération démocratique ne puisse plus être perturbée par ces manipulations ?

4 Données personnelles : Mais où sont les politiques ?

Au fur et à mesure des grands moments législatifs sur les questions high-tech en général, et plus récemment sur les données personnelles, un grand nombre de politiques s’est illustré par leur peu de connaissances en matière de protection des données personnelles. Cette ignorance - qui ne doit pas occulter les quelques parlementaires et ministres en pointe sur ces questions - est, certes, le reflet de la méconnaissance d’une majeure partie de la population.

Or, la prédation de nos données personnelles est une question centrale des libertés publiques, et s’opère au-delà d’internet. Nos données personnelles intéressent nos gouvernements, et en premier lieu les forces de l’ordre. Surveiller ses citoyens pour éviter les crimes (via notamment des caméras de surveillance dans les villes) ou les élucider devient une pratique mainstream, malgré des résultats très contestables, tant sur le plan du maintien de l’ordre que sur le plan économique. Et laisse craindre des dérives, que la Chine incarne déjà à son paroxysme via un système de notation “sociale” est mis en place. 

Sur la base des données personnelles émises par les individus, sur lesquelles le système chinois s’autorise un contrôle total, ce dernier autorise l’accès aux services publics, aux transports, aux infrastructures… Là encore, des algorithmes qui n’ont rien de neutre induisent des mécaniques de contrôle social qui vont à l’opposé de nos sociétés basées sur les Lumières et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. 

Veut-on d’un système dans lequel la fréquentation de citoyens dont la note sociale est basse fait baisser votre propre note, pour ne donner que cet exemple ? Cela n'est pas sans rappeler l'épisode Nosedive de la série d'anticipation Back Mirror

5 Données personnelles : Les objets qui nous espionnent à notre insu ?

L’avenir technologique semble être à l’internet des objets. Les usages se sont déplacés très vite de l’ordinateur au téléphone pour se disperser maintenant vers les objets connectés. 

L’automobile (et les déplacements), l'électroménager (et toute la maison), les montres et autres bracelets, les chaussures de sport, jusqu’aux brosses à dents : des puces enregistrent toutes nos actions au quotidien et en permanence. Y compris les plus intimes comme, par exemple, les applications qui aident les femmes à évaluer leurs moments de fertilité. 

Évidemment, cette multiplication de capteurs induit une masse prodigieuse de données personnelles, qui sont autant de possibilités d’analyser (certains diront espionner) notre vie personnelle sans que l’on en ait conscience. Les enceintes connectées (100 millions dans le monde fin 2018) sont une source d’inquiétude supplémentaire : allumées en permanence, elles captent les conversations ambiantes et les analysent sans véritable contrôle. 

Plusieurs scandales d’intrusion dans la vie privée ont amené leurs créateurs à rectifier les “bugs” sans pour autant prendre d’engagements, ni fournir de garanties.

6 Données personnelles : Des lois, des règlements ...

Initiative européenne d’ampleur née en mai 2018, le RGPD (GDPR en anglais) est le résultat typique d’un consensus européen, conséquence d’un long processus de discussion. 

Appliqué de façon très inégale selon les pays, il provoque une transparence accrue de ce que font les plateformes de nos données personnelles. En théorie, il veut accorder plus de droits aux citoyens en matière de contrôle de ce genre de données. 

En pratique, il n’est majoritairement pas respecté par les entreprises, souvent parce qu’elles manquent de connaissances pour le mettre en place, ou parce que leur modèle économique les incite à être le moins transparent possible sur l’usage de ces données. Mais aussi parce qu’il fait la part belle au contrôle citoyen, et implique donc que nous ne le prenions en main pour qu’il soit pleinement appliqué.

7 Données personnelles : A vos données, citoyens !

ebastille.org

La réglementation RGPD implique que les citoyens prennent en main la question de l’usage de leurs données personnelles, et leur donne pour cela des moyens légaux. L’avenir est ici moins aux initiatives personnelles qu’aux associations de citoyens engagés - au vu de la complexité des questions soulevées. 

Face à ces risques identifiés, plusieurs mouvements prennent donc au sérieux l’enjeu des données personnelles en réunissant en leur sein des compétences très diverses : technique et communication - pour n’en citer que quelques-unes. 

C’est notamment le cas de l’initiative e-bastille, lancée en 2017 pour appuyer des actions en justice contre les grandes entreprises qui bafouent nos droits en matière de protection de nos données personnelles. Elle s’est notamment engagée, en 2018, dans une action de groupe en justice contre Facebook, pour que soient corrigés les multiples infractions au RGPD constatées et afin que les citoyens européens soient remboursés du préjudice subi par ces infractions. Quoi de mieux que la crainte d’une lourde sanction économique pour faire respecter la loi par les grands groupes ! Il suffit de donner mandat à l’initiative en cliquant ici

Au moment où le pays est secoué par des revendications aussi sociales qu’environnementales, la question de la vie privée numérique pourrait paraître dérisoire. Elle est pourtant transversale et questionne notre rapport à la démocratie, à la consommation de masse et plus largement au monde (numérique) à laisser aux générations futures !

Article rédigé par Odile Ambry et Antoine Trouche, co-fondateurs de e-bastille

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