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7 Marine a un talon d’Achille

La France est le seul pays d’Europe ou un parti d’extrême droite rassemble au moins un votant sur dix depuis 32 ans. Le 7 mai, ce sera quatre votants sur dix. Ou plus. Pendant 32 ans, la gauche, la droite et le centre ont combattu les Le Pen avec les mêmes arguments totalement inefficaces et que martèle à nouveau Emmanuel Macron cette semaine. Car que le FN ait des racines pétainistes, des relents racistes ou un programme économique délirant, ça ne change rien à l’affaire. Le parti prospère dans une France qui se sent déclassée et insécure, menacée par l’immigration, encerclée par le reste du monde et méprisée par des élites qui ne la protègent plus.  Les passions tristes (le ras-le bol, la défiance, les ressentiments, l’exaspération…) qui nourrissent le vote lepéniste ne sont pas sensibles à l’optimisme bienveillant de la France repue.

Le FN occupe un terrain abandonné au profit de la France utile (celle des métropoles et de l’Ouest Atlantique). Il a pris place, sans même prendre la peine de militer, dans des territoires où autrefois un maillage de partis, de syndicats et surtout d’associations occupait l’espace et les esprits.

C’est son premier point faible. Car contrairement au PCF, le Front national ne dispose pas de relais associatifs et humanitaires.  Et dans les Classes populaires et le FN, une intéressante contribution de Julian Mishi souligne que là où les militants cocos et leurs anciennes dépendances (CGT, Secours pop’) sont actifs, le FN rencontre des résistances.

Le discours mélenchoniste a pu aussi séduire comme l’exemple de Dimitri le souligne plus haut, une grande partie des jeunes classes populaires qui n’avaient pas d’autres horizons que l’abstention ou le vote Lepéniste. Bon, mais l’attitude ambiguë du sur-commandant Jean-Luc et l’intransigeance macronienne sur les questions sociales ne vont certes pas les inciter à voter contre Marine au deuxième tour.

Mais il reste un dernier angle d’attaque et un véritable point faible qu’aucun candidat n’a su exploiter et que suggère le sociologue Daniel Gaxie dans ce livre. C’est que le conglomérat qui vote FN se révèle  « non seulement disparate, mais de surcroit divisé ». Les choix politiques de l’Atelier et de la Boutique ont presque toujours été divergents voire carrément opposés. Exemple : « Des membres des professions indépendantes sont dans une hostilité de principe aux aides et protections sociales, alors que beaucoup de salariés rejettent leurs usages abusifs, notamment parmi les immigrés, mais n’envisagent pas un instant d’en réclamer la suppression ». 

Ces contradictions à l’intérieur du conglomérat touchent de nombreux domaines, y compris en matière de culture ou de moeurs. Les cathos très tradis homophobes qui votent Marine sont bien éloignés de la culture porn’ affectionnée par les jeunes des classes populaire et mise en en évidence dans une récente étude.

Mais c’est surtout l’alliance improbable de la Boutique et de l’Atelier qui reste le talon d’Achille de Marine Le Pen. On ne peut pas défendre à la fois la feuille de paye et la baisse des couts salariaux.  Les électeurs du FN ne sont pas assis sur la même chaise mais personne ne le leur dit. Et le jour où ils s’en rendront compte, il sera trop tard…

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