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La présidentielle des intransigeants contre les bienveillants

Décoder Par Eric Le Braz 17 janvier 2017

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Montage Philippe Serieys
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Chaque candidat à l'Élysée s’est construit une image grâce à des postures qui transcendent les clivages partisans. Mais au fil de la campagne, les intransigeants s’efforcent de mettre de l’eau dans leur vin…  tandis que les bienveillants sont incités à verser du cognac dans leur tisane. 

Quand les doctes commentateurs politiques analysent l’élection présidentielle, ils adoptent une ligne de lecture pré formatée.  On compare les programmes, on décortique les stratégies, on souligne les différences tactiques et on ose parfois saupoudrer ces exercices imposés de considérations sur les mentalités des candidats. C’est utile.

Mais est-ce essentiel ? Pour qui vote-t-on à une présidentielle ? Pour un menu ou pour le chef ? Sarkozy a gagné l’élection de 2007 parce qu’il a déclaré que ceux qui travailleraient gagneraient plus mais aussi parce qu’il a personnifié une droite forte en coups de menton. Hollande a remporté l’élection de 2012 parce qu’il s’est déclaré l’ennemi de la finance, mais aussi car il a adopté la posture du président normal.

C’est tout l’enjeu d’une élection où on choisit un candidat qui nous séduit et où l’on élimine ceux qui nous révulsent, autant, sinon plus, qu'un programme.

Hollande est donc apparu comme l'incarnation d’une certaine morale. Puis il s’est fait bashé pendant cinq ans car il n’incarnait pas la fonction présidentielle (pour le peuple de droite) ou parce qu’il ne reflétait plus des valeurs sociales (pour le peuple de gauche). Sarko, lui, après avoir été éliminé en 2012 car trop clivant, s’est fait remercié en 2016 par son propre camp pour d’autres raisons : on ne croyait plus en lui.

L’un comme l’autres avaient trop déçu ; ils avaient trahi au pouvoir les idéaux de leur camp. Et leurs discours sont passés de mode : le volontarisme impulsif de Sarko comme l’art de la synthèse mollassonne de Hollande ont laissé la place à d’autres valeurs qui traversent aujourd’hui tous les camps et qui relève de deux conceptions de la politique qui ont traversé l’histoire.

D’un coté, l’intransigeance d’hommes et de femmes de pouvoir sans concession : Robespierre, Bonaparte, De Gaulle, Thatcher Trump, Poutine… De l’autre, la bienveillance de rares leaders avec un cerveau ET un cœur, une filiation qui va de Henri IV à Gandhi et qui est représentée aujourd'hui par Obama ou Trudeau...

Nos compétiteurs de 2017 se situent dans ces lignées. La présidentielle de 2017 est bien celle des intransigeants contre les bienveillants

1 François Fillon, l’inflexible

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Twitter @FrancoisFillon

L’intransigeant le plus emblématique de cette élection est sans conteste François Fillon. Même s’il a mis un peu d’eau dans ses exfoliants quand il s’est agi d’adoucir sa lotion anti sécu, il reste un homme pour qui les compromis sont des compromissions. Les syndicats gardent de lui l’image d’un interlocuteur ministériel courtois mais inflexible, voire psychorigide. Il a remporté la primaire sans jamais dévier de sa ligne. Il a placé ses fidèles aux postes clefs n’offrant que des breloques à une armée mexicaine de sarkozistes et de juppéistes ; il aura les mains libres pour appliquer sa purge libérale. Il refuse de rétablir la défiscalisation des heures supplémentaires. Et il a déjà commencé à montrer, après la reculade tactique sur la sécu, qu’il ne céderait plus une once de terrain sur son programme en envoyant bouler 180 (oui 180 !) parlementaires de la droite et du centre qui voulaient revenir sur le non cumul des mandats. 

Cet intransigeant-là n’a même pas besoin d’élever la voix pour imposer son tempo. Il sait dire NON sans changer de ton. Le problème, c’est que les Français ne sont pas les électeurs de la primaire. Son intransigeance qui a séduit auprès de son cœur de cible, effraye le reste du pays et  8 Français sur 10 ne veulent pas de son programme… Sauf que s'il cède, il n’est plus Fillon ; il devient Chirac ou Sarkozy. C’est le drame de l’intransigeant, s’il change, il se renie.

2 Jean-Luc Mélenchon, l’insoumis

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La France semble avoir  besoin d'un homme de ménage.

melenchon.fr

Depuis qu’il a quitté le parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon a choisi de transformer sa vie en geste épique de l’intransigeance. Il ne compose plus avec les journalistes, - sauf ceux qu’il adoube-, depuis des lustres. Il refuse de se soumettre au PC pour mieux l’étreindre, à la Mitterrand. Il méprise ostensiblement la primaire de la belle alliance populaire, refuse de tutoyer Cohn Bendit et dédaigne toutes les mains tendues de ses anciens camarades. Il choisit de créer un parti qu’il baptise France insoumise pour bien marquer son territoire et s’afficher comme un éternel rebelle.

Comme tous les intransigeants, il se focalise sur ses ennemis. Il veut faire le ménage et imprime même des balais sur ses tracts. Il veut faire payer les riches, les expats, virer les travailleurs détachés et imposer ses réformes à l’Europe. Bref, il veut d’abord punir avant de récompenser. Et on retient ce qu’il refuse en oubliant ce qu’il propose.

Car après tout, son intransigeance ne semble pas relever de l’autoritarisme. Son système de campagne est très décentralisé et il laisse une incroyable marge de manœuvre à ses troupes pour inventer de nouvelles formes d’agit prop’. Il consulte ses sympathisants pour construire son programme. Il sait dialoguer avec des jeunes premiers des Républicains comme Gérald Darmanin et son romantisme gaullien sait faire vibrer la droite littéraire. Il affirme même que son premier geste au pouvoir sera de remettre son pouvoir au peuple. On peut éventuellement en douter, mais force est de reconnaître la cohérence de son intransigeance. Elle est au service d’une vision et pas seulement d’une ambition.

3 Alain Juppé, retour dans ses bottes

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Twitter @jeunesjuppe45

Il a fait campagne sur la bienveillance… et ça ne lui a pas réussi. L’identité heureuse fleurait bon la France chiraquienne mais elle n’était plus à la mode dans son camp et elle était portée par un homme qui ne la symbolisait guère. Juppé n’a pas vraiment réussi son rôle de composition : un homme droit dans ses bottes a toujours du mal à se déhancher. Depuis sa défaite à la primaire, le Maire de Bordeaux redevient enfin lui même : cet intransigeant n’a pas de temps à perdre avec des gens qui pensent moins vite que lui et un peuple qui n’a pas voulu le mériter.

4 Emmanuel Macron, sympa mais pas bisounours

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Une com' ultra bienveillante...

Twitter @EmmanuelMacron

Il a fait d’une certaine gentillesse sa marque de fabrique au point de déclarer en plein JT : «J’ai une règle de vie: la bienveillance». Macron peut raconter des conneries, mais il ne dit pas de vacheries.  Aucune attaque personnelle, saillante, méchante sur ses adversaires n’a émaillé son passage au gouvernement. Les piques cruelles ad hominem ou ad personam ne ponctuent pas non plus sa campagne. 

Certes, il lui arrive d'être apparement maladroit avec les illettrés et les alcooliques, mais c'est pour leur bien. Là où d'autres voient de l'arrogance, il affirme une véritable bienveillance en s'attaquant à des fléaux que ses concurrents délaissent.  

Ce type qui a pu avoir des propositions radicales sur les 35 heures modulables réussit pour l’instant à apparaître cohérent dans sa posture libérale sans pour autant passer pour un social killer. Au contraire : il promet du pouvoir d’achat et ose proposer des mesures sociales, donc bienveillantes, comme le remboursement des lunettes et des prothèses auditives à 100 %. Ce jeune sait vraiment parler aux vieux.

Sauf que le Trudeau français, sans nommer personne, attaque durement le programme de ses adversaires. Et finit ses discours exalté aussi exalté qu’un gaulliste historique.  Comme s’il craignait maintenant qu’une bienveillance ostentatoire le fasse passer pour un bisounours… 

5 Marine Le Pen, le diable est dans les détails

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Un message ou un oxymore ?

@MLP_officiel

« La France apaisée ». Cette affiche bienveillante a dérouté plus d’un Français. Mais c’est bien ce sillon dédiabolisant que creuse la candidate réputée la plus clivante. Sa seule intransigeance reste son opposition aux migrants. Pour le reste, son programme comme son discours mâtiné de phillipotisme est d’abord celui de la défense des plus faibles – à condition qu’ils soient Français. Car depuis « la France apaisée », MLP a changé de slogan et clame qu’elle parle « Au nom du peuple ». Marine Le Pen distille ses prises de paroles de baumes rhétoriques longtemps inusités sur ce coté de l’échiquier politique  et digne de la gauche de la gauche comme « la mondialisation consiste à faire fabriquer par des esclaves pour vendre à des chômeurs ».

Le truc, c’est que son électorat et une grande partie de sa base militante marionniste n’a pas ces même inclinations empathiques. Et qu’elle même, peu importe ce qu’elle raconte ou les logos fleuris qu’elle arbore, divise plus qu’elle n’apaise…

6 Benoît Hamon, humain, trop humain ?

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Il est le seul à placer la bienveillance au cœur de son wording. Déjà, son slogan, la France au cœur tranche avec les langages plus combatifs de ses adversaires, à commencer par Montebourg grimé en super résistant qui clame vouloir « Libérer les Français » dans une affiche terriblement vintage. Quand l’emphatique avocat tente d’adoucir son image d’intransigeant romantique, il devient rasoir. Hamon, lui préfère accorder, sans trop d’effort, un programme généreux avec un tempérament avenant. 

Le député des Yvelines va encore plus loin en affichant dans son programme une thématique intitulée «  Pour une République bienveillante et humaniste »… sous titré « pour une France indépendante et protectrice ». C’est le retour de l’Etat providence, doctrine hautement bienveillante qui se dilue bien dans la société du care, chère à Martine Aubry. Mais là où ce concept semblait assez mal assorti avec le tempérament de la « méremptoire » de Lille, il se marie parfaitement avec le caractère placide de Hamon.

Egalité des chances, lutte contre les discriminations, intelligence collective… le contenu de la bienveillance hamonienne est aussi représentatif d’une gauche protectrice des humains et de la nature. Lors des débats de la primaire, il a continué dans la même veine en proposant par exemple un visa humanitaire. Une telle empathie épate mais à trop bienveiller Hamon court aussi le risque de paraître trop indulgent avec l’inacceptable. Sa sortie sur les cafés interdits aux femmes en banlieue qu’il a voulu relativiser en les comparant aux cafés ouvriers n’est pas spécialement bien passée. Tolérer l’intolérable reste la limite de la bienveillance.

7 Valls, comment réconcilier après avoir théorisé l’inconciliable

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Manuel Valls doit piocher dans les slogans périmés pour expliquer un positionnement compliqué. 

Il a bâti toute sa carrière sur une certaine réputation, celle d’un homme qui ne composait pas, sauf lorsqu’il devait s’incliner devant un arbitrage présidentiel. Or, depuis qu’il est candidat, Manuel Valls tente de raboter son image trop saillante sans vraiment convaincre. Quand il présente sa candidature en direct sur France 2, ses poings serrés contredisent son discours rassembleur. Quand il affirme qu’il veut supprimer le 49.3, son expérience passée annihile tout l’effet. Valls a patiemment construit une image d’intransigeant dopé aux testostérones qu’il cherche soudainement à bienvieillir… ça ne passe pas. 

Mais peut-être n’a-t-il plus besoin d’en rajouter. Il a déjà passé 5 ans à être intransigeant. En cas de montée des périls, il incarne, sans forcer, le seul concentré de bonapartisme dans son camp.  En attendant, dans les débats de la primaire, il n’est bon que lorsqu’il incarne l’autorité de l’Etat et qu'il affiche l’expérience afférente. On sait bien, quand il affirme sa volonté de rassembler, qu’il en est presque incapable ; ce n'est pas sa nature. Mais c’est d'ailleurs peut-être pour ça qu’il veut supprimer le 49.3 : comme un joueur interdit de casino, un alcoolique exilé en Arabie saoudite, en supprimant son vice, il s’abstient d’y succomber…

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