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Le césarisme cool selon Macron

Décrypter Par Eric Le Braz 20 juin 2017

Le césarisme cool selon Macron

ça sent l'or et le laurier

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Il fait du neuf avec du vieux. Le Président de la République récite ses classiques s’inspire des Romains et aime reprendre les codes impériaux en les mâtinant de startupisme…

Vous avez vu les Kiosques ? Paris Match et Valeurs actuelles résument bien la nouvelle France. Macron 1er campe sur son fier destrier dans une évidente analogie bonapartiste pour l’hebdo très à droite qui n’aime pas les empereurs quand ils chevauchent un peu trop à sa gauche. 

Mais le Petit Prince change de monture sur Paris Match. Avec Madame au Touquet, il a enfourché des deux roues bien bobos, probablement de location - car ses gardes du corps ont les mêmes en pages intérieures, qui nous changent des vélos de courses sarkozystes.

Ce type est un tueur qui n’a pas la tête de l’emploi, « un conquérant souriant et barbare » comme le résume le journaliste François Bazin auteur de « Rien ne s’est passé comme prévu, les cinq années qui ont fait Macron ».

Mais après la conquête, vient le temps du règne. Et le petit prince devenu princeps (premier du Sénat), comme aimait se nommer l’empereur Auguste rappelle par bien des aspects l’antiquité gréco-romaine (pas seulement parce qu’un de ses homonymes fut éliminé par Caligula) et pas toujours là où on l’imagine.

Plus malin que Brutus, moins versatile que Jupiter, aussi impitoyable qu’Octave… 

1 Jupiter n’était pas un bon manager

Le césarisme cool selon Macron

Disons que c'était un manager de proximité

Jupiter et Thétis (Musée Granet)

Jupitérien qu’ils disent. A force d’incarner une présidence stratosphérique, Emmanuel est donc unanimement qualifié de président jupitérien. Quel drôle de métaphore. Certes, comme Macron, Jupiter a éliminé son père même si Saturne qui mangeait ses enfants, c’était quand même une autre paire de toge que Hollande.

Mais à part cette prise de pouvoir homérique, Jupiter n’a pas brillé par ses qualités de leader. Empêtré dans ses histoires de fesses, comme Hollande tiens, distrait par les tiraillements de sa famille frondeuse, oui comme l’autre aussi, persécuté par sa femme irascible et jalouse, comme, bon, bref, Jupiter était bien trop distrait pour un bon chef. Il se préoccupait trop de détails, comme un manager de proximité

Certes, il trônait avec un éclair dans la main. Mais ce tempérament orageux le rendait surtout éruptif et incontrôlable. A côté de Jupiter souvent vénère, Macron affiche un calme olympien quand il s'agit de sacrifier les faiseurs de dieu. 

2 Le jeune sage et le vieux con

Le césarisme cool selon Macron

François Bayrou et Emmanuel Macron à l'annonce de leur alliance le 23 février 2017.

Capture Ecran BFMTV

Dans une vieille entreprise, et la Ve république a quand même près de six décennies au compteur, il y a toujours des vieux cadres dirigeants ingérables (et souvent invirables). Le très irritable François Bayrou en est un bon archétype. Infatigable donneur de leçons qu’il ne s’applique pas à lui-même, l'éphémère ministre de la Justice croyait que son expérience valait toutes les compétences et le dispensait de de toute bienséance. Son cri du cœur « Chaque fois que j’aurai quelque chose à dire, je le dirai » après ses coups de fils intempestifs à des journalistes semblait singulièrement immature et le très soft recadrage d’Edouard Philippe paraissait en regard, bien plus posé.

Macron, en apesanteur, n’est pas intervenu, officiellement, dans le débat comme d’hab’. Qui ne dit mot consent et d’aucuns ont considéré que son silence vaut approbation ou au moins bienveillance auprès du tumultueux Béarnais. En fait, c’était probablement bien plus subtil et sournois que ça. Il a laissé un temps  s’ébrouer Bayrou. Puis a fini par le sacrifier sans état d'âme. Ce fin connaisseur de Machiavel apparait alors, par contraste, comme un jeune sage qui plane à 10.000 mètres au-dessus du vieux con. Qui d’ailleurs ne pèse plus grand-chose puisque le « faiseur de roi » n’est qu’une force subalterne de l’Assemblée de marcheurs.

Le césarisme macronien n’est pas une tyrannie. Il laisse des roitelets imbus de leur importance régner sur des territoires satellites aux marches de l’Empire. Et quand ceux-ci n’ont plus d’importance, il sait les annihiler. 

Bayrou, Sarnez, Ferrand... tous ceux qui ont un passé doivent passer au nettoyage à sec. Et par contraste,  qui apparaît comme neuf, immaculé ? Qui joue le rôle du chef, sévère mais juste ? 

3 Macronnus Augustus

« Soit qu'il parlât, soit qu'il se tût, il avait le visage tranquille et serein (..) les yeux vifs et brillants (…) ses cheveux légèrement bouclés et un peu blonds, ses sourcils joints, ses oreilles de moyenne grandeur, son nez aquilin et pointu  (…) Quand il regardait fixement, c'était le flatter que de baisser les yeux comme devant le soleil. » Vous l’avez reconnu ? Ce beau gosse, c’est Auguste décrit par Suétone dans la vie des douze Césars.

On a souvent comparé Macron à Brutus lorsqu’il a proprement éliminé son « papa » en politique, François hollande. Mais il a pourtant mis ses pas dans ceux d’un autre fiston adoptif de Jules César. C’est bien au jeune Octave qu’Emmanuel Macron fait penser.

 Le petit surdoué de 19 ans n’est pas pris au sérieux par ses ennemis politiques lorsqu’il vient réclamer l'héritage de Jules César en entrant dans Rome le 6 mai 44 avant JC. C’est pourtant lui qui récupérera tout le pouvoir et deviendra le premier empereur sous le nom d’Auguste après s’être allié avec ses ainés Lépide et Marc-Antoine… juste avant de les terrasser. Bayrou, le normalien agrégé de lettres classiques, aurait dû les relire, ses classiques. 

Après sa prise du pouvoir, Auguste a fait semblant de restaurer la République tout en s’arrogeant tous les pouvoirs. Un peu comme qui vous savez.  Dans son discours à VivaTech, Emmanuel Macron s’est vanté d’avoir relancé la République : « Rendre à nos sociétés leur vitalité démocratique, c’est modestement ce que j’ai essayé de faire durant les derniers mois ».

Mais ça c’était avant. Car le mode de gouvernance de la macronie est à la limite de l’autocratie…

4 Un control freak à l’Elysée

Sans traiter son premier ministre de collaborateur, il le met cependant sur la touche dès le début de son quinquennat en recevant seul les syndicats qu’Edouard Philippe est supposé gérer. Ça promet pour le promu. Car si ce dernier, se couche à minuit, est debout à 6 h du mat' avec trois heures de boxe par semaine en prime, il aura quand même du mal à suivre le boss.

Nous avons élu un control freak qui ne dort parait-il que trois heures par nuit. Faut suivre.

Sa capacité de travail lui permet d’intervenir tout le temps et partout. Il s’est ainsi considérablement investi dans la désignation des candidats aux législatives. Son obsession : éliminer tous ces rivaux générationnels. Et s’il a protégé Valls comme la corde soutient le pendu, épargné des has been comme Le Fol ou El khomri (sans succès pour cette dernière d’ailleurs), il a été impitoyable avec les espoirs socialistes de sa génération. A la trappe Mathias Fekl, Najat Vallaud-Belkacem, Axelle Lemaire…. Même motif, même punition pour la macronne de droite, NKM : il laisse ainsi le champ libre à son obligé Benjamin Grivaud pour la conquête de la Mairie de paris.

Certes, il fut moins regardant quand il s’est agi d’investir d’incompétentes bafouilleuses qui font aujourd’hui le délice des réseaux sociaux et on espère bientôt des bêtisiers de LCP. Mais comme on a dit, Macron n’est pas non plus un manager de proximité. Son interventionnisme est patent, mais toujours ciblé. 

5 Protégé par la jeune garde

On les appelle la firme comme l’équipe des winners sarkozistes de 2007, on les surnomme aussi « les mormons» en référence à leur côté secte, plutôt qu’à leurs penchants pour la polygamie. Ces jeunes tueurs révélés par le docu « les coulisses d’une victoire » ont fait une entrée tonitruante et groupée sur le tapis rouge de l’Elysée le jour de l’intronisation. Depuis, la plupart d’entre eux trônent dans les soupentes du Château, places enviables sous les toits donc plus près du ciel.

Outre Ismaël Emlien, éminence grise officielle de la macronnie, on trouve dans cette dream team le terrible normalien Sylvain Fort qui sait terroriser les rédactions avec bien plus d’influence qu’un vulgaire Bayrou, car lui a le pouvoir de choisir les journalistes qui méritent de suivre le Président. A ses côtés la apparemment sympathique Sibeth Ndiaye, unique icône de la diversité dans un casting macronien aussi pale et male qu’un annuaire des juniors du Golf du Touquet a été formé à l’exigeante école de l’UNEF où à elle appris à se faire respecter des journaleux comme pas deux pendant les manifs contre le CPE. Témoin, son refus d’autoriser les photographes de faire une photo off de la photo officielle du gouvernement.

Les coulisses, c’était bon pour la campagne. Désormais la com’ de l’Elysée gérée par la jeune garde ne montre l’envers du décor qu’à condition qu’elle mette en scène elle-même la geste présidentielle. Pour preuve, ce Facebook live magnifiquement démago du président répondant aux citoyens en direct du standard de l’Elysée. On n’avait pas vu ça depuis Giscard recevant les éboueurs. Macron apparait ainsi comme un César qui sait parler au peuple sans intermédiaire. C’est tellement confortable de pouvoir se passer de journalistes.

Protégé par sa jeune garde prétorienne, il acquiert ainsi une puissance tribunicienne moins éructante que l’autoproclamé tribun du peuple Jean-Luc Mélenchon. Mais ô combien plus efficace. Pour l’instant.

6 L’idéologie startupienne, antithèse de la démocratie

La coolitude du nouveau président, c’est aussi celle des startups, ce modèle absolu de la nouvelle France macronnienne.

“I want France to be a start-up nation. A nation that thinks and moves like a startup.”

"Je veux que la France soit une nation start-up. Une nation qui pense et agit comme une startup."

C’est ce qu’il a dit à Viva Tech, un salon où, encerclé par une foule extatique armée de d’IPhone et de Galaxy, il a passé toute une aprèm à faire des selfies. On n’avait pas vu un tel engouement pour un président depuis les visites de Chirac au salon de l’agriculture. Donc à Vivatech, il est venu glorifier la France, nation start-up. Because, comme il l'a souligné dans son interminable discours (c’est son petit côté castriste) : « Entrepreneur is the new France ». Oui un peu comme Orange is the new black.

Cette glorification du chef d’entreprise met cependant un peu mal à l’aise. Un entrepreneur est certes utile à la communauté, il crée des emplois et des richesses, il invente des nouveaux usages… Mais est-ce vraiment un modèle pour un pays ? L’entreprise n’a rien à voir avec la démocratie et l’entrepreneur est au mieux un despote éclairé. 

Quant à la startupisation de la France, elle est brillamment disséquée dans ce texte de l’entrepreneur (mélenchoniste...) Mehdi Medjaoui  : « Penser comme une startup, c’est penser la croissance extrême, à n’importe quel prix, dans une fuite en avant qui mène à l’échec dans 90% des cas. Mais contrairement à une startup, si on rate, on ne peut pas recommencer la France ailleurs ».

Une experte en RH m’a fait remarquer que derrière ses atours cools, il n’y a rien de moins démocratique qu’une startup : on y bosse 60 heures par semaine pour enrichir des founders aux sourires très swag mais aux comportements de social killer.  Ça vous rappelle quelqu’un ? 

7 La fascination pour le faste royal

A l’international, on a d’abord retenu de notre président la totale décontraction dont il a su faire preuve face aux grands de ce monde. Il broie la main de Trump à Bruxelles, il tance Poutine à Versailles… Mais notre petit prince est bien plus respectueux quand il se retrouve face à un vrai roi.

Son passage éclair au Maroc a frappé quelques esprits qui l’ont trouvé impressionné face au protocole royal, pourtant léger lors de cette visite privée. Il n’a pas donné de leçons à M6, au contraire il est allé jusqu’à défendre sa politique quand on l’a questionné sur la répression dans le Rif. C’est qu’Emmanuel Macron n’a jamais caché  sa fascination pour la royauté. Au contraire, voici ce qu’il déclarait dans un entretien avec "Le 1" en juillet 2015 : « La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le Roi n’est plus là ! ».

Mais il revient le roi, de temps à autre dans l’histoire : « On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. » Mais si, mais si. Ce moment monarchique est enfin de retour avec l’accession au pouvoir de notre Petit Prince admirateur de Jeanne d'Arc.

Tout a commencé avec cette remontée des Champs Elysées en véhicule kaki et blindé. Depuis, il ne cesse de distiller des signes de majesté. On espère qu’un prochain 14 juillet, il remontera les Champs à cheval comme le roi du Maroc lors de la cérémonie de la Bay’a

On n’ose imaginer qu’il se laissera, lui aussi, baiser la main.

8 7 + Le monde du silence

Dans les coulisses d’une victoire, il dit « Putain » comme tout le monde. Il se laisse rabrouer par Brigitte quand il réclame un pauvre chocolat après le premier débat et il est capable d'engueuler ses collaborateurs comme n’importe quel manager.

Mais tout ça, c’est fini. Le off, la transparence, c’est bien trop dangereux pour un président. La dernière fois qu’on a laissé un micro ouvert devant lui, il fait une mauvaise blague, à la Hollande, sur les Comoriens.

Il n’y en aura plus.  Macron ne fait jamais deux fois les mêmes erreurs. Ce comédien sait se corriger comme un acteur qui peaufine sans cesse son rôle entre deux prises. Pour éviter les bourdes, il a d’ailleurs trouvé une méthode radicale : il ne parle plus. Il fait des discours. C’est pas pareil.

Il a prévenu qu’il ne se confierait pas aux journalistes comme l’autre d’avant. Comme tous les autres d’ailleurs. FOG a écrit des bouquins sur ce que lui racontaient en off les présidents bien avant Lhomme et Davet. Même ses plumes attitrées n’ont plus accès à la parole du petit prince depuis qu’il est monté sur le trône.

Sur les photos soigneusement choisis de la photographe officielle Soazig de la Moissonnière, il reste impavide et hiératique comme une statue d’Auguste, un portrait de l’empereur, un mini De Gaulle, ou cool comme Obama, sympa comme Trudeau, boggoss comme Kennedy…

Il soigne ainsi une com’ hybride et inédite qui a au moins le mérite de ne pas mentir sur qu’il nous vend : l’autorité sans autoritarisme, la coolitude sans laisser-aller. C’est incroyablement bien emballé. Mais pas certain qu’on rigole tous les jours. Et que la magie des paradoxes dure au-delà de l’été…

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