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Et si Mélenchon se retrouvait au second tour contre Fillon...

Décoder Par Eric Le Braz 13 avril 2017

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Qui c'est qui sait faire rire Fillon ?

LIONEL BONAVENTURE / AFP
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Une femmes, trois hommes, six possibilités… dont une que personne ne prend vraiment au sérieux. Sauf nous. 

La plupart des commentateurs, encouragés par les sondeurs, anticipent une finale Le Pen – Macron. Certains envisagent à mots couverts que Mélenchon parvienne à se hisser au deuxième tour. D’autres espèrent que Fillon casse encore une fois la baraque. Personne ne pense sérieusement que les deux outsiders puisent coiffer les deux favoris.

Il est vrai qu’il y a  a priori peu de chances qu’un tel final se produise… pourtant voici sept indices qui prouvent que ce scénario s'esquisse subrepticement. Mélenchon est en super forme, tandis que Macron et Le Pen décrochent alors que Fillon s’accroche. L’insoumis et le balafré ont tous les deux le charisme que requiert la fonction. Et le web les a déjà en partie désigné. Alors… ?

1 Jean-Luc Mélenchon est dans le sens de la courbe

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Le compilateur de sondages Huffpost-Pollster

Les sondages ne veulent rien dire si on regarde le dernier en date. Ce n’est qu’une photo et il faut observer le déroulé du film. Or, depuis Le Pen en 2002, on sait que celui qui monte régulièrement peut finir par battre les autres au finish. Une jurisprudence validée par Fillon lors de la primaire de la droite, puis par Hamon pendant celle de la gauche.

Si on continue à tracer les courbes, Mélenchon finit donc en tête du premier tour devant Marine Le Pen.

Certes, il reste un paquet d’électeurs indécis et des évènements imprévus extérieurs à la campagne ou inhérents à la personnalité imprévisible de Mélenchon peuvent bouleverser cette hypothèse qui n’est toujours pas la plus probable.

Mais les récents scrutins nous montrent que les électeurs ont tendance à contredire les vainqueurs désignés d’avance par les médias et les instituts. Sinon, le batave peroxydé aurait raflé la mise aux Pays-Bas, Hillary aurait bombardé Assad à la place de Donald, Les Grands Bretons seraient toujours parmi nous et Juppé serait bientôt président.

En revanche, s’ils n’aiment pas adouber les favoris car ils apparaissent toujours comme les candidats du système, les votants suivent au dernier moment celui qui est dans le vent… Et qui sait qui est poussé par Eole ?  

Mise à jour du 14 avrille dernier sondage Ipsos-Sopra Steria pour le Monde confirme cette tendance. Mélenchon gagne 1,5 % et atteint pour la première fois 20 %. Fillon grignote un petit point et revient à 19. Marine Le Pen et Emmanuel Macron perdent deux point chacun et atteignent 22. Et on ne vous parle pas de la marge d'erreur... 

2 François Fillon reste en embuscade

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"Je ne vous demande pas de m'aimer"

@FrancoisFillon / Twitter

Le balafré est intouchable. Le feuilleton des affaires peut bien continuer jusqu’au premier tour, l’accumulation a un effet inattendu, elle finit par passer inaperçue. Too much is too much comme dirait Platini. Ce qui était accablant finit par ressembler à de l’acharnement. A ce stade, peu importe que tout ce qu’on lui reproche soit vrai, qu’il n’ait jamais attaqué en diffam’ les médias malgré ses menaces, qu’il n’ait jamais apporté la moindre preuve de l’existence d’un cabinet noir, qu’il n’ait fournit aucun nom des présumés commanditaires de son assassinat politique… Fillon reste insubmersible. Et agile.

Il a survécu aux pièges des débats. Pendant le premier, il s’est planqué au fond de la salle. Lors du deuxième, il a pris moins de coups que Marine et surtout, il n’a pas flanché face à Nicolas Dupont-Aignan, le renvoyant même dans les cordes en lui rappelant son passé bayrouiste.  Le candidat de Debout la France a bêtement laissé Poutou faire son job : « Il est passé à côté de son destin » commente Véronique Reille-Soult, directrice générale de Dentsu Consulting et spécialise de la e-reputation.

Fillon, débarrassé de ce gravier dans ses mocassins à glands,  se concentre donc sur Emmanuel Hollande. L’autre peut bien l’appeler François Balkany, ça n’imprime pas. Car à droite, on n’est pas rousseauiste, on sait bien que l’homme ne nait pas bon. Depuis Chirac, l’électorat de droite est bien moins sensible que d’autres à la probité, privilégiant la compétence et le programme. Fillon le taciturne fait le job.

Et il a l’intelligence d'esquiver son handicap par un argument percutant en martelant  «Je ne vous demande pas de m'aimer mais de me soutenir» et en ajoutant : «Il ne s'agit pas de choisir un copain. Il s'agit de choisir un président, ».

Au dernier moment, dans le silence de l’isoloir,  pour l’électorat âgé qui fait les rois en France, c’est le genre d’arguments qui fera mouche face à l’aventurisme lepeniste et l’inexpérience macronienne…

3 Marine Le Pen accumule les âneries

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Les meetings dans les cours de ferme, ça ne fait pas tant de foin que ça.

@MLP_officiel / Twitter

Ça devait être une promenade de santé, cette route vers le deuxième tour. On nous bassine depuis des mois que le match se jouera entre les prétendants à un duel avec Marine Le Pen. Ses électeurs sont paraît-il les plus sûrs de leur vote (à plus de 80 %)…. Mais ça ne suffira pas pour aller en finale. Il faut aussi convaincre les fameux indécis (toujours près  de 40 % des inscrits !).

Or que leur sert-on à ces dubitatifs ?

Un deuxième débat globalement raté où la candidate FN est devenue la cible de tous, et surtout de Poutou qui a décoché la flèche la plus assassine en évoquant des affaires qu’elle avait jusqu’à présent réussi à escamoter. Marine Le Pen a donc dû répliquer avec force agressivité… et commencer à refaire un peu peur à ceux qui l’avaient normalisée.

Elle a enchainé avec cet incroyable dérapage sur le Vel d’Hiv’ effaçant des années de dédiabolisation en une phrase. Peu importe qu’elle aligne aujourd’hui sa position sur celles de Mitterrand et de Gaulle : ces excuses sont devenues inaudibles car l’époque a changé.

Puis, elle annule ses déplacements et ses interviews…  avant de repartir tenir des meetings dans les cours de ferme pour rabâcher que "L'immigration de masse nous coûte une fortune. Les étrangers recourent beaucoup plus aux minima sociaux que les Français !". On croirait un mauvais remake des campagnes de son père.  

Et le reste de sa campagne (avec la sortie de l'euro en repoussoir absolu) fout les chocottes aux Français, même  s'ils votent FN !  Une étude menée par Elabe pour BFMTV est à cet égard édifiante, seuls 13% des Français pensent que Marine Le Pen a "le meilleur projet pour la France" (21% Macron, 18% Mélenchon, 17% Fillon). Comme le souligne Bruno Roger-Petit dans Challenges (avec lequel je ne suis pourtant jamais d'accord !) : "Son propre électorat, en grande partie, ne la juge pas crédible…"

Ajoutons à ces péripéties, son intransigeance mesquine à l’égard de sa nièce. En lui refusant d’avance un poste de ministre, elle agace la frange tradi et sudiste de son parti.  Et passe auprès des autres pour une matriarche jalouse aussi imbuvable que son paternel, prête à sacrifier ses proches pour une ambition personnelle.

Le résultat de cette rediabolisation commence à apparaitre dans les sondages. Elle est toujours devant. Mais on sent qu’elle flanche…

4 Emmanuel Macron et la malédiction du favori

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Etrangement, les affiches subliminales sur Emmanuel Hollande ne sont jamais très éloignées de celle de Fillon (vite arrachées cependant).

SYAB / 7x7

Le candidat ni de gauche, ni de  droite a beau être accusé par ses détracteurs hamonistes d’être - pour reprendre la formule mitterrandienne - ni de gauche, ni de gauche, il séduit dans les faits, ni la droite, ni la droite.

43 % des électeurs macronistes se disent socialistes, 61 % Modem, 25 % UDI et seulement 11 % LR.  Son programme peine à rassembler la droite modérée, disons juppéiste. Et les attaques contre « Emmanuel Hollande » aussi injustes soient-elles à l’égard d’un type qui a quand même trahi son mentor, portent leurs fruits auprès de l’électorat de droite., Macron reste perçu comme un candidat de gauche (sauf si on est de gauche) dans un pays qui se droitise.

Cependant son socle se solidifie (73 % de ses électeurs sont certains de leur choix. Mais là encore, il n’a pas séduit les indécis.

Car une certaine fragilité du candidat En Marche ! est apparue lors des débats. Sur les réseaux, ses électeurs n’étaient vraiment pas enthousiastes. Ils avaient envie d’être convaincus, rassurés, mais ne l’ont pas vraiment été. De là à le lâcher, il y a un gouffre pour ses supporters qui n’ont pas d’offre alternative sur le marché du centre gauche. Mais pour les hésitants, c’est une autre paire de manche.  

Car Macron est trop à cran. La fébrilité du Marcheur en chef dès qu’il est mis en difficulté ou simplement énervé, contraste avec l’assurance tranquille d’un Mélenchon assagi et l’inaltérable aplomb d’un Fillon.

Sur la toile, il provoque les réactions d’un candidat par défaut et quand il provoque de la joie sur les réseaux, c’est un sentiment aussi positif que négatif. Car ce n’est pas toujours pour ce qu’il dit ou représente qui réjouit… mais aussi quand il se fait moucher par Asselineau lors du débat à onze par exemple.

En fait, l’avance du jeune marcheur reste un acquis très fragile.

Aucune cristallisation ne s’est faite autour de sa candidature, il perd quelques points depuis le premier débat. Alors qu’il avait les 30 % d’intentions de vote en ligne de mire, mi mars, il glisse lentement mais surement  vers les 20 %...

Comme une malédiction du favori…

5 Envies de Mitterrand, besoins de De Gaulle

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En 65, un sacré casting.

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Après cinq ans de chiraquisme planplan, cinq ans de sarkozisme un peu vulgos et cinq ans de hollandisme amateur, le peuple  pourrait avoir d’autres envies, d’autres besoins. Envies de panache, de culture, de romanesque et besoins d’autorité, de stature, d’expérience… bref des trucs qu’on n’a pas vu depuis Mitterrand ou De Gaulle.

Il n’y a que deux candidats qui cochent ces cases et si Fillon a survécu et surtout si Mélenchon survole les débats, c’est bien parce que ce qu’ils sont confrontés à une certaine médiocrité. Le Pen a rabaissé son niveau et Macron n’a jamais su élever le sien ; elle s’égare et se jeanmarise au fil des jour ;  il se perd de bafouillis en erreurs géographiques…

Passons sur Hamon qui a déjà acté sa déroute en révélant si tôt son vote du second tour. Lui avait le profil d’un parfait leader pour une démocratie parlementaire. Mais certainement pas d’un président monarchique. Faudra retenter le coup dans une sixième république.

En attendant, c’est Mélenchon qui pourrait la faire…

6 Le web vote FF et JLM

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Une semaine de conversations comptabilisées sur le web....

Linkfluence

Quand on scrute Radarly, un outil édité par la société Linkfluence  qui analyse les mégadonnées et l’e-reputation, on constate plusieurs phénomènes concomitants sur les candidats depuis une semaine.

1) L'impressionnante percée de Mélenchon. Alors qu’il y a un mois, il pointait à la cinquième place, il est aujourd’hui troisième en nombre de posts publiés et le seul en augmentation sur cette période de 37 % (les autres étant tous en baisse). Avec 207 000 posts, Il est même passé en tête le mercredi 12 avril pour la première fois de son histoire alors qu’il n’avait ce jour-là aucune activité notable.

2)    Le maintien de Fillon et de Macron Alors qu’on parle moins des affaires, Filon domine toujours les conversations avec Macron qui le bat d’un cheveu (1, 39 millions de posts contre 1,38)

3)    La disparition de Le Pen. Elle suscite à peine plus de conversations que Hamon et se fait même dépasser par ce dernier le 12 avril (mais il a été bon ce jour-là sur TF1).

Bref, si l’on se base sur ces seuls indicateurs, il y aurait trois hommes qui dominent la fin de course : Macron, Fillon et Mélenchon…

7 Le candidat de la joie face au rabat-joie

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Il est devenu un  héros de jeux vidéos et il aime ça. 

Radarly de la société Linkfluence propose d’autres indicateurs pour mesurer l’impact des candidats. L’un des plus pertinents est le total des posts à connotation positives. Et le podium est surprenant sur les 7 derniers jours. Avec 137 000 conversations positives, c’est François Fillon qui domine le bal (mais il n’est pas exclu qu’une partie de ces posts relèvent de l’ironie ce que les robots ne perçoivent pas). Le second est Jean-Luc Mélenchon avec 133 000 posts positifs, distançant Emanuel Macron et ses 120 000.  Marine Le Pen est très loin avec 40.000 et là encore, elle est grillée par les 45.000 de Hamon.

Dans tous les cas de figure, Mélenchon est incontestablement l’homme qui monte et qui  fait parler. Véronique Reille-Soult, directrice générale de Dentsu Consulting et experte en e-reputation analyse : « Il ne faut pas tant s’attacher aux chiffres et aux tendances. Il faut aussi regarder les émotions. Si je regarde les émotions contenues dans les messages sur Mélenchon, c’est la joie qui domine à 43 % : joie de le voir monter dans les sondages, joie de voir ses idées enfin écoutées… ».

Fillon, lui, l’emporte sur le terrain de la confiance à 59, juste devant Macron à 57.

Mais si on regarde un dernier indice, celui de l’engagement, ce sont Mélenchon et Fillon qui dominent. Et les soutiens de Mélenchon parviennent même à faire partager ses messages au delà du fan club. Un signe qu’il va casser la baraque comme dirait l’autre ? Véronique Reille-Soult est prudente : «  Sa pénétration des communautés externes commence. Mais ce sont plutôt des info factuelles  qui se partagent, par des gens qui sont épatés par le personnage, ses répliques, ses hologrammes son jeu vidéo hyper drôle… Mais on ne voit pas d’engagement sur son programme. J’en déduis : oui il y a un engouement. Mais de là  à cranter des électeurs… ».

C’est bien le nœud de cette élection. Les programmes ne sont pas l’enjeu. Les affaires puis les punchlines des débats ont occupé l’essentiel  du feuilleton présidentiel.

Finalement, c’est le dégagisme qui tient lieu de programme. Mélenchon a eu cette intuition. Comme il su gaulliser son discours, séduire à la marge une partie de droite, happer des écolos, séduire probablement des abstentionnistes, voire des électeurs FN, jouer l’ancêtre cultivé et in fine raisonnable, au point d’apparaître modéré face au turbulent Poutou lors du dernier débat.

Le résultat de cette stratégie, c’est qu’il apparaît aujourd’hui, avec ses chances de second tour, comme un vote utile au détriment de Hamon. Voire de Macron. Car, comme on peut le lire sur les réseaux, certains hamonistes qui pensaient rejoindre Macron pour « faire barrage au FN », se tâtent désormais et lorgnent vers Mélenchon…

Face au Chavez français comme dirait le Figaro,  je parie donc sur le come back du Thatcher des bocages. Non pas car il provoque l’engouement et la liesse, mais parce qu’il ne dévisse pas, continue d’alimenter les conversations et qu’il y a certainement un vote sous estimé chez les anciens qui ne sont pas consultés sur Internet par les sondeurs. Il pourrait bien grignoter les quelques points chez Macron, Le Pen et NDA.  La droite chimiquement pure oubliera ses cupides turpitudes dans le secret de l’isoloir.

Et nous assisterons alors au duel de la gauche révolutionnaire face à la droite réactionnaire, un combat de radicalités que le monde entier va nous envier.

Ceci n’est pas un horoscope, juste une intuition corroborée par des faits et des chiffres comme celles qui avaient anticipé Fillon et Hamon aux primaires.

Il faut savoir se mouiller même quand l’eau est froide.

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