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7 clés pour devenir un bon Epicurien

Décrypter Par Hervé Resse 09 février 2019

7 clés pour devenir un bon Epicurien
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Qui n’a pas déjà lu ou entendu la fameuse formule « Carpe Diem », en français : « Cueille le jour » ? Certains se la font même tatouer sur les bras le dos ou le ventre, et affirmeraient ainsi, haut et fort, leur identité d’épicurien. Vivre l’épicurisme est tout de même un peu plus complexe. Mais il y a plus d’une bonne idée à cueillir dans cette sagesse antique …

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, « Cueille le Jour » n’est pas une formule d’Épicure, qui d’ailleurs n’était pas latin mais grec. C’est le poète Horace qui résuma ainsi la philosophie de son maître. 

De nos jours, et c’était déjà le cas du temps de Cicéron, on aurait tendance à qualifier d’Épicuriens tous ceux qui font passer les plaisirs, ou le plaisir comme concept, avant toute autre chose. 

Seraient forcément épicuriens tous les jouisseurs, libertins, insatiables, orgiaques, gourmands, goinfres, fornicateurs, collectionneurs, obsessionnels, obsédés sexuels, fêtards invétérés, soiffards déraisonnables, joueurs impénitents… et tous ceux cumulant tous ces « vices » ou bien d’autres.

En réalité, l’épicurisme est à cent lieues de cela. L’excellent manuel « La philosophie pour les Nuls » insiste d’emblée sur ce point : si Cicéron méprisait les épicuriens qu’il appelait « pourceaux » pour discréditer leur manière de vivre, Épicure et ses disciples n’ont jamais appelé à de tels excès… Et Carpe Diem ne signifie absolument pas qu’il faille s’empiffrer sans entraves de tout ce qui passe à notre portée !

1 L’Epicurisme : Mieux qu’une simple promesse écologique

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Épicure naquit nous dit-on en 342 avant J.C., et son plus célèbre disciple, Lucrèce, 200 ans plus tard. Épicure tenait école en un lieu dénommé « Le Jardin », Lucrèce est avant tout connu pour son poème « De la nature des choses ». Et Horace proposait donc plus tard de cueillir le jour. On en déduirait hâtivement que l’épicurisme serait une quête d’harmonie avec le monde, le cosmos, la nature. C’est en fait l’inverse. 

Car Épicure estimait que le monde est tout sauf harmonieux. Il n’est « qu’un tissu d’atomes incohérent », résume Luc Ferry donnant sur ce sujet leçon. La morale des épicuriens est qu’il revient à chacun de bâtir son propre bonheur. Il s’agit d’une philosophie de la connaissance et de la morale, qui fait intervenir le libre arbitre, notre liberté. A chacun d’agir selon sa conscience pour vivre « la vie bonne ». 

L’épicurisme est ainsi une sotériologie, c’est-à-dire une « philosophie de l’âme ». Mais c’est aussi un « matérialisme », puisque l’âme est comme le corps et tout ce qui nous entoure, un assemblage d’atomes (ce que la science a depuis contredit, mais là n’est pas le sujet). Cette pensée vient à l’encontre des écoles précédentes, car elle nie que l’univers obéisse à la volonté des Dieux. C’est donc aussi une « contre-culture » : l’épicurisme s’écartait des idées majoritaires de son temps.

2 L’Epicurisme : Les épicuriens ne croient pas au Destin.

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… Mais bien qu’ils soient matérialistes, ils croient en l’existence des Dieux ! Dans la Grèce antique, il ne venait du reste à l’idée de personne de contester leur existence. Simplement, pour Épicure, les Dieux vivent dans leur propre monde, et n’ont que faire du sort des vivants. Ils ne sont pas non plus responsables du monde, qu’ils n’ont pas créé, et qui n’est qu’un agrégat d’atomes. Les hommes ne sont pas déterminés par la volonté des Dieux à leur propos. 

Dès lors, à chacun de bâtir sa vie ! Et pour y parvenir, le philosophe propose un « quadruple remède », en grec le tetrapharmakon, ou si l’on préfère une « recette pour une vie la plus heureuse possible ». Et le premier remède est bien celui-ci : ne crains pas les Dieux, ils n’ont pour toi aucun plan déterminé. Ta vie t’appartient. Il ne tient qu’à toi d’en faire éventuellement un bonheur.

3 L’Epicurisme : Les épicuriens ne se prennent pas la tête avec la mort !

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Le deuxième des quatre remèdes est aussi limpide qu’une eau pure, mais tellement difficile à mettre sereinement en pratique : la mort ne doit en aucun cas nous tracasser, nous faire peur. Tant que nous sommes vivants, elle ne nous concerne pas. Elle n’est source d’angoisse que pour ceux qui envisagent une vie sans fin. 

Or l’Enfer et ces châtiments n’existent pas davantage. Les âmes périssent avec la mort. A partir de quoi, la mort ne nous concerne plus. D’où cette idée centrale : c’est dans le Présent que peut se vivre et s’épanouir le bonheur. D’où l’idée de « diem », le « jour ». Vivre « hic et nunc » : ici et maintenant…

4 L’Epicurisme : Il est possible de dépasser la douleur

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Pour aller à la quête du bonheur, il faut vivre au présent. Vivre en cultivant le plaisir, soit ! Mais comment y parvenir, puisque en plus de la peur de mourir, nous sommes aussi tracassés par les douleurs, les maladies physiques ou mentales, les souffrances? C’est précisément par la volonté d’y échapper, que nous parvenons à les vaincre. Aucune douleur absolue n’existe éternellement. 

Souffrance et douleurs vont et s’en vont, elles sont chroniques ou brèves. Il n’y a donc pas manière à s’en préoccuper tant que cela. Il faut combattre cette anxiété qu’est la peur de douleurs, en cultivant à l’inverse la recherche du bonheur, et en acceptant nos limites physiques et mentales. 

Plus facile à écrire qu’à vivre vraiment, n’est-ce-pas ! Mais comment le cultiver, ce diable de bonheur ?

5 L’Epicurisme : Le bonheur est à notre portée.

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On résume : vivre sa vie au présent, ne pas se préoccuper de la mort puisqu’elle est inéluctable, ne pas se soucier de l’Enfer, qui n’existera pas puisque notre âme meurt avec nous. Si ce qui est mauvais, ou mal, la douleur, peut-être « facilement » dépassé en relativisant sa portée, le bien, le bonheur devient facile à trouver. Il convient pour y accéder de mieux connaitre ses désirs, surtout de distinguer leur nature, pour cultiver ceux qui nous sont indispensables. 

Si l’on veut placer dans la conversation quelques mots savants, on dira que l’épicurisme est à la fois un humanisme (il n’y a pas d’autres postulats que relevant de l’humain, nulle volonté divine au-dessus de nos têtes) ; un eudémonisme, c’est-à-dire une morale du bonheur ; et un hédonisme, une morale du plaisir. Encore faut-il, et c’est là qu’épicurisme et goinfrerie n’ont rien en commun, bien distinguer ce que recouvre ce mot…

6 L’Epicurisme : Entre plaisir et plaisirs, il faut choisir !

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Une quête effrénée de plaisirs sans limites nous conduit vers des satisfactions artificielles. Il est des désirs vains, richesses, gloire, pouvoir, qui n’ont en commun que de nous rapprocher de la mort, puisqu’ils nous font entrer, dit Luc Ferry, « dans une spirale de consommation sans limite, et jusqu’à la folie ». On voit comme ce constat fait sens aujourd’hui, dans ce monde où une poignée d’individus sont à eux seuls aussi riches que la moitié de l’humanité. C’est par là que l’épicurisme rejoint pour le coup nos préoccupations sinon écologiques, du moins sociétales : comment ne pas être prisonniers de nos désirs de consommation sans fin ? En apprenant à les distinguer, explique Épicure ! Il y a trois sortes de plaisirs et il faut faire la différence entre :

1) Les plaisirs naturels et nécessaires, que sont boire et manger. « Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger », disait aussi Molière. La sexualité également, pouvons-nous ajouter.

2) Les plaisirs naturels et non nécessaires sont les mêmes, mais poussés à l’excès ou vers un raffinement allant au-delà du besoin réel. Les plaisirs ne sont pas mauvais, c’est leur excès qui nous éloigne du bonheur. C’est en quoi l’accusation souvent portée à l’encontre de la philosophie d’Épicure est injuste : il n’y a dans l’épicurisme aucune frénésie, bien au contraire.

3) Les plaisirs non naturels et nécessaires. Ceux-là sont artificiels, fauteurs de troubles et animés d’intentions le plus souvent néfastes (plaire, dominer). Ces plaisirs-là, le sage les évite.

7 L’Epicurisme : Cultiver l’amitié, la sobriété, la sérénité

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Pour Épicure, le « Jardin » est alors ce lieu où se retrouvent les amis pour boire et manger, philosopher, échanger, non point dans la démesure, on l’a compris, mais dans une modération joyeuse. Et ce n’est pas non plus un ascétisme.

André Comte-Sponville, comme Luc Ferry ou Pierre Hadot, tous fins connaisseurs de la philosophie épicurienne, rappellent ces principes, et citent pour conclure Lucrèce, héritier d’Épicure, et sa formule sereine, peut-être plus parlante encore que ce « Carpe Diem ». Cette formule nous invite à « vivre comme un dieu parmi les hommes ».

Mais elle prend plus de place, il est vrai, à tatouer sur un bras !

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