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Par Laurent Philibert April 04, 2017

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Les débateurs font souvent les mêmes erreurs. Alors, si vous passez à la télé ce soir sur une chaine d’infos, lisez cet article avant de parler ! 

1 L’agressivité

Il est d’abord tentant pour un candidat en campagne d’adopter un ton agressif dans ses réponses et à l’encontre de ses concurrents en vue de les déstabiliser ou de consolider une image de candidat déterminé. Cependant, une trop grande concentration de violence est préjudiciable pour celui qui cherche à rallier le plus grand nombre : le risque de tomber dans la caricature est fort et, surtout, cette tonalité est loin d’être favorable à l’échange qui est pourtant l’enjeu d’un débat, politique ou non.

Autre exemple d’agressivité, celle qui consiste à couper la parole comme a pu le faire quelquefois Benoît Hamon, à l’apparence déjà sévère et à la mine austère : en ne permettant pas aux autres membres du débat de terminer leurs phrases. Il risque de moins intimider ses concurrents que de ne s’exposer à la raillerie. 

2 L’usage d’éléments réducteurs

Si user d’un ton trop agressif n’est pas une stratégie pérenne dans un débat, faire profil bas n’est pas non plus la stratégie à adopter. Un débatteur peut être tenté de prendre une posture d’humilité, dans ses arguments et contre-arguments, de moduler ses phrases à grand renfort d’adverbes de quantités, tels que « assez » ou encore « presque ». Mais le risque dans ce cas est de passer pour trop frileux pour s’exposer et pour pas assez sûr de soi. Si l’on n’est pas convaincu soi-même, comment alors convaincre les autres ?

De même, le « manque de pugnacité »[1] de Fillon et sa position de retrait durant toute la première partie du débat du 20 mars dernier afin de laisser les autres candidats « s’écharper entre eux », comme le relève Vanessa Schneider dans un article du « Monde.fr », s’oppose à la posture qu’est censé adopter un candidat en campagne. 

3 Un mauvais dosage du rationnel et de l’émotionnel

Ces deux premiers points tendent ainsi à confirmer l’importance d’un dosage équilibré entre le rationnel et l’émotionnel, essentiel à toute prise de parole en public. Mais c’est une absolue nécessité lors d’un débat qui vise à convaincre en présence d’autres personnes qui ont le même objectif. Aussi, il ne sert à rien d’obliger à passer par la raison si c’est l’émotion qui est demandée, et inversement.

Si certains candidats s’illustrent par un recours massif à la raison, à l’instar de Benoît Hamon, d’autres usent également à outrance de l’émotion, tel Jean-Luc Mélenchon, qui a toujours un bon mot pour ponctuer ses prises de parole. S’il s’agit assurément d’un élément de son succès, une utilisation immodérée de l’humour pourrait se retourner contre lui, car c’est bien avec difficulté qu’il instaure une image de « présidentiable ». 

4 Des arguments trop longs

Le dosage est également capital dans la longueur des arguments avancés. En effet, des arguments trop longs, trop détaillés, trop dilués, ne peuvent que manquer leur cible. C’est un principe de la communication : lors d’une prise de parole en public, il est nécessaire de se concentrer sur les faits et d’être synthétique, rien ne sert de tourner autour de l’argument pendant de longues minutes. Un bon argument doit pouvoir être énoncé aisément et retenu facilement par le public-électeur.

Benoît Hamon par exemple, par sa volonté d’être très – trop – précis sur tous les sujets, s’est attiré en mars les sourires presque condescendants des autres candidats, faute de condenser ses propos. 

5 La réflexion en creux

Commencer ensuite sa démonstration par un problème, comme le font fréquemment les hommes politiques, en faisant bien souvent recours à l’émotionnel – ton alarmiste, colère, peur … - a pour effet négatif de faire oublier aux récepteurs le remède ou la vision proposés, alors que c’est justement le cœur de la prise de la parole. D’une part, seul le problème reste en mémoire, et d’autre part, la spécificité du candidat est complètement oubliée ! Enfin, quel intérêt il y a-t-il à perdre de précieuses secondes de temps de parole pour énoncer un problème, alors que celui-ci est nécessairement en creux de la solution ? Si de surcroît cette formule en creux vient en réponse à une objection ou une invective, elle parfume la contrattaque de justification alors qu’elle aurait mérité de la force et de la solidité.

6 Commencer par des bilans

Pour les mêmes raisons, commencer par des bilans des actions menées par le « camp » - ou le candidat - adverse n’est pas une stratégie judicieuse. En effet, reprendre toute une chronologie des mandats précédents en insistant sur leurs échecs peut, au mieux, ennuyer les récepteurs dont la majorité est déjà au fait des évènements et qui demandent justement à sortir de ces échecs, au pire, contribuer à créer un climat anxiogène qui, là encore, fait oublier les spécificités du candidat. En somme, on ne convainc pas avec du réchauffé, du « comme vous le savez », mais avec de la nouveauté !

Il s’agit d’un biais commun à tous les candidats, mais certainement plus encore de ceux qui ont toujours été dans l’opposition, comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Ne pouvant être attaqués sur ce terrain, ils insistent toujours avec fermeté – et une pointe de plaisir sans doute – sur les échecs passés des partis majoritaires et de l’alternance. Ce faisant, il est plus difficile encore pour le récepteur de saisir leur programme, dans la mesure où le verre semblant toujours à moitié vide, il devient malaisé de comprendre à quoi il pourrait ressembler étant plein. 

7 La précipitation

Enfin, le dernier élément pouvant « tuer » la conviction et la prise de parole est la précipitation. En effet, un argument peinant à venir, mâchonné, envoyé dans la précipitation et sans respiration fera le pschitt de Chirac. A l’inverse, le même argument dit précisément avec à-propos et bénéficiant d’une articulation très soignée, d’un rythme maîtrisé, de ruptures assumées devient une flèche incontournable.

Tout est finalement une question de précision et de soin ! L’enjeu des débats et leur charge émotionnelle peuvent vite avoir raison de cette précision en rendre fébrile le candidat. La respiration alors se fait plus courte et rapide, entraînant une accélération du rythme général. La tension musculaire ne manquera pas d’abîmer le travail nécessaire de la langue, des lèvres et des mâchoires. La seule solution pour reprendre la main consiste à utiliser ce surplus d’énergie qui nous précipite non dans la rapidité d’exécution, mais dans le souci extrême du détail.

8 7 + Il faut savoir se débarrasser de ses réflexes...

Pour conclure, il y a de nombreux pièges dans lesquels peuvent tomber les candidats ce soir et qui sont mêmes de véritables réflexes oratoires dont il est difficile pour les politiques de se départir. 

Si ces pièges sont communs à toute situation de prise de parole en public, ils peuvent avoir des conséquences catastrophiques dans ce type d’échanges où il s’agit bien de convaincre par la confrontation directe et où le temps de parole est équilibré à la seconde près. 

Mais surtout, pour le récepteur, il est nécessaire de connaître et de prêter attention à ces différents biais qui parasitent la communication et la conviction afin d’avoir tous les outils pour comprendre cette confrontation exceptionnelle. 

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