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Les 7 talons d'Achille d'Emmanuel Macron

Décrypter Par Eric Le Braz 25 juin 2018

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Emmanuel Macron recadre un adolescent qui l'avait appelé "Manu"

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Emmanuel Macron est son meilleur ennemi. Trop insensible, irascible et arrogant, ce n’est pas son bilan qui risque de faire tomber ce président, mais bien son comportement.

D’abord, on pense à une blague. L’excellent Daniel Ichbiah, érudit rock, fan de jeux vidéo et serial auteur de biographies geeks, publie dans le non moins excellent 7x7 un panégyrique tellement dithyrambique qu’il ferait passer Ferrand pour un fan de Wauquiez, Griveaux pour un insoumis et Castaner pour un frondeur. Certes, son raisonnement se tient, enfin du point de vue de la startup nation. Mais celle-ci est loin d’être majoritaire.

Pour peu qu’on ne soit pas trop de droite, ni trop de gauche, ni fonctionnaire, ni pauvre, on peut apprécier la saga macronnienne décrite par Daniel Ichbiah et lui reconnaître presque toutes les qualités dont le pare son brillant griot : vista, combativité, franc parler, amour, gloire et beauté… Mais un président photogénique et romanesque tient-il vraiment la corde face à l’intelligence de Giscard, la culture de Mitterrand ou le charisme de de Gaulle ? Le biographe de Steve Jobs et Madonna nous demande qui pourrait-on citer comme meilleur président, à part l’hôte actuel de l’Elysée. Tiens Daniel, je viens de t'en donner déjà trois. 

D’accord, on aura du mal à écrire par pur esprit de contradiction que ce président-là est le pire de tous. Reconnaissons qu’à ce stade du match, il fait mieux que ses deux calamiteux prédécesseurs. Mais, celui-qu’il-ne-faut-plus-appeler-Manu n’a qu’un an au compteur. 

Et ses dernières semaines n’augurent guère d’une fin de règne extraordinaire. C’est même tout le contraire qui se profile…

1 Emmanuel Macron : Il n’est plus du tout bienveillant

Il est même carrément méchant. Jamais content. Non, mais faut voir comment il nous parle. Sous prétexte de se faire respecter d’un collégien qui l’apostrophe gentiment en le surnommant Manu, le président tance et sermonne pour se faire appeler « Monsieur le Président ». Une séquence pas si anecdotique qui tranche avec le casse toi pôv’ con mais frôle le ridicule. Macron adore tellement le fighting qu’il finit par devenir inutilement agressif. Aucun humour dans sa réponse, juste une posture de pompeux cornichon face à un gamin pas malveillant du tout. Et qui, comme l’explique Explicite, est traumatisé pour la vie par ce buzzz posté sur le compte de l’Elysée.

Comme d’autres punchlines décortiquées avec nuance par Antoine Couder, « Tu m’appelles Monsieur le président » est probablement approuvée par des électeurs qui réclament le retour aux valeurs et le respect des anciens. C’est-à-dire pas mal de monde car après 33 ans, on est facilement effrayé par le péril jeune (et exaspéré par les mèches dans les yeux).

Mais là n’est pas l’essentiel. Car cet échange est surtout révélateur d’un état d’esprit. Ce président a troqué sa bienveillance de campagne électorale pour un autoritarisme ostentatoire. 

Or, les Français n’aiment pas trop être trompés sur la marchandise. Et font payer aux élus leurs reniements de campagne. Macron, lui, applique bien son programme mais s’éloigne irrémédiablement de son personnage de Kennedy cool, sympa et moderne qui l’a fait élire. Or personne n’a voté pour élire un Jupiter sourcilleux, susceptible et réac.

2 Emmanuel Macron : Son arrogance le perdra

Au delà du syndrome du vieux con normatif face au jeune con rebelle, l’épisode « ça va Manu ? », révèle un autre trait de caractère qu’on n’avait pas du tout anticipé chez Monsieur le Président. Emmanuel Macron perd de plus en plus facilement tout sens de la mesure. Sa réponse est totalement disproportionnée et l’humiliation publique de l’ado met en lumière un autre trait de caractère présidentiel : ce type ne supporte pas la contradiction et n’a pas ou n’a plus une once d’humour. Son agacement après la prestation d’Edouard Philippe qui, a su en maniant l’autodérision, se sortir d’un lapsus face à des rugbymen, en est la meilleure preuve. 

A force d’être exigeant et formaliste, Macron devient irascible et susceptible. Villepin qui a payé pour voir lors du CPE en sait quelque chose en lui rappelant que le risque du métier, "c'est qu'on devienne isolé, solitaire, arrogant et coupé d'un certain nombre de réalités".

3 Emmanuel Macron : La trumpisation est en marche

Cette morgue macronienne ne vise d’ailleurs pas seulement les collaborateurs qu’il rabaisse, les ados qu’il engueule ou les journalistes qu’il recadre. Il s’en prend maintenant à ses pairs. Après avoir été étrangement diplomate avec Trump, il a craqué son slip en dénonçant la "part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien" lors de l’affaire de l’Aquarius. C’est l’hôpital qui se fout de la charité et c’est aussi une offense qui révèle une suffisance. 

Ce dédain désormais ostensible pour les autres n’augure guère de triomphes diplomatiques à venir. En commençant à parler sans filtre, Macron se trumpise. Mais sans en avoir les moyens... La vie, c’est pas aussi simple que dans ces films d’Audiard que tu vénères, Manu. 

4 Emmanuel Macron : Il est seul au monde

L’affaire de l’Aquarius est un autre marqueur du début de la décadence pour le macronisme. Car malgré ses ambitions, ses discours et ses efforts… Macron, combien de divisions ? Hors de l’hexagone, la philosophie ultra-centriste de droite ne prends pas du tout. Face aux succès populistes, Macron ne parvient même pas à fédérer l’ancien monde. Pendant ce temps, Trump l’enlace et lui retire ses pellicules sur le veston mais quand Manu lui parle, c’est « cause toujours tu m’intéresses ». 

Si encore Macron était crédible comme chevalier blanc, défenseur des valeurs humanistes, de la veuve et du petit migrant… Mais l’affaire de l’Aquarius démontre justement qu’il est train de se faire distancé par l’Espagnol Pedro Sánchez dans le rôle du "good guy". Son attitude silencieuse au début de la crise, ajoute à son discrédit auprès de la gauche. L’électoralisme cynique qu’il professe à cette occasion tranche avec les valeurs sur lesquelles il s’est fait élire… 

5 Emmanuel Macron : Il ne sait pas parler aux pauvres

Macron est peut-être le président des riches ou plutôt des « très riches » comme dirait Hollande-la-rancune. En revanche, ce n’est définitivement pas celui des pauvres.  

La vie des pauvres avec les yeux d’Emmanuel, c’est simple. Ils sont « illettrés » comme une ouvrière de Gad, Quand ils bossent, ce n’est pas assez pour se payer des « costards ». Quand ils ne bossent pas, « ils coûtent un pognon de dingue ». Quand il leur parle ou quand il parle d’eux, il oublie son sabir technocrate ou ses expressions vieille France. Il devient vulgaire comme un Sarko et à peine plus inspiré qu’un pilier de comptoir. 

On a souvent raillé le césarisme de Macron. Mais César, lui, savait parler à la plèbe. Macron semble au contraire, une caricature bourdieusienne de comportement patricien et de préjugés de classe. 

D’accord la pensée économique et sociale macronienne est plus complexe que la représentation qu’il en donne et il pense probablement sincèrement que les premiers de cordée vont hisser tout le monde vers le haut. Seulement, ce que les « petites gens » retiendront d’abord de lui, c’est qu’il leur parle mal. En se laissant ainsi aller, Monsieur le Président n’est pas à l’abri d’un phénomène de rejet à l’image de ceux que subirent Hollande et Sarkozy. Car le jour du vote, c’est ballot, mais on se rend compte que les pauvres sont bien plus nombreux que les riches…

6 Emmanuel Macron : On sort les sortants

Les matchs du Mondial nous rappellent que les statistiques sont faites pour être contredites. Mais il y a une constante qui devrait faire réfléchir Emmanuel Macron comme elle fit fléchir François Hollande : le deuxième mandat, ça passe pas. 

Hollande a donc renoncé, Sarkozy s’est fait plier, Giscard, au-revouaaaaar et Pompidou, il est mort. Mais, me direz-vous, de Gaulle a bien réussi sa deuxième élection…  D’abord, c’était de Gaulle. On ne joue plus dans la même division, là. Ensuite, en 65, c’était la première présidentielle au suffrage universel. Enfin, il s’est fait débrancher avant la fin du deuxième septennat par les veaux qui l’avaient élu. 

Et Mitterrand ? Et Chirac ? Certes, ils ont rempilé pour un tour… Mais c’était après une période de cohabitation pendant laquelle ils avaient pu entretenir leur popularité. Ils sont revenus au combat en opposants, quasi immaculés.  Mais l’opportunité de se refaire une virginité n’existe plus,  hélas, depuis l’instauration de ce foutu quinquennat.

7 Emmanuel Macron : Les étoiles finissent par mourir

On a souvent souligné que toutes les étoiles s’étaient bien alignées pour favoriser l’élection puis les débuts d’Emanuel Macron : Hollande qui jette l’éponge, Hamon qui ne fait pas le poids, Fillon qui explose en vol… puis une économie mondiale au beau fixe, l’inversion de la courbe du chômage (merci qui ?), des syndicats groggys, des opposants sonnés…

On a aujourd’hui presque l’impression que ses ennemis se cotisent pour lui faciliter la tâche. Wauquiez est un parfait croquemitaine qui est en en train de déchiqueter sa tribu, Le Pen n’en finit plus de gérer ses ennuis de famille. Et à gauche, c’est pas mieux. Personne ne connait encore le nom du nouveau patron socialiste et, comme d’hab’, Mélenchon surjoue avec une grandiloquence allergène le rôle de l’adversaire parfait, trop outrancier pour décontenancer le Président.

Mais cette embellie économique et ce champ de ruine politique ne préjuge pas de l’avenir. Il reste à Emmanuel Macron à faire ses preuves en cas de crise, qu’elle soit économique, environnementale, sociale ou terroriste. Jusqu’ici tout va bien. Mais le caractère irascible, chatouilleux et susceptible décrit plus tôt du nouveau Bonaparte, ne préjuge pas d’un comportement adapté…

Et puis les étoiles finissent toujours par se désaxer. Déjà des frictions apparaissent chez les marcheurs qui ne veulent pas être des godillots. Quant au rythme infernal imposé par l’Elysée et son boss qui ne dort jamais, il est en train de provoquer un burn-out collectif dans la macronnie.

Malgré l’emprise qu’exerce Macron sur son entourage, il n’est pas non plus exclu qu’un traitre apparaisse dans son camp. On est souvent puni par où on a péché. Chirac avait poignardé Chaban dans le dos avant de lâcher Giscard, Balladur lui rendra plus tard la monnaie de sa pièce. Un macroniste trop longtemps rabaissé pourrait bien se révolter…

Même s’il est plus probable qu’un opposant d’envergure lui taille un costard. La France sera-t-elle le seul pays à être épargné par le populisme ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais il n’est pas trop tard pour prédire que s’il continue à se comporter comme un petit marquis poudré devenu souverain capricieux, il risque de bien mal finir. Lui qui regrette tant le temps béni des rois de France doit se souvenir comment on s’en est débarrassé…

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