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7 indices pour débusquer un authentique paranoïaque

Décrypter Par Hervé Resse 23 janvier 2019

7 indices pour débusquer un authentique paranoïaque
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« Fais pas ton parano !.. » « Je sais pas ce qu’il a, en ce moment, Hervé : il vire parano ? ». Depuis ces fameuses (fumeuses, aussi) années 70, où il était de bon ton d’injecter du vocabulaire psy dans tout propos, le terme « parano » s’est imposé comme un synonyme un peu fort, pour désigner quelqu’un de « soupe au lait », voire nettement « susceptible ». Ce qui est en réalité très différent du vrai paranoïaque !

Disclaimer ! Autant le préciser d’emblée, pris isolément, aucun des indices développés plus bas ne suffit à définir une personnalité paranoïaque. Chacun de nous a ses petites qualités et ses gros défauts. Ou l’inverse. Avoir dans sa panoplie personnelle une, ou quelques tendances ici présentées, ne vous classe pas pour autant dans le registre de la psychose, qui est une maladie mentale installée dont le sujet n’a pas lui-même conscience.

On pourrait nous faire remarquer que la paranoïa n’apparait plus dans la version 5 du DSM, dernière édition publiée du « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux » de l'Association Américaine de Psychiatrie, parue en février 2018. Mais ce livre de référence est loin de faire l’unanimité: de par le monde nombre de critiques lui sont adressées. On pourrait en lire ici un bon résumé. Par ailleurs, ne pas citer le mot ne supprime pas la réalité des comportements souvent difficiles à gérer, voire dangereux, associant des délires différents, et des troubles de comportement. 

La paranoïa a de multiples ressorts, et sa signification a évolué avec l’état des recherches, comme il est normal. Toutefois on pourrait prendre comme point de départ la définition qu’en donnait Emil Kraepelin, fondateur de la psychiatrie moderne : « un système délirant durable et impossible à ébranler, et qui s’instaure avec une conservation complète de la clarté et de l’ordre de la pensée ».

Cette définition est intéressante car elle met plusieurs points en évidence. 

« Système délirant durable », souligne que le paranoïaque est hyper logique et structuré. Dans son délire, tout fait réel qu’il observe viendra renforcer sa conviction préétablie. « Impossible à ébranler » est un deuxième point : rien ne le fera jamais changer d’avis, puisque il SAIT. Par ailleurs cette « conservation complète de la clarté et de l’ordre de la pensée » signifie qu’un paranoïaque, - à la différence du schizophrène - est toujours quelqu’un de très socialisé. Il travaille, il fait du sport, il a une famille, il participe à des associations. Il est partout où il pourra porter sa bonne parole. Cette socialisation lui est même indispensable, puisque le paranoïaque a un message à faire passer au monde. Il a pour son entourage de (très) hautes ambitions. Tout ira bien tant que vous ne venez pas les remettre en cause, si peu que ce soit… En n'oubliant jamais, toutefois, que lui-même se situe à des hauteurs que vous ne pourrez jamais atteindre.

En France, on reconnait trois sous-types à la maladie que sont :
1. Les délires d’interprétation : sens aberrant donné à des faits réels. Par exemple théories du complot, sentiment de persécution…

2. Les délires passionnels : jalousie, érotomanie, revendications aberrantes.

3. Les délires de relation des sensitifs : intériorisation de hautes valeurs morales, reposant par exemple sur l’orgueil, la susceptibilité, la culpabilité. 

Il faut y ajouter le trouble de la personnalité paranoïaque, « caractérisé par une méfiance soupçonneuse envahissante envers les autres, dont les intentions sont interprétées comme malveillantes », nous dit la revue « Annales Médico-psychologiques », revue psychiatrique en septembre 2018.

On le voit, un tel diagnostic ne saurait jamais être établi « à la va-vite », à partir d’un simple comportement un peu bizarre, quand bien même il serait récurrent chez la personne. Toutefois, quand une personne manifeste de façon répétée un bon nombre des comportements ci-après, et se retrouve presque systématiquement en situation de conflit dès lors qu’on pense différemment de lui… Il peut y avoir matière à s'interroger. Et sans devenir soi-même parano, matière à se méfier. Car la décompensation (crise aiguë) chez le paranoïaque peut être dévastatrice!

1 Le paranoïaque SAIT. Et il a RAISON.

7 indices pour débusquer un authentique paranoïaque
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Déjà, rappelons qu’on se situe dans le registre de la psychose. Un vrai paranoïaque ne se vit jamais comme tel. S’il en avait conscience, il ne le serait pas ! Du coup inutile de chercher à lui faire admettre qu’il l’est ! C’est PRECISEMENT ce qu’il ne pourra jamais entendre. Une de ses certitudes est que dans sa logique, - et dieu sait s’il est TRES logique : "Il SAIT". Il a raison. Il ne peut sur quelque sujet que ce soit, y avoir une opinion contraire à la sienne. Dès lors, de deux choses, l’une : vous êtes en accord avec lui, et tout va bien. Vous êtes en désaccord ? Il conclura que vous êtes CONTRE lui. Le traiter de paranoïaque lui fournirait une preuve supplémentaire qu’il a raison. 

Ce trait premier va de pair avec une surestimation de soi, de ses valeurs, de ses principes, de sa vision du monde ; et symétriquement la sous-estimation des autres, qui ne pourront jamais être à son niveau. Sans viser personne particulièrement, chacun pourra trouver des exemples, certains politiques ont ce talent pour dénigrer l’interlocuteur, le prendre de haut, lui donner du « mon petit monsieur ». 

Mais bien sûr, toute personne exprimant un leadership n’est pas forcément un paranoïaque.

2 Le paranoïaque vit tout désaccord comme une agression

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Il en éprouvera de la rancœur, il est rancunier, il ne pardonne rien, ne sait pas "passer l’éponge". Si vous n’êtes pas en accord avec lui, il se sentira - à tort - blessé, humilié, insulté le cas échéant. Avoir sur un sujet une opinion différente de la sienne, est reçu comme le témoignage manifeste que vous lui en voulez. Cette émotion débouchera nécessairement sur une relation agressive. Qui bien entendu ne viendra jamais de lui, et toujours de vous. Sa méfiance est permanente.

Le paranoïaque pourra souvent manifester de la déception : vous l’avez trahi, déçu, et il ne l'oubliera pas. Ce type de comportement est renforcé par une incapacité totale à l’autocritique. Jamais il n’admettra qu’il a pu se tromper. Dans son système, il n’y a aucune place pour le doute, même (et surtout !) quand il vante les vertus morales du doute, précisément. 

3 Le paranoïaque se vit lui-même « comme un territoire »

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Cette méfiance, ce sentiment permanent que son entourage lui veut du tort, repose sur ce principe. De même qu’un territoire a des frontières, qu’elle doit protéger, la personne paranoïaque est sur le qui-vive, persuadée qu’on va lui nuire, le tromper. Ce qui revient à menacer son espace vital, le réduire, l'anéantir, pourquoi pas. Dès lors, et sachant que la meilleure défense c’est l’attaque, on peut ici risquer un point Godwin. Au cœur de la paranoïa du dénommé Adolf Hitler, on trouve (entre autres symptômes) cette fusion entre le Peuple, l’État et le Chef : « Ein Volk, Ein Reich, Ein Führer ». La mégalomanie, désir de puissance et amour exclusif de soi, est un ressort commun chez tout dictateur. Mais on pourra aisément le trouver chez un chef d’entreprise, un leader de parti ou de toute autre institution.

Cette tendance à se vivre comme un territoire peut se manifester par le sentiment fort, jusqu’à l’extrême, que l’enfant de la personne paranoïaque n’est pas une personne, mais « un morceau d’elle-même », une simple extension, une sorte de province sous tutelle. Elle exprimera en tout un autoritarisme tyrannique, qu’elle niera farouchement, accusant au contraire l’enfant de lui être rebelle, opposant, mutin.

4 Le paranoïaque veut tout contrôler

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Ce n’est même pas qu’il veut tout savoir ; c’est qu’il FAUT absolument qu’il sache ! Dans son système, il ne peut y avoir de place pour quelque chose qui lui échappe. Il veut maîtriser les tenants et aboutissants, il craint en tout le mensonge, la dissimulation, le secret. Sauf pour lui-même, où il le cultivera bien au contraire, de crainte que ce qu’il aurait pu laisser voir se retourne contre lui.

On retrouve alors la méfiance, la sur-interprétation des faits. Le moindre comportement d’une personne, ami, collègue, amoureux, peut donner lieu à d’improbables constructions intellectuelles où la personne sera victime, exploitée, dévalorisée. Et l’agressivité là encore, sera la réponse obligée. Le soupçon, la crainte du complot, la peur de l’infidélité, sont autant de peurs récurrentes. Mais une fois encore, c’est la répétition et le caractère systématique, qui distingue l’inquiétude banale, voire l’anxiété, de la paranoïa.

Mais comme le disait plaisamment le grand l’immense Pierre Desproges : « Ce n’est pas parce que je suis paranoïaque qu’ils ne sont pas tous après moi ».

5 Le paranoïaque délire

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Parmi maintes sources d’information, le site en ligne Doctissimo rappelle que dans le « délire paranoïaque » la personne atteinte ne se rend pas compte de sa maladie. 

Et sa capacité d’invention (le délire) sera déconcertante. Cela peut aller du sentiment d’être surveillé, harcelé, à l’invention d’une théorie aberrante, religieuse ou politique. Le complotisme, tellement à la mode depuis l’essor d’internet, relève souvent du délire paranoïaque, même s’il peut évidemment exister « des vérités qu’on cache ». Il y a dans certaines croyances « paranormales » un ressort qui peut relever de la paranoïa : le sujet se persuade qu’il est nanti de pouvoirs hors du commun, investi d’une mission, ou élu d’une société supérieure.

Le paranoïaque peut aussi se persuader d’être le centre de toutes les attentions, et la proie des désirs sexuels de son entourage, ce qui peut déboucher sur des conduites d’érotomanie (délire d'être aimé).

Dans les cas de dépressions majeures, certains paranoïaques peuvent commettre des passages à l’acte violent, contre autrui ou contre soi (suicide). Ils peuvent organiser des suicides à plusieurs, comme on l'a vu dans certaines affaires liées à des sectes.

6 Le paranoïaque veut la Loi de son côté

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De tout ce qui précède, on devine bien que le paranoïaque attire les conflits comme l’odeur du melon attire les guêpes en été. Ou soyons plus précis: ce n'est pas tant qu'il les "attire", il les provoque, ou peut les créer de toutes pièces. 

Étant d’une nature psychorigide, et partant du principe que ses interprétations (fausses) de faits (réels) lui donnent en toutes choses raison, il lui faut plus que tout judiciariser, faire des procès. On pourra le trouver d’un côté ou de l’autre de la barricade, mais avec toujours cette même volonté de prouver qu’il avait bien raison. Dans les phases de décompensation (crise), la menace du tribunal sera un argument majeur et répété.

Il s’en prendra aux employeurs, ou à l’État, aux médecins, au conjoint qui le trompe. Il se retrouvera plus souvent qu’à son tour dans des conflits de rivalités ou de loyauté où il claironnera son bon droit. Dans une crise paranoïaque, ce besoin de prouver, donc de tendre des pièges, de calculer, pour s'assurer un illusoire triomphe, pourra le conduire à tous les excès. C'est pourquoi le paranoïaque n'est pas seulement "une personnalité difficile". Elle est dangereuse, car elle peut mettre en péril à elle seule la cohésion d'un groupe, et passer d'une violence symbolique à une violence réelle.

On aurait envie de donner des exemples de colères médiatisées, mais il faudrait donner des noms… Cherchez parmi nos tribuns, vous en trouverez sans doute !

7 Le paranoïaque veut prendre la place symbolique du « Père »

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Au plan psychanalytique, et même si cette présentation peut par les temps qui courent apparaitre un peu trop « genrée », ne prenant pas suffisamment en compte la diversité des typologies de familles (monoparentales, homosexuelles, recomposées, voire décomposées), on a longtemps proposé le schéma suivant : l’enfant et sa mère sont au départ en symbiose, dans le prolongement de la grossesse (ou gestation pour qui préférerait ce mot). 

L’enfant va progressivement se découvrir lui-même, découvrir que l’autre n’est pas lui, et que sa mère et lui ne sont pas qu’un. Les psychanalystes estiment que le rôle du père dans cette construction de soi, est d’incarner ce tiers symbolique qui devient « la Loi », et va permettre l’individuation de l'enfant. Le paranoïaque ne se soumet pas à ce schéma: il veut incarner cette puissance symbolique, prendre la place du Père. Non pas en devenant père à son tour, ce qui est le sens de la vie, mais en s'appropriant ce qu'il voit comme la toute-puissance paternelle. 

Cette psychose apparaît plutôt chez l’adulte ou l’adolescent que chez l’enfant. Attachés à ce pouvoir symbolique du Père, seront la volonté de toute puissance, les rêves mégalomaniaques, l’orgueil démesuré. 

C’est en quoi le paranoïaque se distingue du pervers. Celui-là NIE l’existence de ce pouvoir symbolique. Pour le pervers, avoir le pouvoir n’est qu’un moyen, celui d’accéder à sa vraie quête qui est la jouissance pure. 

Le paranoïaque est empêché dans sa jouissance par l’autre, par la crainte d’être contredit, contrarié, menacé. Il est rarement heureux, car la menace fantôme ne cessera jamais.

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