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7 jours de faits divers

Savoir Par Arnaud Levy 08 avril 2016

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“A 50 personnes connectées, je claque le téléphone par terre !”  

capture écran Periscope
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Ils sont parfois plus bêtes  que méchants, terrifiants ou invraisemblables : les faits div', c'est la (aussi) la vie ! 

Qu’ils nous effraient, nous indignent, nous affligent ou parfois même nous amusent, on trouve aisément 7 bonnes raisons d’aimer les faits divers.

1 Parce que – pour s’en tenir aux mythes fondateurs judéo-chrétiens–  tout a commencé par dans un fait divers : un adultère (Eve et le serpent), un vol (Adam et la pomme), une expulsion (Dieu et le jardin d’Eden) et finalement un meurtre (Caïn versus Abel)

2 Parce que ce n’est pas pour rien que les ventes de polar soutiennent le marché de l’édition.

3 Parce qu’ils ne discriminent personne : que l’on soit jeune ou vieux, homme ou femme, puissant ou misérable, on est tous potentiellement nominable pour un scénar de série noire.

4 Parce que, pour paraphraser Elisabeth Badinter, il n’y a au fond pas plus de honte à aimer les faits divers  qu’à être traité d’islamophobe par un salafiste ou une islamo-gauchiste.

5 Parce que parfois le théâtre de larmes d’une cour d’assises concentre autant de tragique que  les textes classiques d’Eschyle ou Sophocle, de Corneille ou Racine.

6 Parce qu’il peut suffire d’un seul fait divers pour donner des cauchemars à la société toute entière.

7 Parce que si un seul fait divers ne nous dit pas toujours quelque chose sur la société une série ressemble souvent à un fait de société.

La preuve en 7 jours.

1 Flingage en direct sur Facebook

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Et le téléphone continuait de filmer....

Capture écran Facebook

Théâtre social contemporain, Facebook (qui accélère sur le Live pour contrer la montée de Periscope) peut aussi être celui d'un crime. C'est arrivé en direct jeudi 31 mars sur la timeline de Brian Fields. L'homme de 31 ans, revenait dans son ancien quartier de West Englewood, tenu par les gangs et régulièrement classé comme l'un des plus dangereux de Chicago. Il venait de quitter sa mère et se filmait en mode selfie devant une épicerie fermée. 

Sur la vidéo,  diffusée en temps réel, on le voit, casquette des White Sox sur la tête, plaisanter en disant qu'il va ouvrir le local pour s'y cacher. Soudain des coups de feu retentissent, le téléphone tombe à terre, filme le ciel puis un homme qui passe bras tendus sur le flingue en vidant le chargeur. L'agresseur a pris la fuite.  La victime a été hospitalisée en état critique. Guerre des gangs? Vengeance contre Brian Fields, alias "Sugar Ray", condamné pour meurtre en 2009? Avec déjà 135 homicides au compteur, Chicago connait son plus violent début d'année depuis 1999. En 2016, cette violence déborde des quartiers chauds sur les réseaux sociaux. 

2 Seule la bêtise n’était pas factice

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Eux ne doivent pas suivre l’actualité du PSG. Ils n’ont pas dû être sensibilisés par les déboires de Serge Aurier aux inconvénients d’un usage non maitrisé de Periscope. Ou alors une surexposition aux ondes téléphoniques a peut-être contribué à occasionner une pénurie de neurones. Deux employés de SFR ont obtenu, le 31 mars, leur journée de célébrité en détruisant en live le téléphone en réparation d'un client qui avait eu le mauvais goût de leur “casse(r) les couilles”. Tout sourires, les loustics préviennent qu'à 50 connectés, ils “claque(nt) le téléphone par terre”, prenant soin d'attester “sur le coran” que celui ci n'est pas factice. Et à la fin de l'envoi, ils claquent.

Identifiés et licenciés par SFR, ils seront en situation de goûter à la flexibilité du marché du travail, revue ou pas par loi El Khomri. La bêtise des uns faisant le business des autres, on peut prédire que la cote de l'appli, déjà boostée par l'affaire Aurier, va encore grimper. Le client, lui, a gagné un téléphone neuf.

3 Marseille : et pour trois morts de plus

Trois d’un coup. Trois vies fauchées, dans la soirée du 2 avril, devant une petite épicerie de la cité Bassens à Marseille. À équidistance entre l’hôtel de police et  un point de vente des dealers. Parmi les victimes, prises pour cible par les tireurs alors qu'elles regardaient le classico Barça-Real, Othmane 21 ans, enfant de la cité, sportif,  étranger aux gangs, victime collatérale de la guerre des stups. Non loin, un gamin de 12 ans a été retrouvé vivant planqué derrière le frigo

On a entendu la sénatrice Samia Ghali pousser un nouveau coup de gueule contre l'indifférence. On a peut-être lu que des habitants demandaient l'intervention de l'armée. On s’est peut-être ému mais on oubliera jusqu’à la prochaine fois(*), où, peut-être, on oubliera encore plus vite

Que dire pour se rassurer ? Qu’on est encore loin de la désintégration à la mexicaine ? Qu’au petit matin en bas des barres des quartiers nord, on ne trouve pas encore de corps pendus ou les têtes coupées ? Mais on trouve déjà l’apparente irréversibilité de la ghettoïsation à l’américaine. Le crescendo de la chronique criminelle marseillaise et de la relégation dont elle est le marqueur, donne une dimension tragique à l’expression “zone de non droit” et laisse par sa récurrence le double sentiment d’un “fatum” sanglant et d’un engrenage hors de contrôle, hors de prise du politique, du social, du judiciaire ou du policier. Faussement hors sol à une encablure du centre de la deuxième ville de France.

(*)Ça n’a pas tardé : deux jours plus tard un nouveau règlement de compte faisait un nouveau mort dans les quartiers nord.

4 Tuer pour un portable

Naître. Grandir. Être aimé. Aimer, les siens, les amis, les autres, la vie, la musique, le rugby et surtout le théâtre. Avoir 19 ans, le bac en poche, la vie devant soi. Etudier l'économie, rêver de devenir comédien. Rentrer de cours, aller retrouver sa petite amie, et mourir, dans le hall de son immeuble, d'un coup de couteau au cœur. Pour un téléphone portable.

Lundi 4 avril, Michaël et Christophe Houwer, des jumeaux de 21 ans au moment des faits, ont comparu devant la cour d'assises des mineurs de la Gironde pour le meurtre d’Alexis Moulinier, le 5 mars 2014 à Talence. À leurs côtés dans le box Manon, 17 ans, qui avait repéré Alexis.

Les frères ? Une vie comme un chaos. Enfance placée, déscolarisation précoce, parents adoptifs violentés. Voleurs compulsifs, toxicomanes à la dérive, ils avaient, a indiqué le père de la victime, agressé des enfants trois mois auparavant, avaient été arrêtés, jugés et relâchés. Avant de croiser le chemin d'Alexis.

Le soir des faits ils avaient revendu le téléphone pour 50 euros. Le prix de deux barres de cannabis. Le prix d'une vie. Ils ont été condamnés à 20 ans de réclusion criminelle, leur complice à six ans de prison. 

5 Le bébé était dans la voiture, le père dans le club de strip-tease

Le fait div’  a ses classiques réitératifs. Le bébé oublié dans la voiture en est un, dans lequel on voit parfois un symbole de la démission parentale ou de la difficulté de certains pères à gérer en même temps la course au boulot et la course à la crèche. Le bébé laissé pour aller danser ou faire la fête, suscite bien moins d'indulgence. À Los Angeles, Auwie Dargin, 24 ans, a renouvelé ce genre et gagné une place de choix dans son “hall of shame”.

Mardi 5 avril, il a été officiellement accusé de maltraitance sur enfant après avoir laissé seule sa fillette de 9 mois sous une forte chaleur pour s'offrir du bon temps dans un club de strip-tease. Le 9 mars, un employé du "Synn's Gentleman Club",  avait remarqué les allers retours du client entre le club et le parking. Accompagné d'une serveuse, il a trouvé le bébé pleurant dans la voiture dont la fenêtre était partiellement baissée, et a réussi à forcer l'ouverture pour la libérer.

Auwie Dargin était sur la piste, prêt à recevoir sa “lap dance”, quand on lui a signifié qu'on avait trouvé son enfant. Celle-ci a dû être hospitalisée en raison de son état de déshydratation. À l'audience, le père a plaidé non coupable.

6 Suicide : la mort comme échappatoire

Tout d'un coup on a reparlé de la prison, de la justice, de leurs dysfonctionnements, de leurs manques de moyens. Dans la nuit du 4 au 5 avril, Romain Farina, 46 ans, s’est pendu dans sa cellule de la maison d'arrêt de Corbas. Accusé d'avoir violé ou agressé sexuellement des dizaines d'enfants, l'ex-directeur d'école de Villefontaine (Isère) avait déjà tenté de mettre fin à ses jours l'été dernier. Placé à l'isolement il aurait dû faire l'objet d'une surveillance rapprochée, laquelle aurait été allégée faute d'effectifs.

Pour les victimes et leurs proches, un procès pénal est une épreuve, une confrontation, une catharsis, une nécessité, jamais une compensation. L'absence de procès est une offense, une privation de vérité. Les parents des enfants abusés avaient déjà crié leur colère en apprenant que la condamnation de Romain Farina, en 2008, pour téléchargement d'images pédopornographiques n'avait pas été signalée à l'Education nationale. Une loi a depuis été élaborée qui obligera la justice à transmettre aux administrations les condamnations des agents en contact avec les mineurs. La prévention du suicide carcéral reste un autre chantier. Mauvaise élève, l'Administration pénitentiaire s'est dotée en 2009 d'un plan de prévention qui a porté des fruits. Mais de l'avis de beaucoup, un détenu résolu à se suicider a toutes les “chances” d'arriver à ses fins.

7 Charlie n'est pas (du tout) un ange

Pas de chronique de faits div’ digne de ce nom sans un protagoniste issu de la tribu people. Le 6 avril, l'unité de gestion des menaces de la police de Los Angeles a indiqué avoir ouvert une enquête sur l'acteur Charlie Sheen. Officiellement sans en dévoiler les causes mais plusieurs médias indiquent qu'on l'entend sur une cassette audio menacer son ex-fiancée, l'actrice porno Scotinne Ross, de payer 20.000 dollars un tueur à gages pour l'éliminer.

Dans une autre conversation sur la bande, l'acteur admettrait aussi avoir caché sa séropositivité à une ex-partenaire. “Parce que ca n'est pas de tes putains d'affaires” l'entendrait-on répondre à cette dernière…

Un épisode de plus dans la longue liste d'apparitions de Charlie Sheen au casting police-justice. Le bad boy de Hollywood avait déjà été accusé en 2009 d'avoir menacé de tuer son ex-femme, Brooke Mueller. En décembre dernier, Scottine Ross l'a poursuivi pour agression, séquestration, et l'a accusé de l'avoir forcée à avorter après lui avoir dissimulé sa séropositivité... "Tentative d'extorsion" avait alors réfuté l'avocat de Sheen. 

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