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Tout est Bon dans le Macron (ou presque)

Décrypter Par Antoine Couder 15 juin 2018

Tout est Bon dans le Macron (ou presque)

Portrait officiel du Président de la République Emmanuel Macron

elysee.fr
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Bientôt deux ans de présence médiatique et des punchlines qui travaillent en même temps la politique et la virilité. Être un homme libéré, tu sais, c’est pas si facile ...

Si, comme l’affirme l’affiche du nouveau spectacle de Jacques Mailhot, « Tout est bon dans le Macron» (actuellement au Théâtre des deux ânes),  il faut toutefois noter quelques nuances de goûts et d’assaisonnements. À travers quelques formules déjà célèbres, on peut dérouler le menu et découvrir qui se cache derrière ces entrées en matière. Attention, il y a à boire et à manger…  

1 Punchline d'E.Macron : Pas socialiste — août 2016

Après on s’étonne mais pourtant il l’a toujours dit … Il a même choisi une petite ballade avec son ami Philippe de Villiers pour le faire. Non, il n’est pas de gauche puisqu’il n’est pas socialiste ; et puisque le parti socialiste est au centre gauche et qu’il n’a échappé à personne qu’Emmanuel Macron ne s’est jamais situé à la gauche de la gauche, il était logique de considérer dès août 2016 qu’il était de droite.

Verdict : le candidat ne ment pas (trop) et n’a finalement jamais fait « comme si » c’est un (très) bon point pour la confiance et ça donne tout de suite le ton d’une Présidence qui se veut tranchée et tranchante.  

2 Punchline d'E.Macron : Mise à distance média – mars 2018

Il est sympa mais quand même, il ne faudrait pas imaginer que l’on a élevé les cochons ensemble. Le gars décontracté et moderne qui n’hésite pas à être cash sans tomber dans la sarkozyte aiguë a vite pris ses distances avec des journalistes qui, à vrai dire, étaient tout prêts à l’adorer… L’incident autour du déplacement des bureaux de la presse présidentielle dans une annexe de l’Élysée (début 2018), la loi sur les fake news qui agace plus qu’autre chose et, surtout, surtout, cette nouvelle disposition sur le secret des affaires (juin 2018) laissent entendre que la fête est finie.

Verdict : On sait que les liaisons peuvent être dangereuses entre premier et quatrième pouvoir surtout lorsque la presse — concurrencée par les réseaux sociaux — n’a plus forcément une bonne image dans l’opinion. En prenant ses distances, le Président réduit les risques de problème. Le souvenir du désastre François Hollande est encore dans toutes les têtes

3 Punchline d'E.Macron : C’est Ksassa sinon une grosse bourde — juin 2017

La vraie grosse maladresse d’Emmanuel Macron, c’est celle-ci : cette façon nonchalante de parler immigration et petite embarcation. Sans doute faut-il y voir un éloignement du sujet, à la fois politique et géographique. Mais elle constitue pour le coup une double erreur de stratégie alors que déjà, en 2017, le drame des migrants apparaissait aux yeux de tous et, particulièrement, des responsables politiques. Peut-être que le Président a un problème avec la navigation et le droit maritime (cf. Affaire Aquarius). Quoiqu’il en soit, sa gestion de la question des étrangers reste un peu confuse. Peut-être y a-t-il là un inconscient de la parole « libérée » du petit blanc à qui on ne l’a fait plus. Où est-ce le prix à payer aux électeurs du Front national que le futur Président a ravi à Marine Le Pen à l’issue du face-à-face d’entre les deux tours.

Verdict : Typique de l’ambiance actuelle et de la progression de la parole raciste dans la société française. Le Président suit le mouvement.

4 Punchline d'E.Macron : Un homme, un vrai

La BBC souligne sur son site qu’Emmanuel Macron, qui s’exprime « habituellement dans un excellent anglais », aurait dû employer le terme « delightful » ou « lovely » pour qualifier Lucy Turnbull, l’épouse du Premier Ministre australien. Delicious, en effet est un « faux ami »… Un temps empoisonné, le débat sur les réseaux sociaux s’est achevé dans la bonne humeur sur le thème du « sacré Français » ce qui est plutôt bon à prendre pour quelqu’un sensé représenter la France. Au final, on parle d’une bourde merveilleusement délicieuse » (« Macron's slip delightfully delicious »). Décrit en Pépée le putois (cf. cartoon Looney tune), cette histoire permet à Macron de changer d’image ; lui qui jusqu’alors était plus ou moins considéré comme bisexuel ou maniéré et dont le mariage reste toujours sujet à caution… Qu’on se le dise, le Président est un rude gaillard et considère que les femmes constituent aussi une sorte de nourriture terrestre. Esprit de Jacques Chirac, es-tu là ?

Verdict : glisser dans son style d’intellectuel fluet et un peu flou au niveau du genre, un zeste de masculinité hétérobrut de décoffrage : c’est la garantie de gagner des points dans les sondages.

5 Punchline d'E.Macron : Je n’ai pas d’amis – avril 2018

Taper sur un journaliste est devenu un sport de combat présidentiel et d’ailleurs, ça s’explique très bien : garantie de communiquer un sentiment de win, posture anti-victimaire qui tue dans l’œuf la mauvaise réputation de l’homme politique qui lui aussi n’a pas très bonne presse… Le « populisme » comme on l’appelle est ainsi souvent de l’ordre du « one man show » que le politique se doit de réussir pour emporter le respect de tous ceux qui — sur les réseaux sociaux — emploient leur temps à lire et déverser des contenus plus cruels les uns que les autres. Se farcir les deux journalistes vedette de la France critique était donc pour le Président un joli challenge dont il a tiré plein bénéfice notamment dans cette passe d’armes autour de ces liens supposés avec les plus riches : ce « non », cette main qui balaie martialement le plateau comme une mise en garde, le ton sans appel qui remet à sa place l’intervieweur et pour finir, cette petite mélodie de l’homme courageux qui n’a « besoin de personne en Harley Davidson ».

Verdict : comme précédemment, mais en plus brillant. 

6 Punchline d'E.Macron : Pognon de dingue – juin 2018

En fait, le Président aime l’argent (il a été banquier) et s’il aime les riches, c’est sans doute qu’il n’aime pas les pauvres ce que lui reproche, par exemple, l’écrivain et ex-pauvre Édouard Louis. Le jeu avec l’ambivalence de l’argent dans l’imaginaire français (du dégoût de gauche à la parodie des Tuches) est en train de devenir une spécialité d’un Président qui cherche à lutter contre les « tabous ». Sa dernière saillie est particulièrement remarquable dans la mobilisation des fantasmes qu’elle soulève immédiatement : en réduisant la chose à la crudité de sa fonction (le pognon) en invoquant la sensation plus que la raison (dingue) il parle à l’avidité de ceux qui en veulent plus (et pas forcément ceux qui en ont le moins…).

Verdict : Les leçons du café du commerce (toi aussi, tu aimes ça avoue) ont porté et permettent de jouer avec cette veule camaraderie qui fait les bons résultats électoraux.

7 Punchline d'E.Macron : Paie-toi un costard - mai 2016

Se payer un costard plutôt que de s’en faire tailler un, c’est le retournement subtil auquel opère Emmanuel Macron alors encore candidat qui semble vouloir rétablir une sorte de modèle vertueux de l’économie capitaliste dont les excès sont dénoncés ici. Ce fameux costume qui vous change un homme (vs grévistes en polo), il faut travailler pour se le payer ce qui signifie littéralement que le « travail paie » et ramène à une définition très claire des impulsions que souhaitait donner Emmanuel Macron à sa politique sociale : responsabiliser, motiver et non plus corriger ou indemniser. « Libérer les énergies » donc et mieux utiliser ce pognon de dingue qui toujours selon le Président ne permet pas vraiment aux « assistés » de se payer un beau costard et donc de mieux s’intégrer. À noter que le costume longtemps considéré comme un signe de nanti est redevenu un vestiaire assez branché depuis que la plupart des Français partent travailler en jean basket s’ils ne sont pas carrément tatoués. De plus, le costume crée un effet d’uniforme qui gomme les différences sociales et met donc tout le monde au même niveau. Un plus pour un Président qui veut lutter contre les inégalités.   

Verdict : un inclassable du style présidentiel : enchaînement jab, cross et uppercut. La politique est bel et bien un sport de combat.

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